En ce printemps qui se termine,  et alors que les premiers romans de la rentrée littéraire,  saluons les livres de quatre auteurs dont on a beaucoup apprécié les récentes parutions :

  1. Après la fin  ; Sarah Moss ( Actes Sud)

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«  Tout le monde sait qu’à l’hôpital, la prise en charge est meilleure en semaine. Ce n’est pas plus sûr d’être chez soi le dimanche, c’est que c’est moins sûr à l’hôpital. Mimi, je te félicite d’avoir fait un arrêt cardiaque à l’heure du déjeuner un mardi. Ouaip, a dit Mimi, j’étais certaine de te faire plaisir. »

Miriam, jeune lycéenne de quinze ans, fait un grave choc anaphylactique, son cœur a  cessé de battre et pendant quelques minutes ses poumons n’ont pas oxygéné son organisme.

Alors qu’elle se remet lentement de cet incident, ses parents se relaient auprès d’elle à l’hôpital. Il faut trouver ce qui a provoqué ce malaise et surtout vivre avec la crainte que cela se reproduise. Adam et Emma ne pourront plus laisser leur fille seule sans imaginer l’irréparable.

Autour du lit la famille s’organise et la vie continue. Adam, accessoirement professeur en jachère mais surtout père au foyer, fait le bilan de son existence et s’interroge sur le sens de la paternité.

Tendre chronique familiale raconté par un papa désemparé. Un roman tout en douceur sur ce qui fait le quotidien d’une famille anglaise de la classe moyenne en ce début de XXIe siècle.

Adam père inquiet et dévoué  se rend compte des limites de son rôle dans l’existence propre de ses filles. Une chronique douce, triste et joyeuse à la fois sur l’acceptation de voir ses enfants grandir,  Sarah Moss pose un  pudique regard sur l’inéluctable précarité de l’existence.

La finesse de son écriture, la distance et le regard que pose la romancière sur ses personnages nous donne un roman fort sur un sujet difficile.

Après la fin; Sarah Moss Actes sud Mars, 2018 / 11,5 x 21,7 / 416 pages

 2 Un jeune homme en colère ; Salim Bachi ( Gallimard)

G00626« Paris est rempli de Charles-Henri qui vivent sur le nom de leurs parents. S’ils se contentaient juste de bouffer les miettes qu’ils leur laissaient, mais non, il fallait encore qu’ils en fassent des tonnes, jugent ceux qui n’avaient pas eu les mêmes chances qu’eux, empêchent les meilleurs de prendre leur place au soleil. Certains tentaient de faire oublier d’où ils venaient, mais ils étaient rares. La plupart s’en enorgueillissaient comme d’une naissance royale et s’attendaient à des égards de votre part. »

Tristan, jeune khâgneux des beaux quartiers a survécu aux attentats du Bataclan. Plusieurs mois après il n’a toujours pas repris le dessus. Tristan vomi le monde qui l’entoure, personne ne trouve grâce à ses yeux. Fils d’un écrivain célèbre, il traine sa colère dans les fêtes branchées des grands appartements haussmanniens, il ne peut oublier Eurydice, sa sœur morte dans ses bras le 13 novembre 2015.

Il ne se rend pas compte qu’en se nourrissant de l’indifférence du monde qui l’entoure, sa rage est en train de le détruire peu à peu.

Court et efficace roman sur l’après Bataclan, le récit de Salim Bachi, après son récit Dieu, Allah, moi et les autres, rappelle « L’attrape cœurs » de Salinger. Roman moral sur une remise en question dans un monde superficiel que rien ne semble ébranler, Tristan après son errance aura grandi. L’apprentissage de la vie passe toujours par la perte précieuse de personnes aimées.

Un jeune homme en colère, Salim Bachi, Gallimard, Blanche,  Février 2018

 3. Colin Harrison, « Manhattan Vertigo » ( Belfond) 

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" Paul réalisa qu'il n'avait pas pris la mesure de ce que pouvait représenter pour une si jeune fille le fait de débarquer à New York et de tâcher de s'y faire une place. Elle avait du se sentir en danger. D'autant plus qu'elle était belle." Je ne connaissais rien". Jennifer se renfonça dans le canapé et contempla les lumières qui brillaient au delà de la fenêtre: " je veux dire, il y avait beaucoup de gens de mon âge, mais je ne savais pas vraiment, comment dire..je ne savais pas comment fonctionnaient les choses..."

Contrairement aux deux autres auteurs de cette revue, Colin Harrison  n'était pas vraiment une découverte pour nous... On se souvient notamment des remarquables et remarqué  « Manhattan nocturne » et « Havana Moon » dans les années 2000, formidables romans noirs dans un New york aussi crépusculaire qu'inquiétant....

On avait plus vraiment de nouvelles depuis une bonne dizaine d'années et le voilà qui revient en force avec Manhattan Vertigo ( on garde des titres ressemblants pour ne pas perdre totalement le lecteur) entre le roman noir et le roman choral autour de personnages assez proches de ses précédents romans, soient de grands notables de New York dont le passé trouble va revenir à la surface.

Manhattan Vertigo, c’est d’abord l’histoire d’un couple, Ahmed et Jennifer. Ahmed, venant d’une riche famille iranienne immigrée à Los Angeles, est un homme d’une trentaine d’année. Mi-avocat, mi-financier, n à la tête d’une immense fortune. Il est marié avec Jennifer, une jeune femme originaire de Pennsylvanie, au passé trouble, qui semble  toujours hantée par son passé et son amour de jeunesse, Bill, un ancien GI texan. Un troisième homme vient se méler à ce triangle :  Paul Reeve, voisin de palier du couple,  avocat en droit du travail et de l’immigration, grand amateur d’art  et confident de Jennifer  qui a une passion qui pourrait bien le perdre  : les vieilles cartes de Manhattan....  Car assez vite mafia iranienne, hommes de main libanais, tueurs à gages mexicains vont venir dans la danse et faire un joli carnage !!

Ca y  ressemble quelque peu à un « Le bûcher des vanités » d'aujourd'hui  :  Colin Harrison réussit bâtir une intrigue noire ,  retorse et rythmée , où le lecteur prend un plaisir coupable. « Manhattan Vertigo » est un livre de voyeur  et on se prend bien vite  à ce jeu pervers et sombre d'un univers sombrement addictif avant une intrigue qui va crescendo et un final assez terrible ! Un retour bien en forme de Monsieur Harisson...

  Colin Harrison, « Manhattan Vertigo », traduit de l’américain par Michael Belano, Belfond Noir, 420 p., 20,90 euros

4. Boréal,  Sonja Delzongle ( éditions Denoel)

 

 

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. « La survie dans ces conditions extrêmes appartient à l'intimité, c'est une affaire entre soi et soi »

  Huit scientifiques de la base Arctica aux confins du grand-nord  chargés d'étudier les effets du réchauffement climatique autarcie font une  mystérieuse macabre  et terrifiante découverte qui va  les laisse complètement démunis..

 Sonja Delzongle  qui a marqué les amateurs de polar  terrifiant  en 2015 avec Dust polar publié chez Denoël embarque ses lecteurs du côté du Groënland pour un nouveau polar toujours publié aux mêmes éditions.

 Avec ce thriller atypique elle  nous amène  ce coup ci  aux confins du Groenland avec un récit d'aventure, extrême et une expédition jusqu'au-boutiste aux personnages qui vont dépasser leurs limites.

 Tension maximum avec un décor exploité parfaitement : ce pays des Inuits, est le lieu parfait pour ce genre d'histoire, avec le froid extrême et nuit continue  permanente, tout y est forcément exacerbé  dans ce polar qui, c’est le cas de le dire fait  terriblement  froid dans le dos !

 Boréal, Sonja Delzongle ( éditions Denoël), avril 2018