Jusqu'au 9 février, Big Brother aura les yeux rivés sur vous au Théâtre de Ménilmontant.... Pour sa huitième saison à Paris, Sébastien Jeannerot nous offre une adaptation glaçante du chef d'oeuvre de George Orwell, avec des effets techniques à couper le souffle.

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1984 fait partie de ces classiques qui nous marquent à jamais et qui nous font entrevoir un monde dans lequel toutes les libertés sont abolies, où le langage est réduit à peau de chagrin car c'est lui qui structure notre pensée, où le mensonge et la délation sont légion... Choisir de la mettre en scène aujourd'hui n'est pas anodin - pas étonnant que l'expression "état d'urgence" soit le sous-titre de cette adaptation...

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Pendant que les spectacteurs s'installent, quatre personnages affublés d'un masque à gaz sont assis en tailleur sur la scène, immobiles. Même si leur visage est couvert, nous avons l'étrange sensation qu'ils nous observent, là, en train de nous installer. On se dépêcherait presque de trouver nos sièges et de baisser les yeux pour éviter de se faire repérer. D'emblée, et alors même que le spectacle n'ait commencé, l'impression d'être épié commence à faire son chemin dans notre esprit. Ce sentiment ne nous quittera pas tout au long de la pièce, à l'instar des personnages, et en particulier de Winston (Sébastien Jeannerot), cet homme angoissé par les télécrans sur lequel apparaît brusquement le visage sévère de Big Brother, par la réduction vertigineuse de mots jugés inutiles pour la novlangue, par les informations qu'il doit sans cesse réécrire...

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Toute une batterie de procédés concourt à rendre la mise en scène terriblement pesante. L'absence de couleurs règne en maître, tout est gris, des décors aux costumes. Des musiques angoissantes et grandioses résonnent dans toute la salle. L'histoire se déploie  aussi bien sur scène que sur des panneaux mobiles qui font office d'écrans et sur lesquels sont projetés des films et des images. Tantôt affublés de masques à gaz, tantôt de cagoule, tous vêtus de combinaisons grises, les personnages, eux aussi, nous inquiètent, nous mettent mal à l'aise, nous intimant par leur comportement à ne pas faire le moindre faux pas. Seules les scènes chez l'antiquaire ou dans la chambre de Winston nous accordent quelques moments de respiration.

J'ai été réellement impressionnée par les effets techniques employés. Les images projettées ne sont jamais morcellées, malgré les mouvements incessants des panneaux. Ceux-ci sont coordonnés à la perfection, comme une chorégraphie. 

La longévité inouie de ce spectacle - huitième saison à Paris ! - n'étonne guère. Les comédiens sont excellents, mention spéciale pour Sébastien Jeannerot, Hélène Foin-Coffe qui incarne le rôle de Julia et Bernard Sender, celui d'O'Brien.

Seul point négatif à mon sens : les scènes de torture m'ont semblé pénibles car trop longues, trop violentes. On y voit Winston en sang, suspendu puis allongé sur une planche, refusant de céder sur le fait que 2 et 2 ne peuvent faire 5, avant de recevoir des décharges électriques foudroyantes. 

 Vous avez jusqu'au 9 février pour la découvrir, même si on parierait sans trop de risques que la troupe rempile pour une 9ème saison...

 1984 - état d'urgence, au Théâtre de Ménilmontant 15, rue du Retrait, 75 020 PARIS