cras montana

" C’est durant l’hiver 67 que le monde s’effondra. Ou du moins, que nous en fûmes éjectés, et que la vie confirma notre renvoi dans l’ombre, dans un brouillard flou, élastique."

 Un des plus gros coups de coeurs  de la dernière rentrée littéraire dans le domaine français était assurément ce   "Summer", troisième roman de Monica Sabolo, formidable récit de disparition au bord du lac Léman, peuplé de fantômes et de mystère, qui faisait penser énormément à l’univers d’une Laura ­Kasischke.

Cette réussite incontestable nous a donné envie d'aller jeter un oeil et même deux sur ses précédents romans, et notamment son second ," Crans- Montana", sorti en poche chez Pocket il y a quelques semaines de cela.

 Un roman sombre et mélancolique qui traite du temps qui passe et qui nous éloigne inexorablement de nos rêves, de nos occasions manquées et de nos regrets.

Il est toujours question de filles fatales et de Suisse ( le titre du livre est le nom d'une station balnéaire hélvète) et  de personnages aussi mystérieux qu'insaississables. dans cette société des années 60 en pleine mutation, et cette jeunesse dorée qui cultive ses secrets et mystères.

 D'un coté Les 3 C., Chris  Charlie ) et Claudia (cheveux blonds,, pleines de vie, ayant le sens de la fête et  profondément mystérieuses,  alimentent les fantasmes d'un groupe de jeunes  rêveurs qui ne savent pas y faire avec les filles encore moins lorsqu'elles semblent aussi inacessibles que ces 3 C.

Ces jeunes gens passent leurs vacances à Crans-Montana, l’hiver sur les pistes de ski, l’été au bord de la piscine. Ils grandissent, ils vieillissent,  mais la mémoire, elle n'oublie jamais rien..

Dès les premières pages,  on sent poindre la tension et on voit vite que sous le vernis de l’insouciance vont vite apparaître les failles et la gravité inhérent à cette époque particulière.

« Le reste de l’été se déroula dans une sorte de brouillard. Aucun souvenir ne demeure. Juste cette nuit, lorsque Serge Chubowska, qui avait laissé la fenêtre ouverte, et ne dormait pas, comme presque toutesles nuits, vit une chose se déplacer dans les airs, un souffle, une ombre, à toute vitesse. Il se redressa sur son lit, et les yeux plissés,distingua une chauve-souris qui tournoyait dans sa chambre, comme un messager des enfers venu lui signifier nos péchés. »

Une  écriture forte, incisive, où chaque détail compte et contribue à rendre l'atmosphère aussi pesante qu'intrigante. On sent bien que quelque chose d'oppressant monte en nous, et Sabollo, avec presque rien, des détails pourtant anodins a priori mais qui ne le sont pas vraiment, arrive parfaitement à construire ce trouble.

Comme dans "Summer", on est pris par la petite musique très mélancolique que distille Monica Sabolo, et si ce roman est certainement plus superficiel et les personnages moins attachants que dans "Summer", on restera sous le charme de cette plume élégante qui sait très bien instaurer cette tension et ces félures que l'on devine sous des apparences trompeuses. et faire naitre cette  émotion lancinante qui ne vous quittera pas de notre lecture.