attachants

"Roger m'a dit que vous ne serez pas d'accord, madame. C'est pour ça qu'il n'est pas venu. Pour lui, l'école va fourrez le nez dans nos affaires, mais moi je pense que vous allez expliquer à mon fils que vous êtes de mon côté et que vous allez expliquer à mon fils que s'il continue à me faire de la peine, je vois le renvoyer par bateau pour qu'il vomisse, qu'il soit bien malade et qu'il réalise la chance qu'il perd à quitter la France, son école et vous. Emma a pensé que Cain était un pauvre gosse malheureux . Elle a presque eu envie de le serrer contre elle.Un reflexe bête qui va lui passer avec les années. On n'aide personne en le gardant contre soi. Mais à ce moment , le  gosse l'a regardé."

Après "l'Embaumeur," on met en avant un nouveau  roman de la rentrée littéraire qui nous a séduit même si a priori ce n'était pas forcément gagné.

En effet,  suivre  le quotidien d’une jeune enseignante de primaire  tel est le projet de ce roman de Rachel Corenblit qui connait très bien ce secteur professionnel, a été enseignante en primaire puis formatrice d’enseignants pendant près de 20 ans

Or, on avait déjà vu récemment une oeuvre dessus, à savoir un long métrage d'Hélène Angel Primaire avec Sara Forestier  et l'ensemble avait paru trop lourd et trop démonstratif pour convaincre.

Et pourtant poser un regard bienveillant et méritoire sur le quotidien des enseignants, mal  considérés par  l'opinion publique dans son ensemble et l'ambiance  à la fois joyeuse et étouffante d'une salle de classe est un beau projet que Rachel Corenblit remplit avec modestie et un certain brio à travers le parcours d'une jeune institutrice, , Emma, nommée dans un quartier populaire de Toulouse , confrontée à des enfants en grandes difficultés  autant affectives que scolaires .

Une année ( racontée avec le recul et l'experience d'une vie d'enseignante) qui aura été particulièrement formatrice tant elle aura cumulé les épreuves et les élèves particulièrement en difficulé, et également l'amour avec un bel inconnu rencontré un soir...

L'auteure met son expérience en tant qu'enseignante et écrivain de littérature jeunesse au service d'un texte  qui peut parfois donner l'impression de constituer un peu trop  un catalogue de tous les malheurs et épreuves que rencontre des jeunes professionnels mais qui n'en demeure pas moins sensible et émouvant.

"Une classe, c'est comme un roman. Vingt-six histoires qui se combinent, qui se heurtent, qui s'emboîtent. Cinq jours sur sept, de huit heures du matin jusqu'à la fin de l'après-midi, près de neuf mois dans une année, ces histoires se tissent. Si l'on calcule le temps passé ensemble on s'effraie de constater à quel point une classe absorbe les individus qui la constituent."

L'évolution de la relation d'Emma avec ses élèves  est abordée avec ce qu'il faut d'empathie et  de bienvaillance,  et si le roman n'est pas le plus mémorable de tous ceux qu'on a lu pour la rentrée littéraire il offre un très agréable moment de lecture qui donne un joli coup de lumière sur un milieu trop souvent caricaturé et critiqué.