Revenons sur le Festival International du Film d’Animation d’Annecy  qui s'est terminé il ya  plus d'une semaine maintenant   avec un bien beau palmares; un festival dont les chroniques de films vus à cette occasion risquent de  nous faire quelques semaines, voire quelques mois puisque le planning de sortie des films s'étalent jusqu'à l'année prochaine ( Le Cristal d'Or, Funan ne sort qu'en mars 2019 non sans avoir été projeté au comoedia samedi dernier !!).

Rassemblons pour cette première chronique cinéma de la  semaine deux films qui présentent des similitudes assez étonnantes sur pas mal de points  puisque ce sont deux  deux films d'animation  qui avant d'être présentés à Annecy se sont retrouvés  en sélection à Cannes - dans des sélections différentes- et traitent, sous forme documentaire, de l'implication sur le terrain d'un reporter de guerre.

Le point commun entre ces deux films est de s'intéresser à la façon dont le reporter refuse d'être simple observateur d'un conflit et décide de participer à sa manière et en modifiant éventuellement le cours. anoterdayinlife

 "Another Day of Life", coproduction belge présentée en séances événement  à Cannes et à Annecy,  s'intéresse aux rouages du conflit en Angola et montrait la relation de proximité entre le journaliste et les protagonistes du conflit.

Co réalisée par l'Espagnol Raúl de la Fuente et du Polonais Damian Nenow  cette oeuvre vraiment percutante raconte le voyage de trois mois que le reporter Ryszard Kapuscinski a entrepris à travers un Angola en plein chaos au début de la guerre civile en 1975, et ce,  à travers les confidences qu'il a glissé dans son livre éponyme.

On y voit  de près la relation de proximité entre le journaliste et les protagonistes du conflit, comment Ryszard Kapuscinski, qui, en quête de vérité, a rejoint un Angola alors à feu et à sang .

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Long métrage hybride mêlant de l'animation à des images d'époque et actuelles, le film traite avec force interviews et un réalisme saisissant le conflit qui mena à l'indépendance de l'Angola. Pour cela, il sonde avec profondeur le  rôle du reporter de guerre dans un conflit aussi complexe, mêlant diverses puissances étrangères.

Le film épate formellement, avec un étonnant travail sur les techniques  d’animation sur les cadres, sur les couleurs et utilise avec intelligence et singularité la motion capture.

Un film finalement plus grand public qu'attendu (grâce à la partie animation, particulièrement bien menée) cet "Another day of life", puissant et profond, méritait certainement une sélection en compétition à Annecy, ce qui démontre si besoin était la grande qualité de la compétition cette année.

Le film sort le 13 décembre prochain au cinéma.

 

  Même constat pour CHRIS THE SWISS d’Anja Kofmel , présenté hors compétition à Annecy après sa première projection à la Semaine de la Critique.

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Dans Chris the Swiss, la jeune cinéaste Anja Kofmel ( une cinéaste passionnante que j'ai eu la chance d'interroger pour une interview à venir sur notre blog),  se met à la recherche du passé de son cousin Christian Würtenberg (surnommé Chris), un journaliste suisse retrouvé assassiné dans de mystérieuses circonstances durant cette guerre des Balkans , un con flitqu'on a un peu tendance à oublier .

Anja Kofmel  poursuit un travail entamé dans son court métrage de fin d’études 2009 Chrigi., : au cours de la guerre civile, le cadavre d’un jeune journaliste est découvert en Croatie le 7 janvier 1992. Celui-ci était vêtu de l’uniforme d’une troupe de mercenaires internationale. Vingt ans plus tard, sa cousine enquête sur sa mort.

A la fois film d'animation, pour les parties concernant les séquences de guerre ou d'enfance de la cinéaste en jeune fille et documentaire en prises de vue réelle- sans doute le film d'Annecy avec le plus de prises de vue réelles- Chris the Swiss,  pose( comme Another Day of live)  la question de la place du journaliste en temps de guerre; le film étant alimenté par les notes de Chris retrouvé par Anja Kofmel et qui nous plonge dans la complexité d’une Guerre Civile.

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 Chris était-il un héros ou un inconscient ? Le film tente  d'apporter les réponses à cette interrogation en sondant avec intelligence et acuité  les engagements des journalistes-reporters de guerre, dont certains sont prêts à tout pour révéler leur histoire.

La force des images d’animation, réalisées au feutre noir enrichi de textures à l'aquarelle,  donnent une poésie proche du surréalisme à des  scènes de guerre parfois difficilement supportables .

 L'animation plus que jamais permet de donner un visage aux atrocités de la guerre, aux émotions qui en résultent, afin de les  rendre plus concrètes au spectateur.

Plus enquête familiale et personnelle que pamphlet politique et militant ( on pense finalement plus à "Carré 35" qu'à  Valse avec Bachir auquel les festivaliers ont souvent pourtant comparé le film) Chris the Swiss est une histoire aussi intime qu’universelle qui remue et émeut profondement.

Il sort le 3 octobre 2018 au cinéma.