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« Maman ne cessait de dire que sa plus grave erreur avait été de quitter son premier mari, vraisemblablement un homme formidable pour partir avec papa. Depuis sa vie avait chaviré, et la perspective d’un avenir personnel avait perdu tout son sens dans ce contexte ou tout travail n’aurait été qu’un hobby de femme entretenue. Plutôt crever. Maman avait sa fierté, et elle préférait se flinguer la santé, passer sa journée à ressasser, se lamenter, désespérer, errer, plutôt que d’accepter de s’occuper. Plutôt crever." 

 Violaine Huisman (traductrice en anglais)  nous livre pour cette rentrée de janvier 2018 un roman bouleversant qui est aussi largement  autobiographique.

 Elle rend aussi un vibrant hommage à sa mère, Catherine, une femme vraiment  excessive  que les médecins ont diagnostiqué comme "maniaco dépressive", à une époque où on de disait pas encore bipolaires pour parler de ces individus qui alternent périodes d’euphories et séquences de grande dépression et auto apitoiement.

 On pense, à la lecture de ce  livre entre le récit et le roman ( la frontière semble bien tenue comme souvent dans ce genre de livres) à  "Rien ne s’oppose à la nuit"  de Delphine de Vigan, aussi portrait déchirant d'une mère borderline,   ou  plus récemment  "Encore vivant" de Pierre Souchon- voir chronique ici même qui parlait aussi de bi polarité vu de l’intérieur  mais Violaine Huisman se différencie des autres livres sur le sujet  sur le sujet par une plume alerte et poignante et une construction  assez originale, en deux  parties ( enfin trois si on compte un court épilogue dans lequel la narratrice fait le bilan avec le recul de sa vie d’adulte).

L’écrivaine Violaine Huisman, en 2017.

 Après une  première  partie, dans laquelle l’auteure expose sans pathos et avec beaucoup de lucidité son rehard sur cette enfance  somme toute  assez brutale où sa mère lui paraissait particulièrement difficile à cerner et où les rôles entre parents et enfants se voient inversés, la deuxième partie, se place du point de vue de  Catherine,  et de ses vies avant d’avoir eu ses filles, éclairant largement les zones d’ombres de la première partie.

On voit que l’auteur a eu une enfance peu ordinaire, dans laquelle sa mère personnage bigger than live avait tendance à tirer toute la couverture avec elle, et si l’auteur ne nous épargne pas certaines scènes très dures sur la déchéance maternelle (où se cotoient alcool, cigarette, médicaments...) , elle parvient in fine à toujours apporter une tendresse et une humanité à cette mère, reine brisée et parfois déchue , mais reine quand même…

Une plume percutante et fluide  qui pourra  laissé pas mal de lecteurs totalement bouleversés.

  Fugitive parce que reine,de Violaine Huisman, Gallimard, 256 p., 19 €.