La littérature américaine est arrivée particulièrement avec force en cette rentrée littéraire avec des voix et des  plumes différentes,  mais qui affichent chacune une belle singularité dans des univers et des thématiques différentes , comme on peut le vérifier avec trois romans qu'on a lu ces dernières semaines et qu'on vous propropose en ce mardi conseil :

1;Hillbilly Ēlégie  J.D Vance (éditions du Globe)

vance_web-1170x780« Chez ces gens-là, la pauvreté est une tradition familiale – leurs ancêtres étaient des journaliers dans l’économie du Sud esclavagiste, puis des métayers, des mineurs de charbon et,  plus récemment,  des machinistes et des ouvriers de la sidérurgie. Les Américains les appellent « hillbilly », « rednecks » ou « white trash ». Moi, ce sont mes voisins, mes amis, ma famille. »

J.D Vance était un mal-parti : une mère instable victime d’addictions divers, un père absent et des beaux-pères successifs parfois trop présents. J.D a grandi dans les Appalaches cette immense région des Etats-Unis dont les principales ressources minières et industrielles ont périclitées depuis des années. J.D est issu du monde des hillbilly, des ploucs des montagnes, des péquenots blancs, des prolos, des beaufs que l’on dit incultes, violents, racistes, capable en trente ans de passer du vote démocrate au vote républicain le plus dur.

Mais J.D Vance a de la ressource, grâce à des grands-parents maternels, un peu dingues mais présents et aimant, et à quelques belles rencontres il sortira diplômé de Yale. Miracle, conte de Fées ? « Hillbilly Elégie » est le combat que doit mener un enfant pauvre pour sortir de sa condition car tout n’est pas si facile au pays de l’Oncle Sam. 

Récit autobiographique sans concession, J.D Vance écrit dur, froid et sans gras. Il décrit  la vie des déclassés, des laissés pour compte dans les états du Sud, ces hommes et ses femmes qui ont pris de plein fouet toutes les crises économiques successives.

Ce constat sociologique, politique et philosophique est une parole rare, une parole de l’intérieur. Vance a le bon goût de ne pas s’attarder sur sa réussite personnelle mais plutôt de creuser, d’analyser et de tenter de comprendre pourquoi certaines personnes ne concrétiseront jamais le rêve américains.  Un récit parfois inconfortable qui a le mérite de l’authenticité.

MD

2;Une histoire des loups ; Emily Fridlund ( Gallmeister)
 

1289-cover-wolves-591eb09f9c6e5        

  "Je pensais que si je claquais la portière suffisamment fort,M. Grierson se précipiterait à ma suite. C’est ainsi, quand on a quatorze ans. Je croyais que si je m’éloignais de la route pour m’enfoncer dans la neige, il me suivrait peut-être – afin de soulager sa conscience, de s’assurer que je rentrerais saine et sauve chez moi, de glisser ses mains de prof d’histoire pleines de craie sous mon manteau, peu importe. Au lieu de gravir la côte, je me dirigeai vers le lac. Je m’élançai sur la glace sous la grêle piquante, mais lorsque je regardai en arrière, la voiture pivotait, pleins phares, exécutant un demi-tour méticuleux entre les arbres."

Une histoire des loups    est le premier roman d’une jeune nouvelle voix de la littérature américaine, Emily Fridlund : brillant suspense psychologique , "Une histoire des loups" raconte l’histoire de Madeline, adolescente un peu sauvage, qui va voir sa vie chamboulée par l’apparition d’un couple de  nouveaux voisins,à travers une année cruciale qui laissera des séquelles dans la vie d’une adolescente

 Troublant et poétique, best-seller dès sa parution aux États-Unis, le livre  plonge le lecteur dans une ambiance  de doute et de tension, qu'on sent dès les premières lignes d’ « Une histoire des loups ».

La façon dont Fridelund raconte cette histoire nous laisse peu de doute sur le mauvais pressentiment qu'on a et nous plonge dans une attente fébrile de ce tragique événementqui surviendra progressivement, la romancière sachant distiller petit à petit les  indices d'un récit qui alterne joliment entre passé et présent.

Dans la lignée des romans de nature writing,  l'auteur nous livre des descritptions d'une Nature éblouissante et toute puissante, avec une foret majestueuse, qui semble vraiment être un personnage à part entier de l’histoire, : tant ce décor du nord du Minnesota, ses chemins forestiers sombres, ses lacs, ses cailloux, constituent un décor parfaitement mis en valeur par l'auteur.

On pense forcément un peu  au "Sukkwan Island » de David Vann  avec cette même tension palpable et constante et cette nature aussi somptueuse que dangereuse .

Un récit aussi glaçant que poétique.magnifié par les décors suavages du Nord du Minnesota.

 3; Douglas Coupland, Miss Wyoming ( édition au diable vauvert)

miss wioming

« John avait appris au moins une chose pendant son absence : la solitude était le sujet le plus tabou du monde. Pas le sexe, ni la politique, ni la religion. Ni même l’échec. La solitude était le sujet qui faisait sortir tout le monde d’une pièce. »

 

Douglas Coupland célébré pour Génération X est un romancier à l'univers aussi singulier que déjanté; la preuve  en est donnée  avec ce roman écrit en 2000 et qui ne sort que cette année en France.

A travers la rencontre barrée et caustique ddune ex-Miss Teen USA reconvertie en actrice de sitcom et d'un producteur hollywoodien de porno qui vivent à Beverly Hills, Douglas Coupland trousse une love story gentiment amorale et subersive assez fascinante aux réparties et aphorismes aussi cinglantes que percuantes 

« John se demanda pourquoi il n’était jamais tombé amoureux. Il était déjà tombé désireux ou tombé affectueux des milliers de fois, mais il n’avait jamais eu la sensation d’appartenir à quelque chose de plus grand. »

 Un roman prenant et rythmé à 100 à l'heure pour découvrir  un auteur plus connu de l'autre coté de l'atlantique que chez nous !!