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Prix de la mise en scène  lors du dernier festival de Cannes dans la section Un certain regard, Wind River, sorti en salles le 30 août dernier,  est  assurément un de ces très grands films américains de cette année 2017 sur lequel il était important de revenir quelques semaines après .

On  doit  ce très beau long métrage à Taylor Shéridan réalisateur d'un premier film  inédit en France il ya quelques années, mais  connu avant tout comme  auteur des  scénarios de "Sicario" de Denis Villeneuve et "Comancheria" de David Mackenzie.

On peut largement  voir Wind River comme un prolongement de ces deux oeuvres précédentes, et même  comme le troisième volet d'une trilogie sur "les frontières américaines modernes", en ce sens qu'il  ausculte  également les  véritables failles de l'Amérique moderne à l'intérieur de ses terres reculées, bien loin d'un Hollywood  traditionnel qui préfère généralement vanter les exploits de ses compatriotes que de mettre les doigts sur ce qui ne va pas.

Ainsi va ce Wind River,  très réussi  mélange de western film policier et de chronique sociale, sous fond de crise économique qui sonde la précarité et de l'isolement de certaines régions reculées des Etats-Unis.

Wind River peut être en effet vu sous l'angle d'un témoignage nécessaire de la détresse actuelle de nombreuses tribus amérindiennes , avagées par le chômage, la drogue et la violence intrinséque, que ce soit celle des animaux, mais plus radicale et incontrolable encore, celle des hommes..Elizabeth Olsen dans "Wind River"

 

Tout en n'oubliant jamais de suivre son enquête policière, Wind River montre parfaitement ce que vivent au quotidien les amérindiens dans leurs réserves en réussisant à éviter le piège des stéréotypes  et de angélisme, avec ce respect et cette sincérité dont Shéridan a déjà fait preuve dans ses scénarios précédents.

Contrairement à ce que la plupart des observateurs ont pu dire, "Wind River" ne me parait pas être le plus convenu des trois films écrits par Taylor Shéridan et même s'il est d'un abord sans doute plus classique,  m'a même paru plus émouvant et plus profond que Sicario ou Comancheria, ceux ci étant à mon sens, malgré leurs qualités évidentes,  trop happés par l'action et le coté dénonciation du scnéario pour rendre ces personnages profondément bouleversants.

 Alors qu'ici les personnages de Wind River sont terriblement déchirants: cette amérique reculée,  qui pleure  ses morts  est poignante et  cette réflexion sur l'affliction éprouvée à la suite d'un décès  pleine de larmes et de  chagrin  lié à la perte d'un être cher  est particulièrement renversante, notamment dans ses très belles dernières scènes.

 

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Bien plus que la simple histoire d'enquête  policière à laquelle la presse a parfois renvoyé ce Wind River,  on est admiratif de la façon dont Shéridan contourne les clichés du genre et parvient à dégager de la quête existentielle de son héros ( le formidable Jérémie Renner, tout en intériorité) une tension d'une efficacité redoutable et d'une profonde mélancolie, que les splendides paysages enneigés du Wyoming ne peuvent qu'accentuer.

Ajoutez à ce beau cocktail la très belle prestation d' Elizabeth Olsen en oie blanche pas si blanche que cela et  la splendide BO signée Nick Cave et Warren Ellis et vous aurez  alors un magnifique film, pas assez salué  comme il se doit ni à Cannes ( à part au Palors de sa sortie en salles en toute fin d'été 2017 et qu'il sera nécessaire de réhabiliter lors du bilan cinématographique de cette fin d'année...Ca tombe bien, cela devrait coeincider avec sa sortie en DVD ....