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En janvier, lors de ce qui est (encore à ce jour) ma dernière virée dans la capitale,  j'ai eu la grande chance de rencontrer ( dans les locaux parisiens de la très sympathique et dynamique agence Anne et Arnaud, un de leurs "poulains",  Olivier Bourdeaut,  le romancier arrivé de nulle part en 2016 qui a sorti ce best seller que tout le monde ou presque a lu "En attendant Bojangles".

Vous le savez, ce roman a d'ailleurs rendu fou (folle plutôt) certains membres de la rédaction de Baz art qui n'en d'ailleurs sont toujours pas remises.

 « En attendant Bojangles » a en effet collectionné les Prix et les lecteurs, avec quantités de grandes récompenses qui sont tombées au cours de l'année 2016  : Grand Prix RTL-Lire, Prix roman France Télévisions, Prix Roman des étudiants France Culture-Télérama. 

Si de mon coté, j'ai sans doute trouvé le succès de ce livre un peu trop exagéré, je reconnais volontiers ses qualités littéraires évidentes et j'étais donc ravi de rencontrer pendant plus d'une heure son auteur, qui s'est d'ailleurs montré ce jour là particulièrement agréable .

Alors, depuis ma rencontre avec son auteur à la mi janvier , on s'est rendus compte que Pactum Salis , son second roman (chroniqué par nos soins ici) sera bien loin de se hisser à la hauteur du triomphe rencontré par le premier (on sait bien qu'un miracle ne se reproduit pas deux fois de suite), mais il était important que je vous dise à quel point son auteur s'est montré  sympathique se prétant avec énormément d'esprit et d' humour au jeu des questions/ réponses.

pactumDès le départ,  j'ai eu envie de demander à Olivier si, dans toutes les interviews qu'il avait faite à l'occasion de la promo de  "Pactum Salis" , il y avait un média, ne serait-ce qu'un seul, qui avait osé ne lui faire la moindre allusion à son premier roman.

Olivier a semblé apprécié l'originalité de ma question  et me dit qu'hélas, aucune interview ne s'est déroulée sans jamais mentionner l'existence de Bonjangles mais qu'il aurait bien aimé qu'un journaliste, de manière délibérée ou non,  lui demande si "Pactum salis" était son premier roman, ce qui lui aurait évité de reparler pour la énième fois de Bojangles.

 En effet, on  ne peut s'empêcher de faire référence à Bojangles. Après avoir publié un tel succès, maintes fois récompensé et adapté,  il est évident que son auteur ressente - le "devoir" de répondre à une certaine attente de la part de ses lecteur.

 Mais Olivier est charmant comme je vous l'ai dit, il n'hésite pas à me reparler pour la millième fois  de cette pression qu'il dit de toute façon de ne pas avoir eu à l'écriture de ce second roman.

En effet, il affirme avoir  déjà écrit les deux tiers de Pactum Salis avant  même que « En attendant Bojangles » ne soit publié, ce qui lui a permis de ne pas  trop la pression pour l’écriture. :  "En fait, comme j'ai écrit 150 pages de Pactum Salis avant  que ne sorte  Bojangles et le tsunami de sa sortie, on ne peut donc me faire un procès en opportunisme. Et lorsque Bojangles est sorti, j'ai écrit la suite avec pas mal de sérenité, et  j'ai essayé de garder ensuite la même direction que j'avais prise avant. "

Et de toute façon, "je sais parfaitement que je vais en  décevoir quelques uns avec celui là  Il y a eu une telle unanimité sur celui-là et Pactum salis est tellement différent du premier que certains fans du premier roman ne pourront qu'être déçus, l'important est que ceux ci ne soient pas trop nombreux et que j'ai dans le même temps, ce qui est déjà arrivé, certains lecteurs qui disent préférer le second le premier."

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A propos de la différence radicale qu'Olivier revendique entre "En attendant Bojangles"  et "Pactum salis", je lui ai exprimé une certaine nuance, puisqu'il nous- les autres rédacteurs de Baz'art qui ont aussi lu le livre-  a semblé retrouver quelques points communs entre les deux romans . On pense notamment à ce même regard vif et tendre sur le monde,cette  même répartie, ce même désir d 'excentricité et la volonté de faire fi de toute rationalité. De même, dans la personnalité d'Henri, très sanguin, extrême, souvent loufoque, on a eu l'impression de retrouver un peu du personnage du Sénateur de Bonjangles...

Olivier a semblé alors vraiment surpris de nos remarques, me disant que, comme cela lui semble parfaitement argumenté ( charmant, je vous dis:o), mon avis se tient largement, mais en même temps, que c'est une perception totalement subjective et il me soutient que lui même ne s'est absolument pas rendu compte de ces similitudes que j'ai mises en avant .

Ce qui est certain, c'est qu'Olivier a vraiment eu le  sentiment d'avoireu  à sa portée une absolue liberté dans la construction de l'intrigue et dans le style, en racontant de cette histoire d'amitié improbable entre un agent immobilier arriviste et sans scrupules et un paludier un peu désabusé et totalement allergiques aux choses matérielles.

Deux métiers que l’auteur connait bien puisqu'il a lui-même fréquenté un temps le milieu de l’immobilier et a travaillé durant une saison dans les marais salants."  Oui, j'ai eu envie de parler de deux métiers que je connais très bien pour les avoir mal pratiqués parce que j'étais très médiocre dans l'un comme dans l'autre . Ces deux personnages sont en quelque sorte une version aboutie de ce que j'aurais sans doute aimer être à certaine une période."

bourdeaultQuand on lui demande si, comme a tendance à le prouver cette histoire d'amitié avortée entre ces deux personnalités radicalement différentes, s'il faut se ressembler pour s'assembler, il me dit que ce n'est pas forcément ce qu'il a cherché à dire  à travers cette histoire...

"Cette rencontre entre deux opposés provoquent quand même bien des étincelles : entre Michel et Jean il y a alternativement de l’admiration, de la fascination,  de l’exaspération entre eux  … Effectivement leurs aspirations et leurs façons de voir le monde sont totalement différentes, mais ils se voient également dans le miroir inversé l'n de l'autre et il suffit de pas grand chose pour que cela fonctionne"..

 Lorsqu'on lui fait remarquer que ces personnages semblent un peu plus vieux que leurs âges réels et paraissent un peu pour des " vieux cons" alors qu'ils ont à peine la trentaine, là encore, Olivier Bourdeaut ne s'offusque pas de ma remarque et aurait même tendance à opiner du chef.

En revanche,il se défend ardemment de passer pour un réactionnaire, comme certains ont pu lui accoler l'étiquette, et estime être un homme de son temps, toujours au courant de l'actualité et des modes de l'époque.

 

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Cependant,  il reconnait volontiers  prôner un langage  châtié. « Je tiens cela de ma grand-mère, qui parlait un français délicieux. Je dois être sans doute un peu désuet, vieux jeu, car par exemple je reconnais détester un beau paquet d'expressions à la mode. »

Ce garçon de bonne famille, fils de notaire pour qui la lecture était un refuge, un échappatoire, avoue également  regretter "la perte de courtoisie généralisée qui semblent avoir court actuellement et certaines fautes de syntaxes systmétiques comme ces négations à l'oral que très peu prennent le temps de prononcer".

Même s'il ne lit plus du tout autant qu'il aimerait et que ses éprouvantes tournées promotionnelles qu'il a démarré en décembre dernier l'éreintent pas mal, Olivier Bourdeaut s’estime de toute façon comme étant quelqu'un de très chanceux, car il fait le métier qu'il révait de faire à 20 ans à savoir vivre de sa plume et qu'il sait qu'il écrit facilement, tenant facilement son  objectif de  3 pages par jour.

Il écrit facilement notamment les dialogues, rarement corrigés par son éditeur Finitude à qui il voue une reconnaissance éternelle pour lui avoir fait confiance pour Bojangles ainsi que les descriptions – ce qu’il dit préfèrer dans les livres.   

A ce sujet, quand on lui fait remarquer que les mots qu'il utilise pour dépeindre les paysages sont comme les couleurs que l'artiste jette sur sa toile et qu' on a vraiment l'impression d'avoir en le lisant les marais salants bretons devant nos yeux, il semble sincèrement flatté par notre remarque.

 

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Il reconnait cependant facilement que les marais salants de Guérande sont un coin de son enfance qu'il connait tellement bien qu'il n'a même pas eu pas besoin d'y retourner pour s'en souvenir, fermer les yeux a simplement suffi pour le coucher sur le papier. "Vous savez,  les marais salants, c'est quand même un  paysage très particulier. Lorsqu'il fait beau c'est somptueux, mais avec les caprices des nuages, ça devient sinistre. On passe du paradisiaque à l'infernal assez vite. et je crois que ce décor ont eu une grande influence  sur la personnalité  changeante de mes personnages".

Bref, à n'en pas douter, tout au long de cette rencontre,  Olivier Bourdeaut a tenu à rester le plus humble  possible car il sait que la rentrée littéraire de  janvier 2018 contenait plus de 500 nouveaux romans, dont plusieurs excellents et que ce n'était pas si évident de se distinguer du lot.

En tout cas à près de 40 ans, la publication de ce second roman l'a convaincu d'une chose, si besoin était : il se sent bien mieux "à manier les mots qu'à  tenter de manier des clés pour faire visiter des appartements".

Cela, on en est intimement convaincu,  cher Olivier, et ce ne sont pas les milliers de lecteurs qui font la queue dans toutes les dédicaces où il est présent qui diront le contraire !!