Qui a dit que les polars étaient réservés à la plage et au sable chaud? Ou encore au mois de mars et à Quai du Polar ( qui cette année aura lieu début avril d 'ailleurs )?

Pas nous en tout cas qui profitons du froid insensé pour tenter de nous réchauffer avec des oeuvres qui certent filent le frisson, mais celui de la fièvre et de la chaleur avec 4 polars incontournables sortis ces dernières semaines qu'on avait envie de conseiller en ce début décembre.

Des cadeaux idéaux à offrir à Noël pour les amateurs de bons polars toujours plus nombreux, ca vous tente pas ?    

 1. Assassins d’avant ; Elisa Vix ( Rouergue Noir)

 

vix

« Alors que je la contemple d’en bas, crucifié sur le tatami, tout devient limpide. Je me suis trompé l’autre jour, au café, Adèle est la femme dont je devais tomber amoureux. C’est ma rédemption. »

Une photo, une simple photo jaunie découverte lors du déménagement de la maison familiale qui va être mise en vente et la vie d’Adèle Lemeur, jeune chercheuse au CNRS est bouleversée. Elle n’aime plus son mari, soupçonne son père de lui cacher un secret de famille depuis vingt-cinq ans et tombe amoureuse de Manuel, un flic aux yeux sombres. En effet Adèle, tu as maintenant le droit de savoir, de savoir pourquoi, comment et par qui ta mère, une institutrice adorée de ses élèves et de ses collègues, est morte dans sa classe durant un cours de poésie.

Oui Adèle c’est le moment de devenir adulte, tu es capable d’affronter la vérité, seul moyen de cicatriser les plaies d’une petite orpheline de cinq ans.

Une affaire classée et une histoire d’amour impossible pour une double rédemption. « Assassins d’avant » un polar psychologique d’à peine deux cents pages. Elisa Vix écrit rapide, il y a urgence, Adèle et Manuel doivent s’aimer vite  pour se guérir, et la romancière ne s’encombre pas de mots superflus pour construire des personnages forts et beaucoup plus complexes qu’on ne le pense. Un beau roman noir.

  2. Marin Ledun; En douce ( J'ai Lu)

 

 

douce

 

"Les deux gendarmes discutèrent encore un instant, puis ils firent demi tour. Leur véhicule disparut peu après de la ligne droite, ne laissant dans son sillage qu'une sale odeur de monoxyde de carbone et de suspicion."

Émilie, jeune infirmière devenue unijambiste à la suite d'un  accident de voiture , a sombré peu à peu  dans la dépression, peu à peu coupé les ponts avec ses relations, quitté son travail et finit par se faire embaucher dans un chenil.

Un jour elle retrouve la trace de  Simon Diez, qui conduisait la voiture qui a percuté la sienne, et après l'avoir séduit et entrainé chez elle lui tire une balle dans la jambe et le séquestre..

Roman dense et  complexe ce "En douce" sorti récemment chez j'ai chez Lu ,confirme largement tout le bien que l'on pense de  Marin Ledun un de nos meilleurs auteurs de polars français, qui assurément,  mériterait une reconnaissance critique et publique encore plus forte que celle qu'il a  actuellement.

Entre thriller psychologique et chronique sociale, Ledun nous tisse un  huis clos intense et percutant entre deux être paumés bouffés par la société de consommation d'aujourd'hui

« Je n’ai rien, je ne suis rien, je fais ce qu’on me dit de faire depuis si longtemps que je ne me souviens même plus quand ça a commencé. »

En douce frappe par un ton particulièrement épuré, à l'os , encore plus que dans les précédents romans , pour une tragédie sociale aussi poignante qu’édifiante.    Une incontestable réussite à découvrir à petits prix chez J'ai lu.

 

3 La femme de l’ombre       Arnaldur Indridason ( Metailié)

 

editions-metailie

 

« On avait administré à la victime de très puissants calmants mais, à en juger par ses gémissements, ils ne suffisaient pas à apaiser la douleur. Le médecin indiqua que le jeune homme était entre la vie et la mort. Les blessures  nombreuses  et profondes qu’on lui avait infligées avaient touché des organes vitaux et il n’y avait aucun moyen de le sauver. On l’avait attaqué avec un tesson de bouteille. Il avait trouvé un éclat de verre dans son œil droit. »

Reykjavick, printemps 1943. L’Islande, a une grande importance stratégique  dans l’Atlantique Nord. Convoitée par les Etats unis, l’Allemagne Nazie, le Royaume-Unis, cette ile minuscule est un précipité du conflit qui embrase l’Europe et le monde entier. Avec une arrivée massive de soldats américains, canadiens et anglais, la police locale à fort à faire, il faut gérer tous ses jeunes et vigoureux garçons loin de chez eux, des islandais opportunistes prêts à tous les trafics pour s’enrichir et quelques espions nazis.

Deuxième tome de la trilogie des ombres, Arnaldur Indridason, historien de formation nous entraine dans la grande histoire de son pays. Il fouille le passé de son ile avec beaucoup d’habileté.

Entre polar et récit d’espionnage, Flovent et Thorson, nos deux jeunes et sympathiques enquêteurs vont mettre à jour de sombres histoires de jalousie, de vengeance et d’idéologie bafouée. Bien sûr Indridason connait son lecteur et s’amuse avec lui, mais tout de même l’intrigue manque cruellement d’originalité et son roman nous laisse sur notre faim.  

Parole de fan, il faut dire qu'Erlendur  Sveinsson me manque terriblement. Evidemment il y aura toujours la petite musique islandaise des prénoms si particuliers, et le chroniqueur empathique aura une pensée  pour le calvaire de la mère de famille nombreuse islandaise qui tous les soirs doit crier : « Osvaldur, Hildibrandur, Vilmundur, Ingimar, Thorbergur, Gudmunda et Klemensina…A TAAAABLE.. »

 

 4. Sept jours avant la nuit; Guy-Philippe Goldstein ( Gallimard/Série Noire)

A13570

 "Si un groupe terroriste qui n’a ni territoire ni population sous son contrôle, est aussi puissant qu’un Etat, cela ne veut plus dire
qu’une chose : nous entrons dans un moment d’anarchie et de barbarie encore plus grave que lorsque l’Empire romain s’est effondré…"

 Sept jours avant la nuit  peut faire peur sur le papier puisqu'il envisage une possible apocalypse nucléaire et pourrait lorgner sur les séries Z apocalytpiques dont Hollywood nous abreuvent régulièrement.

Or,  Guy-Philippe Goldstein auteur il y a quelques années d'un roman Babel minute zéro, où il imaginait une guerre entre les ricains et la Chine maitrise absolument le genre de la politique fiction.

 7 jours avant la nuit traite de la problématique o combien complexe et éminemment d'actualité ( et pourtant le livre a été écrit il y a quelques années selon l'auteur ), celle de la prolifération nucléaire et  des probables détournements de la technologie par un mouvement terroriste.

"Des membres gravitant dans son réseau ont participé aux violences communautaires contre les églises locales, les tribus animistes
nouvellement converties, et certains évangélistes américains et australiens… Mais nous ne connaissons pas les dirigeants. Nous n’avons
identifié ni cellules opérationnelles ni réseaux de support."

Un engrenage diabolique qui se met en place  et qui nous fait parcourir toute la planète  à un rythme effréné, jugez plutôt on va  de l'Inde aux USA en passant par le Pakistan et le Royaume Uni .

Une  course contre la montre et contre la destruction d'un peuple particulièrement bien menée,  et on ne voit pas le temps passé au bout des + de 600 pages que constitue ce livre... 

Un roman forcément terriblement anxiogène mais également tout à fait  prenant de la première à la dernière page.