Dans notre belle ville de Lyon, commence ce lundi 21 mai pour toute la semaine, les 12e Assises Internationales du Roman, un festival conçu et produit par la Villa Gillet, en partenariat avec Le Monde et France Inter, et en coréalisation avec Les Subsistances.

 Parmi la belle brochette de soixantaine d'auteurs invités, on avait envie d'en sélectionner particulièrement cinq d'entre eux en mettant en avant une oeuvre en particulier pour chacun...

C'est parti pour une revue qui nous amènera aussi bien chez les gitans, que chez les animaux, un tortionnaire chilien ou bien encore des femmes de poignes aux destins exceptionnels :

 

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1. Grâce et Dénuement; Alice Ferney ( J'ai Lu)


Qu'on l'aime, cette formidable saga qui nous immerge dans l'univers d'une famille semi sédentarisée de la banlieue parisienne à travers l'action d'une bibliothécaire qui va tenter d'approcher cette famille en contant des histoires aux enfants du conte.

Cette appréhension d'une culture gitane qu'on connait mal à travers la passion pour la littérature est une idée épatante, parfaitement exploitée par l'auteur qui signe ici son meilleur livre avec la conversation amoureuse, sur un tout autre sujet..

Une ode aux  pouvoir des mots, aux s valeurs humaines, et àla joie que peuvent procurer la lecture

Une communauté parfaitement décrite et un roman qui exalte les bienfaits de la lecture, voilà deux ( entre autres) arguments  qui peuvent expliquer l'immense réussite du livre paru et lu il y a maintenant plus de 15 années et qui n'a pas pris la moindre ride..

Dommage que depuis les écrits d'Alcie Ferney aient quelques peu déçus les afficionados dont nous en faisons partie ..

 2. Biographie animale, Eric Baratay ( Editions du Seuil)

biographies-animales-baratay-ok_0Historien- et professeur d'histoire à Lyon- spécialisé dans les relations entre humains et animaux, Eric Baratay nous livre ici une fresque historique dont les figures principales ne sont autres que des animaux et racontées, c'est toute l'originalité du sujet, par les animaux eux même!! 

Dans cet essai singulier et ambitieux, Baratay  raconte la vie, ou plutôt des fragments de vies, des animaux, à partir de leur vécu, de leur perception, par le prisme de ce que la science sait aujourd'hui des animaux.

La Girafe de Charles X- la fameuse Zarafa du dessin animé ou l'anesse de Stevenson, tous ont voix au chapitre grace à l'auteur qui réussit largement à se mettre dans la tête et la peau de ces animaux particulier et transmettre leurs pensées et états d'âmes.

On éprouve alors les sentiments des animaux et Baratay y parvient en s'accompagnant de témoignages pointus et de connaissanceséthologiques et scientifiques précis.. Le résultat en est étonnamment plus que convaincant..
L’ouvrage d’Éric Baratay parvient de façon vraiment saisissante à défendre la possibilité d’une histoire animale.
Même si les modalités de cette histoire balbutiante font encore débat, on ne peut que concéder l’intérêt d’un travail résolument novateur en France dans cet essai.Un livre vraiment pas bête du tout !!
 

ardeur3. De l'ardeur, Justine Augier (Actes Sud)

A cheval entre biographie et essai, Justine Augier nous plonge dans la destinée incroyable de l'avocate syrienne militante des droits de l'homme :  Razan Zaitouneh.

Elle livre ainsi un fort vibrant hommage à une femme que l'auteur jamais rencontrée mais de qui elle sesent vraiment proche par son combat et les valeurs qu'elle défend.

En décembre 2013, en compagnie de son époux et deux amis, Razan Zaitouneh est enlevée dans la banlieue de Damas.

Depuis, nul ne sait où elle setrouve. Avec ce livre, Justine Augier prend le pari de reconstituer son portraitet, à travers elle, le puzzle éclaté de la révolution en Syrie.

En suivant à la trace le parcours l'avocate, comme un puzzle parsemé dont on reconstitue peu à peu les pièces, nous découvrons les horreursde la guerre ainsi que le parcours d'une femme aux convictions forcément formidables .
Le texte de Justine Augier  interroge le lecteur sur la notion d'engagement et sonde les idéaux de tout un chacun et qui ne peut laisser indifférent ...

On salue le travail d'enquête particulièrement minutieux de l'auteur, et on vibre devant ce portrait éclatant  d'une femme incroyable qu'on ne connaissait pas, et par un flamboyant récit de la guerre en Syrie porté par le souffle de l’espoir et de la violence.
 

distance4.La distance qui nous sépare ; Renato Cisneros (Christian Bourgeois)

Célèbre présentateur de télévision au Pérou, Renato Cisnerost nous livre avec " la distance qui nous sépare"  un roman à ressort très autobiographique ( l'auto fiction est aussi en vogue du coté de l'amérique Latine), en racontant sa relation particulière avec son père, un ministre de l'intérieur de 1976 à 1978 et général ami de Pinochet et des dictateurs argentins. 

Ayant dû éplucher quantités d'archives officielles pour découvrir le vrai visage de son père, l'auteur tente ainsi de faire lumière sur les horreurs et les zones d'ombres de son père, militaire froid et personnalité complexe,  tout en tentant delui conserver une sorte d' amour filial malgré la distance qui les sépare qui donne ce titre à ce bel objet littéraire.
.L'auteur nous explique avec les minutie la façon dont il fouille dans les archives, pour se livrer à l’«autopsie générale» de tous les cadavres exhumés des placards  familiaux. "La distance qui nous sépare" permet ainsi de nous immerger ainsi dans les tréfonds de l'Histoiresud-américaine .
Une démarche peu confortable, forcément difficile, même racontée sous le sceau de la sincérité  de l'émotion, et de cet amour père fils qui demeure contre vents et marées. .Un projet aussi Instructif que courageux!
 
5.Gabriele, Anne et Claire Berest  (Stock)
Gabriële
Anne et Claire Berest, qu'on connait aussi par leur travail d'écriture en solo, ne sont jamais aussi inspirées que lorsqu'elles décident d'écrire à quatre mains, ce qui est le cas ici  dans ce roman paru à la rentrée de septembre dernier chez Stock, et ce, d'autant plus qu'elle ont  travaillé de concert sur une histoire qui leur est  totalement intime.

En effet la Gabriële qui donne son titre au livre c'est Gabriële Buffet Picabia, personnalité remarquable hélas oubliée de l'histoire de l'art du XXe siècle, et également arrière grand mère des deux soeurs romancières.

Une artiste à la destinée incroyable, théoricienne de l'art, visionnaire qui aura marqué l'art pictural mais aussi la musique, une femme incroyablement libre et déterminée vu le contexte de l'époque.
Maitresse de Marcel Duchamps, femme de Francis Picabia, amie proche de Guillaume Appolinaire, cette Gabriele est d'une intelligence et d'une sensibilité rares et ouverte à l'expression artistique dans sa diversité.
Le livre des deux soeurs Berest est aussi- et surtout?-  un questionnement sur la place des femmes dans l'art du 20eme siècle et sur le fait, que contraintes et forcées, elles doivent se mettre en retrait dans l'ombre des hommes...
Bref une biographie très documentée et percutante qui raconte autant les grands bouleversements artistiques. du 20e siècle que la condition féminine, un sujet qui résonne ô combien aujourd'hui...

Pour le programme complet des AIR 2018 : Villa Gillet