vivant
"C'était terrible, d'être passé du côté d'une drôle de barrière dont on n'avait même jamais songé qu'elle existait. La barrière des fous. Celle qui nous séparait des autres, les normaux, eux dont la vie était belle"

 Pierre Souchon, connu en tant que journaliste, notamment au "Monde Diplomatique",  a publié  à l'occasion de la dernière rentrée littéraire, un récit  qui nous plonge  dans le milieu de l'hôpital psychiatrique- un peu dans la droite lignée du nouveau sublime film de Raymond Depardon dont on parlera dès demain .

Dans "encore vivant", édité par la Brune au Rouergue, Pierre Souchon- rien à voir avec son homonyme fils D'alain et frère d'Ours-  nous fait partager son expérience lorsqu'il est à nouveau hospitalisé  à 35 ans après une crise de bipolarité, épreuve qu'il avait déjà connu quinze ans auparavant.et qu'il se retrouve des lors   entouré de paranoiaques et autres schizophrènes  en tous genres.


Tout allait pourtant bien pour lui :  Pierre semblait avoir  remonté la pente, et stabilisé à tel point que le médecin qu'il voyait l'avait progressivement libéré de son traitement, mais cela,  avant qu'une  grosse rechute, une phase maniaco-dépressive  (l'ancien nom donné à la bi olarité) vienne le cueillir  à nouveau et ne le fasse échouer totalement hagard,  sur cette statue de Jean Jaurès qui surplombe Montpellier et qu'il a trouvé comme dernier refuge.

  "Encore Vivant" est assurément un récit à forte portée catarsistique et aussi  l'occasion pour son auteur d'expliquer de l'intérieur une crise de bipolarité  que les seuls malades peuvent ressentir.

Mais c'est aussi un livre qui sert à stimagtiser l'ambivalence existante entre la prise de conscience  de la maladie et le besoin de traitement pour sa reconstruction,  ainsi que  l'étiquette que l'on colle  en général sur les maladies psychiatriques que l'on a ttrop endance à pointer du doigt.

Et c'est l'occasion pour lui de témoigner sur son histoire intime, tant Souchon reste fièrement attaché à ses origines, une famille pauvre de paysans de Serre de Barre va devoir par son travail et sa vie conjugale fréquenter une haute bourgeoisie si différente de ses racines familiales et cette difficulté à trouver un équilibre entre ces deux pôles si différents, cette  attirances inavouées  pour ce qu'il devrait rejeter au fond de lui, qui pourra également être un des paramètres permettant d'expliquer cette rechute.


 ..." -Acceptez votre maladie, et ce qu'elle implique.
- Mais, c'est justement là que ça ne va pas, madame Ducis. Je me suis entièrement construit sur l'inverse, c'est-à-dire contre l'acceptation. Quand on milite, c'est pour changer les choses. Donc ça suppose qu'on croie au changement, à la possibilité de la transformation, et qu'on ne fige rien en l'état. Qu'est-ce qu'on fait avec l'ordre social ? On l'accepte ? Je le vomis, l'ordre social. Donc je me bats pour le transformer."

Réflexion sincère et lucide sur la " bipolarité qui mêle avec habileté histoire personnelle et l'Histoire avec un grand H - que ce soit  l'histoire de ses paysans en train de mourir ou celle  de ses ancêtres soldats de guerre du vingtième siècle,  ce récit autobiographique qui évite le pathos et qui possède pas mal d'ironie et de rage, interpelle et secoue.

 Encore vivant de Pierre  Souchon,Éd. du Rouergue      EUR 19,80 ; 16/08/2017 ; 250 p. ; Broché