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 « Avait-il, dès le voyage aller, comploté et organisé la mutinerie ? Oui. Envisageait-il de s’emparer d’un navire de secours et de se lancer dans une immonde carrière de pirate ? Oui. Avait-il ordonné la mise à mort de toutes les bouches qu’il jugeait inutiles à nourrir ? Hélas oui. Avait-il par la suite livré les rescapés à la folie meurtrière et gratuite de sa bande d’assassins ? Oui encore. Vous êtes-vous rendu coupable de viols multiples et de de l’exécution sordide de douzaines de malheureux ? Mais, oui, certes, et pourquoi pas ? »

Haarlem, 1629. Jeronymus Cornelisz, apothicaire en faillite, a eu la très mauvaise idée d’être l’ami du peintre Torrentius. Lorsque ce dernier est arrêté pour immoralité, satanisme et hérésie, Cornelisz se hâte de quitter la ville dévote de peur, lui aussi, de  passer à la question. Nous sommes certes en pleine Renaissance, mais les esprits moyenâgeux sont toujours au pouvoir.

Le bien et le mal, changent de camp aussi souvent que les croyances. Catholiques et Protestants se torturent  et se supplicient entre eux, ne trouvant accord que pour torturer et supplicier ensemble les libres penseurs. Le fuyard abandonne sa femme syphilitique, étouffe son bébé moribond et s’embarque comme intendant adjoint sur le Batavia pour le compte de la compagnie néerlandaise des Indes Orientales. 

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Dans sa route pour les Indes, le navire, au bord de la mutinerie, s’abime sur un ilot rocheux au large de Java. Cornelisz, le survivant le plus gradé, va prendre le commandement des naufragés et en donnant libre cours à sa folie paranoïaque laissé son empreinte sanglante dans l’histoire.

Description méthodique  de la naissance d’une dictature engendrée par la terreur, combat du bien et du mal entre le ciel et l’eau, Marc Biancarelli nous offre un tableau hyper-réalisme de cette époque troublée. Le Monde au XVII è siècle était alors un champ de bataille de territoires et d’idéologies, un bourbier rouge sang formidablement recréé par le romancier.

Rembrandt, Hals, Ruisdael, Vermeer, le clavier de l’écrivain devient la palette d’un peintre flamand, la page blanche un tableau historique et gore qui tente avec courage de comprendre, le chaos et l’harmonie, l’humain et l’inhumain, le clair et l’obscur.

Plongez dans cette lecture organique et viscérale et vous vivrez un épatant voyage en littérature et en Histoire.

 Massacre des innocents, ed. Actes Sud, 390 pages, 21 euros.