«Petites gens ».: en voilà une expression, aussi idiote  que condescendante. qui voudrait entendre que les « grandes gens " existent... Cela dit, des auteurs français de cette rentrée littéraire n'ont pas peur de parler de ces gens et surtout cherche à redonner de l'honneur et de la dignité  à ces invisibles..Marie-Hélène Lafon et Jean Luc Seigle, deux auteurs confirmés de la littérature française nous livrent deux romans qu'on a eu la chance de lire et d'apprécier et qu'on vous présente en ce vendredi lecture..

1. Nos vies; Marie-Hélène Lafon ( Buchet/Chastel)

nosvies

« Les seins de Gordana ne pardonnent pas, ils dépassent la mesure, franchissent les limites, ne nous épargnent rien, ne ménagent personne, heurtent les sensibilités des spectateurs, sèment la zizanie, n’ont aucun respect ni aucune éducation. Ils ne souffrent ni dissidence ni résistance. Ils vous ôtent toute contenance. »

Voix intérieurs du quotidien, une vie en projection permanente sur l’écran gris de la cité. Souvenirs, rues, avenues, impasses, boutiques, haines, bonheurs, faits-divers, amitiés, amours tout ce qui fait une vie.

La narratrice, jeune retraitée, un peu « enroutinée », invente une vie à un homme et une  femme qu’elle croise chaque vendredi au Franprix de son quartier. Vies en miroirs qui sans prévenir vont l’aider à faire le bilan d’une vie ordinaire, mais une vie ordinaire n’existe pas, toute les vies sont extraordinaires.

 Marie-Hélène Lafon creuse des vies, cherche des mots, construit des phrases et compose des images littéraires hyperréalistes. La ville s’anime sous nos yeux. C’est d’un beau gris tendre parfois traversé de brillance ou de noirceur. Paris quotidien, Paris grouillant, Paris vivant, le monde urbain tisse serré un entrelacs de solitudes.

De son écriture sincère et émouvante, l’auteur s’aventure hors de son cher Cantal, après Marie-Hélène à la campagne c’est avec bonheur que l’on retrouve Marie-Hélène à la ville.

Pour mémoire,  n’hésitez pas à vous plonger dans « Joseph » une pure merveille,   ainsi qu'« Histoires », Goncourt de la nouvelle 2016 tout de même.

 MD

   

arton19871-d1ae7              2.Femme à la mobylette, Jean-Luc Seigle ( Flammarion)

  

"Tous les jours, elle observe les oiseaux et les nourrit. Tous les jours elle en tire la même leçon: les oiseaux ne sont jamais tristes. Jamais elle ne surprend en eux le moindre signe d'abattement. Toujours joyeux quoi qu'il arrive parce qu'ils savent qu'ils peuvent s'envoler là-haut à tout moment. Il doit bien y avoir quelque chose dans le ciel pour que tous les oiseaux s'y réfugient."

 

Dans Femme à la mobylette, Jean-Luc Seigle nous montre une nouvelle fois sa sensibilité et son attrait pour les femmes qui semblent abandonnées par tous.

En effet,  j'avais connu l'auteur grace à son précédent roman,  Je vous écris dans le noir, qui réhabilitait un peu avant Philippe Jaenada,  cette Pauline Dubuisson à la destinée incroyable.

 Cette année, si Reine, l'héroïne de Femme à la mobylette,  le nouveau roman de  Seigle est totalement fictionnelle, elle n'en est pas moins également  malmenée par la société et les vents contraires .

Mère de trois enfants, abandonnée de tous et notamment de son mari Olivier , cette femme essaie de s’en sortir tant bien que mal, malgré les difficultés financières et la difficulté d'élever ses enfants.

Lorsqu’elle découvre une vieille mobylette bleue des années 60 sous les détritus de son jardin bien encombré, l’espoir renaît : une nouvelle vie est possible. Qui dit engin dit travail et peut etre aussi l'amour 

C'est cet espoir et cette possibilité d'un avenir moins sombre et moins plombant qui interesse surtout Jean Luc Seigle dans ce feel good book, qui cherche à nous raconter combien le sourire peut revenir sur le visage d'une femme.

Une femme qui était au bout du rouleau et comment une simple mobylette peur lui faire rendre un peu de cette dignité qu'elle avait perdu, cette Reine, qui n'avait, malheureusement,  à cause des aléas de la vie, plus grand chose de royale.

Posant un regard juste et sensible sur les laissés-pour-compte de la société, Jean luc Seigle tente- et y parvient la plupart du temps, malgré quelques personnages secondaires réduits au rang de silhouette-  de nous faire partager sa vision aussi réaliste que résolument optimiste.

Vu la société actuelle, on a tout à fait envie de le suivre et d'enfourcher avec son attachante héroine la mobylette qu'il nous présente comme catalyseur de sa nouvelle vie...