Après les grandes réussites que sont La isla minima, La Nina de Fuego et dans une moindre mesure  La colère d’un homme patient, le cinéma policier espagnol a pris une autre dimension ces dernières années.

Deux films sortis cet été, un dans les salles l'autre en DVD illustrent ainsi  à quel point le cinéma de genre est particulièrement en forme. chez nos proches voisins de la péninsule ibérique, épousant parfaitement les concours d'une branche que notre cinéma hexagonal maitrise hélas bien moins bien.

Tout d'abord ce Que Dios Nos Perdone ,qui fait quasi l'unanimité chez tous ceux qui l'ont vu cet été , est un thriller  complexe singulier et en même temps  trés réaliste dans lequel flics et tueur en série partagent un goût évident et intrinséque pour la violence qui est logée au creux d'eux même.

Le film est centré sur un duo d’enquêteurs aux personnalités riches et antinomiques, assez borderline- l'un  taciturne bègue, mais minutieux doit collaborer avec un autre particulièrement sanguin, susceptible, mais determiné-,  dont les démons semblent encore plus les effrayer que l'odieux serial killer qu'ils doivent traquer. 

Antonio de la Torre  ( vu justement dans, La Isla Minima, et  La colère d’un homme patient) , et Roberto Álamo (apprécié chez Almodovar et La piel que habito)   s'avèrent être  confondants de naturel et d'ambiguité dans ces rôles de  Velarde et Alfaro.

Que Dios Nos Perdone vaut aussi pour son passionnant contexte géopolitique, un peu comme dans le Caire Confidentiel autre excellent polar de l'été dont on a récemment parlé .

Le film se déroule  en effet à Madrid en août 2011, au moment des manifestations des Indignés ainsi que  de la visite du Pape dans le cadre des Journées mondiales de la jeunesse, soit le décor idéal pour que la police ne veuille pas ébruiter le scandale d'un tueur de vieilles dames qui serait particulièrement malvenue dans une Espagne où le catholiscime règne en maitre..

Filmé en caméra à l'épaule dans sa première heure avant une course poursuite haletante qui fera basculer le film dans une autre direction encore plus imprévisible, le film est parcouru d'une  tension immense  que le spectateur peut éprouver dans certaines scènes, pris dans l'étau d'une atmosphère  dans laquelle la  Résultat de recherche d'images pour "Que Dios Nos Perdone"violence est présente partout.

On pense évidemment au "Seven" de Fincher mais aussi à Mémories of Murders pour la trame identique (deux flics opposés doivent travailler ensemble pour trouver l'auteur de crimes horribles), mais avec une singularité de ton étonnant pour un cinéaste qui avait réalisé deux comédies romantiques inédites en France.

Ce polar sombre et palpitant bouscule totalement un  spectateur, pourtant rompu au genre.

Il est d'autant plus surprenant que Que Dios Nos Perdone  ai fait partie seulement de la sélection Sang Neuf au Festival de Beaune 2017 il n'aurait pas dépareillé du tout dans la sélection officielle et aurait fait un excellent rival au très réussi Caire Confidentiel.

 

 

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Moins médiatisé mais (presque) tout autant réussi,  le thriller L'accusé,  un long métrage réalisé par  Oriol Paulo, a fait sensation en Espagne  (plus de 600 000 spectateurs en salles, chiffre énorme vu que la fréquentation ibère n'est pas la même que chez nous)  mais il est malheureusement passé directement par la case vidéo chez nous en France.

Il est pourtant indispensable de ne pas passer à coté de cette  sortie vidéo, disponible  depuis le 16 août en Blu‑Ray  et DVD (14,99 € prix conseillé),  chez l'éditeur  Koba Films.

Certes, à part sa nationalité, reconnaissons que peu de points communs existent entre nos deux films  du jour: l"'accusé" ( connu aussi sous le titre "Contratiempo".en Espagne ou The Invisible Guest aux USA) n'est pas fait du même bois que Que Dios Nos Perdone.

ici, on n'a pas affaire à un  thriller urbain à la "Seven" mais  à la place, on prend deux heures de  thriller en huis clos où tout n'est que faux semblants et manipulations qui lorgne ouvertement du coté de chez De Palma (mais le bon, celui des débuts), aussi  un peu du coté de l'excellent film argentin Les Neufs reines de Fabián Bielinsky, ou même carrément chez Hitchcock ,le modèle inavoué de tous les metteurs en scène qui se frottent à ce genre.

Bref, le type  du film où l'on attend rebondissements sur rebondissements et twist sur twist, et même en s'y préparant,  on est loin de les avoir tous deviné.

Inutile de spoiler trop ouvertement l'intrigue: disons simplement qu'on assiste à une course contre la montre dans un appartement qui est  lancée dès les premières minutes du film afin qu'une grande avocate puisse prouver l'innocence d'un jeune loup aux dents longues accusé du meurtre de sa maitresse, sauf qu'évidemment la vérité n'est pas aussi simple que cela et des révélations et secrets intimes vont se dévoiler au fur et à mesure que l'accusé du film raconte le déroulement des faits.

Durant tout le déroulement de l'histoire, on pense avoir saisi son  fin mot, avant qu'une nouvelle révélation vient tout renverser les cartes et désoriente de nouveau le spectateur qui aura du coup une  perception totalement différente de ce qu'on lui a raconté quelques minutes avant.

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Qui est victime? Qui est coupable? Seul les tous derniers instants nous dévoileront la clé de toutes les énigmes d'un récit qu'on suit avec une vraie jubilation.

Ce genre de film nécessite pour être efficace,  une écriture parfaitement ciselée afin  que le spectateur ne s'emmêle pas les pinceaux avec toutes les versions et les révélations, et ici , force est de constater tout est savamment orchestré : le scénario étant suffisamment étoffé pour ne jamais ennuyer le spectateur,  sans que pour autant cela ne vire pas à l'overdose de twists comme c'est parfois le cas dans les longs métrages de ce genre.

Un récit et une mise en scène menés avec une brio évident  et qui jouent  constamment avec les nerfs d'un spectateur comblé et  qui fera fi de légeres invraisemblances inhérentes à ce genre du film.

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Scénariste de notamment "Los ojos de Julia", Oriol Paulo avait précédemment  réalisé un précédent  film The Body » (El Cuerpo) en  2012, qu'on n'avait pas vu mais qui semble sur la même lignée que cet excellent Accusé...

Et si on y jetait un oeil et même les deux???

 


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