3D_CORPORATE

  

Depuis  le  22 août 2017 le 1er long métrage de Nicolas Sihol, Corporate, avec Céline Salette, Lambert Wilson et Stéphane de Groodt, est sorti en DVD chez Dipahana.

Thriller dramatico-social sur le monde de l'entreprise et ses techniques managériales très limites, Corporate  est en effet  une réussite totale pour son sujet que pour son traitement.

Le film est largement inspiré de la vague des suicides en entreprise et notamment chez Orange il y a quelques années, et si le cinéma français de "Ressources Humaines" à "Violence des échanges en milieu tempéré " a depuis une quinzaine d'années abordé le sujet du monde du travail et notamment sur les  dérives oppressantes et violentes du monde du travail ; et du reste, cette vague de suicide a été frontalement abordé et  par "Carole Mathieu" de Louis Jean Petit et par ce  Corporate.

Construite comme un thriller psychologique d'une grande efficacité, cette critique acérée du monde de l’entreprise a comme personnage principal Emilie Tesson-Hansen,  une responsable Ressources Humaines au sein d’une grande société, qui va devoir faire face au  suicide d’un employé devant ses yeux ou presque. 

 

Alors que  Carole Matthieu. peinait à convaincre en s'aventurant hors des rivées du naturalisme pour rendre son  propos trop onirique et confus, Coporate séduit sur tous les fronts, et sur le plan documentaire et sur le plan de la fiction, avec une construction de thriller psychologique particulièrement étouffant et anxiogène.

corporate_film_4-1024x684

Le premier long métrage de  Nicolas Silhol retranscrit parfaitement l'ambiance de pression permanente qui se répercute  dans les étages de cette entreprise.

Une entreprise, qui bien que portant le nom fictif d'Essen, fait beaucoup penser à de grosses boites d'agro alimentaires, comme Danone ou Nestlé, à travers ce portrait tant crédible et teinté d'amertume de ces dérives inhérentes  à la logique capitaliste qui régit le fonctionnement actuel du marché du travail, plus particulièrement dans les grandes sociétés ou multinationales. 

coporate

Fils d'un enseignant en management en école de commerce, Nicolas Sihol connait bien sujet sur le bout des doigts,  et cela se ressent dans l'écriture, très précise et documentée  où chaque personnage, possède une «bonne raison», souvent dictée par l'esprit d'équipe du titre  d'agir de façon pourtant inhumaine et  le film, contrairement à ce que j'ai pu  lire parfois se révèle bien moins caricatural et plus ambigü qu'il n'y parait. 

 Passionnant et intelligent,  le film  de Nicolas Silhol évite le coté trop documentaire d'un sujet qui aurait pu n'être qu'un film dossier pour maintenir un crescendo de  tension qui empoigne  rapidement le spectateur pour ne plus le lâcher.

Coporate bénéficie aussi d'une très solide distribution en haut duquel siège la toujours formidable Céline Salette.

corporate_film_1

 Pas foncièrement sympathique car agissant avant tout pour sa survie que pour le bien collectif, Céline Salette offre à ce personnage assez , calculatrice et manipulatrice, une aura et une intensité qui la font régner parmi les meilleures actrices de sa génération. 

Le personnage est complexe à souhait car, contrairement à des films un peu manichéens à l'américaine c'est  pas forcément par altruisme,  mais bien par désir de survie,  qu’elle décide au départ de divulguer des informations sur la gestion du personnel au sein de son ’entreprise.

corporate_film_2
Face à elle, le toujours impeccable  Lambert Wilson dont la prestance et l’autorité naturelle renforcent l’authenticité de ce responsable cynique et méprisant, tient impeccablement la route, comme l'ensemble du casting avec des seconds roles parfaits (Stéphane De Groodt en contre emploi en collègue bienveillant mais qui ne peut aller au delà de certaines limites ou la méconnue Violaine Fumeau en inspectrice du travail courageuse).

 

 Thriller dramatico-social terrifiant par  ce qu’il raconte et comment il le raconte , Corporate est une franche réussite à rattraper pour ceux qui l'ont pas vu lors de cette sortie vidéo.


A noter dans les bonus l' excellent court métrage réalisé en 2009 L''amour propre sur la relation ambigue entre une blogueuse et un humoriste trash avec un Xavier Gallais particulièrement odieux, et qui a l'avantage de nous montrer les coulisses du milieu du stand up, avant la sortie en salles de l'excellent Le prix à payer sur lequel on revient vite..