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" L'espace d'un instant, j'ai cessé de me voir moi en train de m'empêtrer et de chercher en vain la bonne place, je l'ai vue, elle, et je suis- finalement, mais vraiment finalement, il m'a fallu du temps- d'accord avec Frédéric Mitterrand que j'avais appelé la veille du rendez vous et qui avec sa voix à lui, vous la connaissez, m'avait dit: " tu verras, elle n'est pas décevante".

Si Emmanuel Carrère  a abandonné  depuis plusieurs années le genre littéraire romanesque, il possède encore une qualité de plume que pourraient lui envier quantités de romanciers francais.

La preuve avec ce "Il est avantageux d'avoir où aller", recueil d'articles de journaux parus entre 1990 et 2015, dans lequel il nous fait partager ses thèmes de prédilection.

"Deux familles éperdues d'amour l'attendaient à la sortie. Il lui faudra maintenant s'accomoder de cela."

 

Ces articles se suivent mais  affichent pour autant  un grand éclectisme. Et sur des sujets aussi divers que des chroniques érotiques, un article sur le tsunami d'autres sur la Russie post communiste ( un de ses sujets de prédilection, depuis Limonov; sa mère, historienne, est une éminente spécialiste de l'URSS.) ou encore une interview bien ratée de Catherine Deneuve ( mon préféré, une merveille d'autodérision et d'élégance), Carrère prouve qu'il n'a pas son pareil pour 

pour raconter les hommes et leurs vies, comme on l’avait pu déjà nous en rendre compte dans "D’autres vies que la mienne" "la classe de neige, "l'adversaire" et dans lequel il livre aussi par petites touches  un vrai autoportrait .

 

Tout un registre d'émotions nous traverse lors de la lecture d'un recueil, dont peut étaler la lecture sur plusieurs semaines histoire de garder avec soi la prose de cet immense auteur qu'est’Emmanuel Carrère.

Emmanuel Carrère, "Il est avantageux d’avoir où aller", Folio n° 6342, 535 pp.