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Le 29 novembre prochain sort dans les salles  12 jours un magnifique documentaire qui est l’œuvre d’un cinéaste qui en a déjà un certain nombre à son palmarès, à savoir  Raymond Depardon  venu sur Lyon la semaine passée présenter son film et que j’ai eu la chance de rencontrer lors d’un entretien que l’on  mettra  prochainement en ligne.

  J’entretiens  rapport lointain avec le cinéma de Depardon : il me semble bien que le premier film documentaire que j'ai vu au cinéma, c'était Délits Flagrants, vu en 1994 dans la continuité de mes études de droit, car, pour la première fois avec ce film une caméra était accepté dans le bureau d'un procureur général. Ce film m'avait fait l'effet d'un coup de poing tant ce chef d'œuvre de perfection dans le cadrage et la mise en scène nous permettait  une plongée critique du système judiciaire français.

 

 D'autres films de Raymond Depardon que j'ai pu voir par la suite sur des sujets complètement différents auront produit le même effet sur moi : Afrique comment ça va avec la douleur, Profils Paysans et surtout 1974, une partie de campagne, journal de campagne du président Giscard D’Estaing tournée en 1974, qui aura été censuré à sa sortie par le président en exercice, qui nous montre la politique comme elle n'avait jamais été montrée à l'époque.

 Il en va largement de même pour ce très beau 12 jours présenté en sélection officielle hors compétition à Cannes et dans lequel  il se permet de  fusionner ses deux obsessions la psychiatrie ( à qui il a consacré deux longs métrages il y a plus de trente ans, San Clémente puis Urgences, dans les années 80)  et le  fonctionnement de la justice  à qui il a également consacré deux films, ce Délits flagrants  donc ainsi quelques années plus tard que  10e chambre instants d’audience).

 

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12 jours ne déroge pas à sa marque de fabrique, et plus que jamais Depardon pose sur les personnes qu’il filme  ce même regard empli de respect et de compassion et réussit à être  toujours à la bonne distance, comme seul  peut être le photographe qu’il est à l’origine sait y être, parachevant cette sorte  de marque de fabrique, celle du photoreportage dont il l’est l’un des grands instigateurs.

 En filmant pour la première fois les effets d’une loi de 2013 qui oblige les juges des libertés de recevoir un patient hospitalisé sous contrainte dans les 12 jours qui suit son entrée en établissement, Depardon et sa fidèle complice Claudine Nougaret ( présente aussi à Lyon lors de notre rencontre qui sont venus filmer 72 audiences de personnes internées à l’hôpital Vinatier de Lyon,  sont les premiers à rendre public une parole qui était jusqu’alors réservé uniquement aux psychiatres.

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Grand humaniste devant l’éternel, Depardon prend soin à ne jamais prendre de haut son sujet  et éviter toute raillerie et donner la parole à des personnes vulnérables que la société a tendance à ignorer totalement.

En France, il existe  chaque année 92 000 mesures d’hospitalisations psychiatriques sans consentement et c’est toute la force de ce cinéma de Depardon que de mettre le focus sur cet état de fait et  sur des échanges qui en disent énormément sur notre société actuelle ou l’aliénation sociale et la souffrance psychologique (notamment) t au travail avec une patiente salariée chez Orange) sont prégnantes.

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La souffrance de ces dix patients montrés par Depardon ( sur les 72 filmés  en tout) est patente, comme l’est aussi ce besoin de parler et d’exprimer son mal être…

De fait,  si les effets de cette loi ont sans doute du mal à se vérifier sur un court terme ( les magistrats semblent  pour le moment être un peu réduits à une fonction d’enregistreur des avis des médecins) le besoin de s’exprimer d’un patient dont la parole n’était pas entendue avant la loi est évident, et cela le film de Depardon le montre superbement.

Depardon,  artiste travaillé toute sa vie par les questions de la liberté et de l’enfermement n’oublie pas non plus de filmer les patients à l’extérieur en leur offrant une respiration bienvenue et sublimée par des plans en scope et la très belle composition musicale d’Alexandre Desplat….

12 jours confirme donc l’importance d’un réalisateur qui a près de 75 ans n’en finit pas de nous livrer des œuvres d’une grande beauté et d’une  sublime évidence…