Je m'apprête certainement à écrire la 30000000ème chronique sur La Tresse de Laetita Colombani. Impossible en effet de passer à côté du succès fulgurant qu'a connu ce roman salué par les lecteurs, arrosé de prix... J'étais évidemment très curieuse de le découvrir. Le fait qu'il ait fait partie des romans sonores en lice pour le Prix Audiolib 2018 m'en a fourni l'occasion...          

                                 la tresse

 

L'histoire...

Nous suivons ici le destin de trois femmes courageuses vivant aux quatre coins du monde. Leur quotidien, leurs préoccupations, leur culture, leur religion, sont à mille lieues les uns des autres, et pourtant, un fil ténu les unit. Petit à petit, leurs destins vont s'entrelacer, s'entremêler - c'est le cas de le dire...

Il y a d'abord Smita qui vit à Badlapur, dans l'état d'Uttar Pradesh en Inde, et appartient à la caste des Intouchables. Elle se bat pour que sa fille de six ans, Lalita ne soit pas réduite à la même vie qu'elle, qu'elle ne fasse pas ce "métier" terrible consistant à laver les latrines des autres. Contrairement à elle, Lalita ira à l'école, saura lire et écrire. Et elle se battera pour ça. 

Puis, il y a Giulia qui vit à Palerme, en Sicile et travaille dans l'atelier de son père où sont fabriquées des perruques. Apprenant que l'entreprise est au bord du gouffre financier, elle décide de se battre pour que les années de travail de son père ne soient pas vaines.

Et enfin, il y a Sarah, qui vit à Montréal, au Canada. Véritable bourreau de travail, elle voue sa vie à son métier, celui d'avocat, avec tant d'ardeur qu'elle en néglige sa vie personnelle, sa famille... et sa santé. Alors qu'elle s'apprête à devenir "managing partner" du prestigieux cabinet "réputé machiste" Johnson & Lockwood, elle apprend qu'elle est atteinte d'un cancer du sein. 

Pfff. Quelle déception ! J'ai été très surprise par le manque de profondeur de ce roman, qui, pourtant, traite de causes réelles, celle de la condition de la femme dans le monde, celles des injustices et des préjugés dont elles sont victimes, celle de l'horreur du système de castes et du sort terrible réservé aux Dalits, celle de la maladie, celle du machisme, celle du poids des traditions et des hiérarchies. Pour moi, ces trois récits étaient bourrés de clichés, de lieux communs. La plume de Laetitia Colombani m'a paru un peu trop souple, un peu trop légère pour traiter de tels sujets. A tel point que je n'ai pas réussi à m'émouvoir de leur sort; à toutes les trois - impression terrible d'être un monstre en écrivant cela -. et à être aussi bouleversée que l'ont été des milliers de lecteurs...

Les trois narrations se succèdent sans lien apparent, avant de finalement, se rejoindre, un procédé classique qui fonctionne, certes, mais que j'aurais aimé voir mieux exploité. Tout m'a paru cousu de fil blanc - ou de cheveux blancs, pour continuer à filer la métaphore...

J'ai néanmoins appris quelques choses intéressantes sur les castes, et plus précisement, sur les Dalits, ces intouchables que Gandhi appelait "les enfants de Dieu", condamnés à ramasser à mains nues les excréments des autres, à être invisbles, avec le seul espoir que leur Karma les récompense, un jour. 

La narration...

Trois narratrices ont été choisies pour donner vie aux trois protagonistes de cette histoire : l'auteur, Laetitia Colombani est Sarah ; Rebecca Marder, Giulia et Estelle Vincent est Smita. Leurs voix sont certes très belles et j'ai apprécié le fait que les narrations soient assurées par des personnes différentes, mais là aussi, elles m'ont semblé un peu faciles, presque superficielles. La façon de lire les noms avec un accent italien m'a par exemple paru un peu "too much". Les récits sont entrecoupés de pauses musicales, qui là aussi, m'ont semblé trop identifiables, trop clichées. Je pense en particulier à la musique précédant les récits de Giulia, on entendrait presque les gondoliers chanter et les moteurs des Vespa gronder...

La version audio de La Tresse est suivie d'un entretien avec l'auteur. On apprend qu'elle est elle-même comédienne et scénariste, ce que j'ignorais totalement. Cet entretien m'a paru beaucoup plus intéressant que le roman que je venais d'écouter, à ne pas manquer donc !

Mon avis, plutôt négatif, ne doit pas vous empêcher de vous faire le vôtre ! Rendez-vous ici pour découvrir la version audio de La Tresse et pour en écouter un extrait !