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On vous a à plusieurs reprises parlé du film « The Young lady » de William Oldroyd sur Baz'art, notamment avant sa sortie en avril dernier.

Coup de cœur de la rédaction, la sortie du coffret DVD est l'occasion de revenir sur la genèse de l'oeuvre et d'en mesurer mieux la portée.

En effet, celui-ci offre, en plus du film, un livret comprenant le texte à l'origine du scénario : une nouvelle de l'écrivain russe Nikolaï Leskov écrite en1865, suivi de son article « Les femmes russes et l'émancipation », et d'une analyse de Catherine Géry, professeur de littérature et de cinéma russe à l'Inalco, spécialiste de Leskov

 Au début du XVIIème siècle Shakespeare écrivait l'une de ses plus célèbre pièce ; « Macbeth ». Deux siècles et demi plus tard, l'écrivain Nikolaï Leskov s'en inspire pour une intrigue qu'il place dans sa Russie contemporaine : « La Lady Macbeth du district de Mtsensk ». A son tour, en 2016, le réalisateur William Oldroyd fait rentrer Macbeth au pays, en transcrivant le texte de Leskov en Angleterre, toujours dans les années 1860.

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 S'il conserve la trame générale, Oldroyd nourrit son récit d'autres sources, et place son œuvre au croisement d'une généalogie qui emprunte tant à la littérature, au théâtre, qu'à la peinture, tout en soulevant des questions de société qui traversent les trois époques.

Ainsi, on reconnaîtra dans l'héroïne Katherine un peu de Mme Bovary et des sœurs Brönte, quelque chose de Tchekhov et beaucoup de Vermeer dans l'atmosphère. Car le coup de génie des artistes du film réside peut être dans l'économie de mots, de personnages et de décors qui donne toute son amplitude et sa profondeur  à l'esthétique.

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« The young lady» serait presque un huis clos, concentré sur le château où vit Katherine avec son mari et son beau-père. Sur le gris des murs de pierre de cette prison défilent les ocres de mi-saisons successives, identiques, ennuyantes à mourir. Seul ce franchissement des frontières du dehors et du dedans viendra exiter la langueur d'une existence, l'immobilisme d'une société.

Enfermée comme un oiseau en cage, Katherine, ouvre par ses impertinentes promenades l'horizon de la caméra à la mesure de son aspiration de liberté. Dans un mouvement inverse, lorsque son amant palefrenier prend la place de son mari, c'est l'extérieur qui fait irruption à l'intérieur, un corps socialement étranger dans un environnement bien codifié.

Voilà pour une scénographie qui pourrait aussi bien tenir sur un plateau de théâtre. Mais quand il s'agit des personnages et de leurs émotions, Oldroyd passe au chevalet. Amour adultère, trahison, meurtres... situations pourtant extrêmes , tempérées, maîtrisées par une justesse des tons et des contours qui réussit à ménager une étrange quiétude jusque dans la plus sourde violence. Ainsi, c'est impassible et sans l'éclat des tragédiennes que Katherine impose la démesure de sa passion.

C'est que son portrait est particulièrement soigné, la précision du pinceau fait défiler sur elle toute la progression de l'intrigue. La jeune femme timide en chemise de nuit blanche est  bientôt corsetée d'une robe au bleu insolent et au large drapé qui jurent encore à la figure de ses geôliers, avant qu'une stricte robe noire, de deuil et de malédiction, n'entrave finalement un corps trop libéré et un visage devenu sévère.

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C'est sur cette question du corps, de la femme et de sa liberté d'en disposer que « The young lady » prend ses distances avec « La Lady Macbeth du district de Mtsensk », et que l'article de Leskov et celui de Catherine Géry nous éclairent.

Dans le livre comme dans le film, pour contrer un nouvel obstacle à son idylle adultère, l'héroïne commet un dernier meurtre. Oldroyd s'arrête là, après que, pour se défendre, Katherine envoie son amant et sa servante à l’échafaud.

Leskov lui, envoyait Katherine et son palefrenier au bagne, sur le chemin duquel elle se suicidera en emportant avec elle sa rivale (une détenue dont il s'était épris sur la route).

Au-delà d'un soucis de cohérence du récit (qui chercherait vainement un équivalent au bagne soviétique dans l'Angleterre victorienne), on sent bien ici le fossé entre une Russie puritaine qui se doit de punir une émancipation féminine délurée, et une vision contemporaine qui préfère suspendre son jugement.

Mais cette nouvelle Macbeth, qu'elle soit russe ou anglaise, punie ou triomphante, reste l'égérie d'une insoumission sans concession.

 

 Coffret dvd édition collector :  « The young lady » un film de William Oldroyd ; livre « La Lady Macbeth du district de Mtsensk » la nouvelle de Nikolaï Leskov à l'origine du film, accompagnée de textes inédits.

Chronique de Nisrine C..