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Mariana Otero est une documentariste française dont le travail est particulièrement reconnu depuis plusieurs années,  avec notamment trois films qui ont connu un beau succès d'estime, "Histoire d'un secret", en 2009,  belle enquête sur un secret de famille qui révèle un tabou politique et social et primé dans de nombreux festivals internationaux,  puis en 2011 "Entre nos mains" , qui raconte comment des salariées d’une entreprise de lingerie découvrent une nouvelle liberté en essayant de transformer   cette boite en coopérative.

En 2013, elle réalise enfin  "A ciel ouvert ", un film  sensible et pudique qui permet de comprendre la vision singulière du monde d’enfants psychiquement et socialement en difficulté; ( voir notre critique : ."A ciel ouvert"  un documentaire sensible et optimiste sur l'autisme )

Nouveau challenge pour son dernier long métrage à ce jour : raconter le mouvement citoyen Nuit Debout : tel est le défi réussi par la documentariste dans son nouveau long métrage, l'Assemblée,  présenté à Cannes dans la sélection de l'ACID  de cette année, et qui sort en salles mercredi 18  octobre prochain.

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Nuit debout, une problématique qui a autant interessé Mariana Otero comme citoyenne que comme cinéaste qui s'interroge ainsi sur la façon dont se cons un collectif,  tout en tentant de considérer chacun dans sa singularité? Autrement dit, comment conjuguer le collectif et l’individuel en même temps?
Pour répondre à cette passionnante question,  Mariana Otero et sa toute petite  équipe ( elle plus un ingénieur du son) ont  donc sillonné, tous les soirs pendant quatre mois, du 1er avril 2016 au 21 juillet 2016, la place de la République à Paris pour suivre le travail de la commission Démocratie. Un tournage de longue haleine, nécessaire pour s’imprégner et comprendre « l’objet » Nuit Debout.
Comment inventer une nouvelle démocratie ? Tout simplement en respectant  les paroles de chacun, et tenter de réinventer à leur facon leur vision  la démocratie, voilà ce qu'a cherché à faire Nuit debout, dans une sorte de grande célébration  de la parole et de la pensée.

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Filmer la parole et le collectif est souvent un challenge difficile peu tenté  par le septième art, même si Robin Campillo l'a formidablement fait dans 120 BATTEMENTS PAR MINUTES,  et ce pari risqué, Otero  y parvient la grande majorité  de son film.

Un peu perdu au début, le spectateur va vite comprendre comment a pu se mettre en place l’agora de Nuit Debout, qui a vite abouti à la création d’une multitude de commissions sécurité,  diplomatie, poésie, Artistes Debout)  et s'est constituée en choeur puisant son influence dans celui de la Grèce antique. 

Le film illustre bien ce désir d’échanger, de discuter et d’écouter l’autre que les participants au mouvement ressentaient en eux et avaient besoin d'exprimer, en ce sens Nuit Debout aura réellement servi de carthasis.

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Le spectateur est ainsi totalement immergé dans les débat internes au mouvement (peut-on parler au nom de Nuit debout ?  est ce que le mouvement concerne  toutes les classes sociales ? ou plutot seulement les bourgeois?),  et ces débats peu parfois sembler un peu hermétiques ( le film refuse le moindre recours à un entretien ou à une voix off) au spectateur qui n'est pas vraiment initié et qui avait suivi l'évolution de ce mouvement de très loin.

En effet, c'est vraiment l'assemblée du titre à savoir le groupe dans son ensemble qui interesse la cinéaste  et pas un membre ou un personnage en particulier.

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Des balbituements du début à l'envolée du mouvement, puis à la fin progressive de cette Nuit Debout qui mourra de sa belle mort,  tout sera montré dans le documentaire de Marina Otero, et si le mouvement n'a surement pas abouti aux bouleversements qu'il aurait aimé entrainé,  le film nous montre bien à quel point Nuit Debout a permis de remettre les citoyens au cœur de la politique, et en cela il s'avère être aussi nécessaire que captivant.