On continue notre revue d'ouvrages sur le cinéma en lien- plus ou moins direct avec le festival de Cannes avec ce vendredi un focus sur Toni Servillo le nouveau monstre, publié aux éditions Séguier.

Un essai intelligent et exigeant de la critique de cinéma (qui a notamment collaboré avec Les Cahiers du Cinéma) Hélène Frappat qui nous explique pourquoi à ses yeux, l'acteur de la "Grande Bellaza" ou d'"Il Divo" n'est rien de moins qu'un monstre du cinéma!!

servillo

"En 2013, sur la scène d’Hollywood- sur-Tibre élargie au plateau des oscars hollywoodiens, La Grande Bellezza résuma en un film les présages que Toni Servillo annonçait depuis plus de vingt ans. Depuis son apparition au cinéma dans Mort d’un mathématicien napolitain de Mario Martone, cet acteur-monstre n’a cessé de réaliser, clandestinement, le « Servillo-film » au sein duquel ses masques et métamorphoses revêtent une unique fonction. Parce que l’infinité de ses rôles renvoie une semblable obsession, Toni Servillo est plus qu’un acteur : un monstre. "

Il était fortement attendu sur la Croisette, dans la sélection officielle du Festival de Cannes : et pourtant, Loro, le nouveau film de Paolo Sorrentino, qui raconte la vie personnelle de Silvio Berlusconi, n'a pas été sélectionné par Thierry Frémaux et le comité de sélection de Cannes.

Dans ce long-métrage en deux volets, Toni Servillo incarne, avec son charisme indéniable, le plus fantasque des hommes politiques italien pour une interprétation des plus "hypnotisantes", comme il a pris l'habitude de le faire depuis une vingtaine d'années.

Pour Hélène Frappat, qui vient de consacrer un livre à l'acteur, Toni Servillo le nouveau monstre (on note la référence du titre aux films de Dino Risi (Les Monstres - 1963 et Les Nouveaux monstres - 1977), ce nouveau rôle de Servillo s'inscrit de façon totalement cohérente dans sa filmographie globale, tant tous les personnages qu'incarnent l'acteur, qui a pris l'habitude d'entrer dans l'inconscient de l'homme de pouvoir se confondent pour faire de Toni Servillo un "monstre" au sens étymologique du nom.

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En effet, selon les arguments- particulièrement judicieux- d'Hélène Frappat, "le monstre ne rapproche pas mais éloigne il ne ressemble, ni ne rassemble". A Hollywood, on appelle ce type d'acteur, séparé du public par son "rayonnement mystérieux", une star ; en Italie, un monstre. "D'un monstre, on ne retient d'ailleurs jamais un personnage, ni même un film, mais plutôt le film continu que la constellation de ses rôles dessine."

Dans ce très bel objet critique qui va au bout de son idée,  tout au long de sa centaine de pages, l'auteure nous explique que le monstre est ainsi toujours associé à une unique fonction, et en l'occurence pour Toni Servillo,  il s'agit de celle du pouvoir. "Il a interprété toutes les formes du pouvoir humain", qu'il soit frivole (La Grande Bellezza), violent (Gomorra, Une vie tranquille, Un Tigre parmi les singes), en mutation (Il Divo et Loro).

Servillo, que Hélène Frappat a tendance dans son ouvrage à comparer à Isabelle Huppert, autre actrice monstre- qui ont partagé ensemble l'affiche du film de Marco Bellochio "La Belle endormie", ne suscite pas contrairement aux comédiens lambda un phénomène d'identification auprès des spectateurs, mais au contraire un processus de répulsion et d'attrait qu'on peut ressentir pour les monstres.

 

 

Bref une lecture aussi passionnante qu'exigeante, qui pourrait certes laisser de côté les lecteurs qui s'attendent à une biographie classique et calibrée de Toni Servillo, mais qui est totalement cohérente avec la filmographie de l'acteur (enfin plutot du monstre).

Un ouvrage court, dense,  profond et pertinent, qui n'a pas une visée grand public, mais qui devrait vraiment  enthousiasmer les cinéphiles fans de cet immense comédien...monstre du cinéma!



Toni Servillo, le nouveau monstre, Hélène Frappat éditions Seguier