Trois excellents documentaires vus en salles sortent en ce début novembre en DVD, l'occasion idéale de revenir dessus : 

1. Et les mistrals gagnants ( TF1 vidéo; 2 novembre 2017)

 

 mistrals gagnants

Anne Dauphine Julliand, je la connaissais en tant qu’auteur d'un livre consacré à la maladie et au décès de sa fille "Trois petits pas sur le sable mouillé", dans la même veine que   le sublime récit d'Anne Marie Révol  "nos étoiles ont filé", ce livre paru en 2011 nous décrivait  une tragédie totale, à savoir le récit d'une maladie génétique chez une petite fille de 2 ans condamenée et vue à travers les yeux de sa mère.

 Cela commence par un petit pied qui tourne sur la plage, et cela finira en chemin de croix, avec perte totale de la marche, puis de la vue jusqu'à la mort. Autant dire que lire ce livre lorsqu'on a des enfants était  une épreuve terrible, et si ce livre  touchait forcément par son thème et les larmes d’encre qui coulaient de la plume de l’auteur. son film et les mistrals gagnants réalisés par la même vient largement prendre racine dans son histoire personnelle.

mistrals

Ce film  a pu voir le jour grâce à la volonté et le désir chevillé au corps de cette mère improvisée réalisatrice, de sa rencontre avec un producteur de fortune , Edouard de Vesinne, et de tout un tas de contributeurs de la plateforme participative Kiss Kiss Bank Bank qui ont vite été séduit par ce projet au sujet o combien poignant et  universel

 Durant la maladie de son enfant, et  forcément après aussi , Anne-Dauphine Julliand a rencontré des familles, touchées par le même drame, et  plein d’acteurs concernés directement par la question  prise en charge de ces enfants malades.

 Pour approcher les parents, la réalisatrice s'est appuyée sur les équipes de soignants qu'elle-même avait rencontrés, et a décidé de suivre, sur leurs conseils, six enfants

 Loin d’être un documentaire larmoyant et mièvre, et qui pourrait prendre le spectateur en otage comme le font certains reportages télévisuels sur la question, et les mistrals gagnants se veut et réussit à être avant tout une ode à la vie et une formidable leçon de courage, de réalisme et d'optimisme sans jamais chercher à forcer l’émotion qui du coup arrive de façon souvent impromptue, au détour d’un mot a priori simple d’un enfant, ou d’un regard tout juste voilé de tristesse.

 Car les  six enfants que suit avec pudeur et tact la caméra d’Anne-Dauphine Julliand s'avèrent être  touchants, drôles (on sourit assez souvent devant leur vitalité et leurs réparties)  et touchent terriblement par leur lucidité et leurs recul à ve souvent drôles.

 

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Le quotidien d’un enfant malade, c'est devoir se soigner, être soigné, prendre soin de soi  souvent avec les autres,  et tenter de vivre aussi comme un enfant «  normal »  et cet appétit de goûter l'existence envers et contre tout, et ce  même si la maladie se rappelle trop souvent à son souvenir.

Filmé presque exclusivement  hauteur d’enfants- même si certains soignants apportent aussi des contributions parfois enrichissante-  ce  beau documentaire  est nécessaire en ce sens qu’il, put raconte la  joie d’être vie, tout simplement et d'aimer autant la vie que dans la chanson de Renaud qui donne le titre au film et qui cloture de belle manière le générique de fin de ce film qui a connu une belle carrière en salles,.

 

  2.A voix haute; TF1 vidéo ( 7 novembre)

 

a voix haute

 A voix haute, ce formidable documentaire de Stéphane de Freitas diffusé  sur France 2 en novembre 2016 et qui a été plébisicité par tous ceux qui l'ont vu.

IL EST  l'oeuvre de Stéphane de Freitas, réalisateur du film et aussi et surtout instigateur du projet Eloquentia, qui est le sujet principal de son film et constitue un beau message  d’espoir  qui va à l'encontre  des clivages politiques, religieux ou sociaux que cristallise notre société actuelle.. 

 Ce concours ouvert chaque année aux étudiants de Seine-Saint-Denis a en effet pour objectif de couronner  "le meilleur orateur de Seine-Saint-Denis"  parmi des centaines de participants qui vont ainsi se lancer dans des joutes verbales publiques à coup de mots qui tapent et de formules particulièrement marquantes.

Bien décidés à acquérir cette arme si importante pour réussir dans la vie qu'est la confiance en soi , Eddy, Elhadj, Souleïla, Leïla, Yacine, Franck,  Kristina et tous les autres participants au concours nous montrent ainsi une formidable leçon de détermination  proprement renversante et  enthousiasmante.

Et ils nous démontrent aussi, comment, grâce à cette fameuse éloquence qu'ils tentent de maitriser, il vont réussir à franchir les barrières sociales et à mettre KO le déterminisme social, juste par la force de leurs mots et leurs discours, et pour une fois croire à leurs rêves d'enfants pas gâtés par la vie.

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 En nous dévoilant  la préparation et ses coulisses  et notamment  les trois semaines intensives de préparation de la promo 2015, le film de De Freitas montre le pouvoir des mots, clé de l'ascension sociale et qui n'est pas réservé à la creme de la crème du barreau de Paris.

En parvenant progressivement à construire un discours qui saura être écouté et plébiscité, et apprendre un raisonnement sensé apprendre à structurer sa pensée, les participants à ce concours et à cette formation prennent conscience que la parole est tout autant une arme de défense qu'un moyen de se faire entendre et véhiculer leurs idées.

Et les voir haranguer, argumenter, plaider. au cours de ces différentes joutes verbales que De Freitas filme avec énergie et malice est un vrai plaisir de spectateur ..

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 Grâce à sa forme particulièrement cinématographique, qui fait parfois penser à des entraînements de boxe, et des témoignages sincères et touchants, qui font eux parfois penser un peu aux coulisses d'A la recherche de la nouvelle star (bon, je ne regarde donc presque jamais la TV mais j'avoue, les télé crochets sont mon talon d'achile :o), mais dépourvu du côté voyeuriste et doloriste des émissions de TV,  À voix haute libère une émotion particulièrement puissante et euphorisante...

 Un documentaire humaniste, intelligent, drôle, empathique, doté d'une portée politique et sociétale passionnante, un film  qu'on regarde le sourire aux lèvres.

Evidemment, dans le climat actuel, c'est incontestablement une aubaine à ne rater sous aucun prétexte....

 

Bonus :
- Les étudiants au Palais de Justice
- Kiss improvise
- Leila à l'Université de Berkeley
- L'origine du projet

  3. Retour à Forbach ( Docks 66 ; 7 novembre) 

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Trente ans après avoir quitté sa ville natale, le documentariste  Régis Sauder- auteur notamment de Nous, princesse de Clèves en 2011, a décidé de revenir sur les traces de son enfance à Forbach, une ville de Lorraine dans Retour à Forbach, en salles depuis le 19 avril dernier. 

Retour à Forbach jongle entre souvenirs d'enfance et photographie subjective mais juste d'une ville rongée par la précarité et la montée du Front National, une ville qu'il a fui pour se construire , comme il l'affirme lui même, "contre la violence et dans la honte de son milieu".

Une ville  de Forbach située  à deux pas de la frontière allemande, dans laquelle les habitants ont cédé aux sirènes du Front national, représenté par le si médiatique Florian Philippot, un enfant du cru. 

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  Retour à Forbach nous dissimule rien du  désert économique qui s'est abattu sur la ville à la fermeture de la mine. Un désert économique à laquel s'est ajouté un désert sanitaire, culturel, dans lequel les institutions semblent particulièrement impuissantes, voire démissionnaire. 

Régis Sauder donne  la parole  à ces invisibles, à ces résidents de ces villes oubliées par les pouvoirs publics- excepté sans doute pendant les périodes d'élections présidentielles- qui ont pourtant des choses à dire.

 Le réalisateur nous parle, avec un versant "autofiction "qui peut certes, mais en de rares occasions, frôler le narcissisme,  un peu à la manière d'une Annie Ernaux, citée d'ailleurs au générique,   de cette honte que peuvent ressentir les personnes issues d'un milieu modeste et qui ont éprouvé le besoin viscéral et l'impossibilité   de s'extraire.


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"Retour à Forbach", c'est le retour d'un homme dans une région où ses amis d'enfance ont connu un parcours différent du sien.

Portrait assez sombre d'une France dite " profonde" filmée sans angélisme ni manichéisme,  régis Sauder parvient toutefois à glisser quelques lueurs d'espoirs ici et là avec des personnalités qui croient encore au vertu de la solidarité et de l'entraide.

On aurait sans doute aimé une réflexion un peu plus pousée notamment au niveau politique, mais la démarche de Sauder n'en reste pas moins louable et salutaire. 

  

 Bonus : 

plus de 90 minutes de suppléments 

  Entretien avec le réalisateur Régis Sauder (43’55 »)Entretien avec Thierry Paquot, philosophe de l’urbain et président d’Image de ville (5’19’’)Extrait de la séance Film en chantier  lors de l’édition 2015 du Festival Image de ville : discussion entre  Régis Sauder et Didier Eribon (14’05’’)Je t’emmène à Alger, un documentaire de Régis Sauder (52′)Bande-annonce