Cette année, plus personne ne l'ignore,  c’est les 50 ans de 68.  Si l’imaginaire de mai 68 appartient à tout le monde, notamment avec des slogans aujourd’hui désincarnés, personne ne sait vraiment en parler.

Retour en  revue en ce dernier jour du mois de mai  sur quatre  ouvrages qui sont là justement pour  faire revivre la mémoire vivante de ce qui fut une véritable révolution...

 1.Sous les pavés les chansons ( Glénat)

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Voici une très belle et très complète anthologie des airs rebelles et engagés : de  Ah ! Ça ira, en 1790, à Fight the Power de Public Enemy, 200 ans plus tard, il y a toujours eu une chanson « engagée » ou « contestataire » qui dénonce, critique ou défend une cause.

 En choisissant 68 chansons qui ont marqué les esprits et leur temps un peu partout à travers le monde, Stan Cuesta propose un voyage dans l’histoire de la chanson populaire mondiale sous un angle original, celui de la contestation, pour célébrer « l’esprit de mai 68 », moment clé d’un désir de changement politique et social en France, alors que parallèlement, de l’autre côté de l’Atlantique, la colère monte contre la guerre du Vietnam.

Chaque chanson est replacée dans son contexte historique, social et, bien sûr, artistique. L’auteur raconte sa genèse, son explosion et la trace qu’elle laisse dans l’Histoire, en privilégiant toujours l’émotion plutôt que la froide analyse.Moyenne

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Au fil de ces évocations, on croise aussi bien Boris Vian que Bob Dylan, Léo Ferré que John Lennon, Jacques Dutronc que Colette Magny, The Cash ou NTM... Les idéologies passent, les révolutions triomphent ou échouent, mais les chansons populaires, quand elles sont bonnes, demeurent et traversent le temps, survivant bien souvent aux idées qui les ont engendrées, grâce à la simple magie d’un rythme, d’une mélodie.

Si on ne sait pas toujours – mais ce livre sera l’occasion de le rappeler – d’où viennent ou à quel combat correspondent exactement Bella Ciao ou Le Chant des partisans, What’s Going On ? ou Sunday Bloody Sunday, on les écoute et on les chante toujours, car elles sont immortelles. Et elles finissent par définir leur époque de façon plus immédiate et sensible que ne pourront jamais le faire tous les livres d’histoire.

Après With The Beatles et Chanson(s) Française, ce livre écrit par Stan Cuesta et préfacé par le journaliste et producteur Yves Bigot est le troisième d’une collection dirigée par Jérôme Soligny (auteur, compositeur, journaliste et écrivain) autour de la musique et de ceux qui lui donne vie.

Les chansons contestataires, les airs rebelles, méritent qu’on s’en souvienne, qu'on y revienne, ne serait-ce que pour constater que certains restent vraiment d'actualité

 2.Mai 68 ; l'affiche en héritage de Michel Wlassikoff ( Editions Alternatives)

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 En mai 68 se crée un atelier d’affiches aux Beaux-Arts.

Ce beau livre présente deux cents classées par ordre chronologique, des créations de cet atelier populaire, qui mélangeait artistes, travailleurs et étudiants dans le même élan.

Ce beau livre propose aussi une étude minutieuse du cadre dans lequel sont apparues ces affiches.

Brisant quelques clichés sur le passage, cet exceptionnel volume offre l’occasion unique d’entrer dans les coulisses d’une production certes politique mais avant tout créative et inspirante pour les générations suivantes.

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Les graphistes des productions présentes dans le livre  magnifient  le peuple en révolte, séries de tâches gestuelles et vivantes opposées à la géométrie de l’usine et sa masse oppressante.

Mais cette iconographie focalise sur quelques types emblématiques de caricature : de Gaulle, avec son long nez est souvent croqué avec dérision,  le CRS muni d’une matraque et d’un bouclier, vu en contre plongée, fait évidemment figure de SS. 

 3.« La Chienlit – le rock français et Mai 68 : histoire d’un rendez-vous manqué de Marc Alvarado  Éditions du Layeur.

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   Le mot « chienlit » est entré dans l’histoire politique grâce au général de Gaulle, qui l’a prononcé pendant les événements de Mai-68, avec cette formule forte : « La réforme oui, la chienlit non ! »Dans son « La Chienlit – le rock français et Mai 68 : histoire d’un rendez-vous manqué » aux éditions du Layeur, Marc Alvarado raconte une raconte une histoire du rock français oubliée, celle de groupes qui ont émergé après mai 68 sans jamais s’imposer. Il décrit aussi une France où, sur les barricades, on chantait plutôt l’Internationale que les tubes rock du moment.

   Pourtant en 1968, en France et on le remarque sur les photos des événements de Mai , les cheveux ne sont pas spécialement longs, les pantalons sont étroits, les pattes d’éléphant n’ont pas encore fait leur apparition. Les codes vestimentaires du Flower Power vont débarquer en France en 1969 en même temps que le rock psychédélique

4. changer le monde, changer sa vie- enquête sur les militantes et les militants des années 68 ( Actes Sud)

changer"Tous les individus auxquels nous nous sommes inté-ressés n’ont pas directement vécu la crise de Mai certains ont suivi les événements à distance, d’autres étaient trop jeunes poury participer. La majorité d’entre eux n’en a pas moins été profondément affectée par la remise en cause des formes d’autorité produite par l’événement. La plupart des mouvements sociaux desannées1970 ont poursuivi la critique des rapports de domination qui trament l’ordinaire de la vie sociale, ce que Boris Gobilledésigne comme une “rupture des allégeances".

Cinquante ans après Mai 1968, que sont les militants devenus ? Pas forcément les leaders d'opinion  du Quartier latin, mais plutôt les soixante huitards anonymes résultant du mouvement syndical, féministe et de la gauche alternative.

Après avoir jeté toutes leurs forces dans la bataille, cru souvent en l’imminence d’une révolution, suspendu longtemps leurs investissements scolaires, professionnels, voire affectifs pour “faire l’histoire”, comment ont-ils vécu l’érosion des espoirs de changement politique ?

En choisissant  centrer l’enquête sur cinq métropoles régionales – Lille, Lyon, Marseille, Nanteset Rennes –cet ouvrage collectif aborde l'angle des sterritoires non parisiens et  déplace  son focus vers les militants ordinaires ainsi que vers les responsables des mouvements et organisations en région. Une approche non jacobine assez inédite , cinquante ans après les faits avec près de 3800 personnes qui ont été interrogées, qui pour la plupart reconnaissent  une vraie fidélité aux idéaux de 1968  de ces  soixante-huitards à des utopies toujours vivantes pour eux. Une enquête aussi dense que passionnante à suivre.