Sortir du Théâtre de la Pépinière les yeux embués va finir par devenir une habitude ! Après Victoire Berger-Perrin et son adaptation d'En attendant Bojangles, c'était au tour du brillantissime Alexis Michalik et sa dernière création Intra-Muros de nous faire sortir les mouchoirs...

                              INTRA MUROS Pepiniere Affiche

La pièce s'ouvre sur une question adressée à nous, spectateurs, par celui que nous découvrirons plus tard être Richard : "Pour vous, qu'est-ce que le théâtre" ? Après un bref silence, les réponses fusent de part et d'autre de la salle : "une tranche de vie !, "un texte !", "un jeu" ! Pour moi, c'est avant tout un voyage. Un voyage imaginaire que l'on fait sans quitter notre siège rouge, qui nous emmène, nous embarque, nous émeut, nous fait réagir, nous fait sourire, parfois rire, réfléchir...

Un voyage qui, comme tous les voyages, nous rend différent entre notre entrée et notre sortie de la salle, et qui nous fait voir les choses autrement. Une pièce de théâtre d'Alexis Michalik, c'est toujours une conjugaison de toutes ces choses.      

Richard (Paul Jeanson en alternance avec Nicolas Martinez) est un metteur en scène sur le retour. Un peu prétentieux, fauché comme les blés, il n'a d'autre choix que d'accepter de faire des choses qui ne l'enchantent pas vraiment, comme, par exemple, dispenser un cours de théâtre dans une maison centrale - une prison reservée aux détenus qui purgent de longue peine. Heureusement, il est accompagné par une de ses anciennes actrices, Jeanne (Chloé Lambert, qui incarnera plus tard, Julie).

Pour son premier cours à la Centrale de Nevers, contrairement à ce qu'il attendait, ce n'est pas une foule excitée à l'idée de rencontrer un metteur en scène - jadis - renommé, mais deux détenus - seulement - qui se présentent : Kevin (Christopher Bayermi en alternance avec Fayçal Safi), une petite frappe, et Ange (Joël Zaffarano), un corse taiseux.

Ni l'un ni l'autre ne semble particulièrement ravi d'être là, surtout quand Richard leur demande de participer à des jeux ridicules, comme à un lancer de balle imaginaire, ou à l'imitation de l'un par l'autre. Alice, une assistante sociale (Sophie de Fürst en alternance avec Alice de Lencquesaing) à l'origine de ce cours façon art-thérapie, prend des notes tout en essayant de calmer les caractères un peu compliqués des uns et des autres.

INTRA MUROS photos 2 (libre de droits (c)Alejandro Guerrero)

Très vite, Kevin et Ange sont invités à raconter leur histoire, et indirectement, en viennent à évoquer la raison de leur présence ici. Le récit de Kevin, dur,  poignant, donne lieu à un premier retour en arrière. Viendra ensuite celui d'Ange, que Richard réussira à faire sortir de sa torpeur et à arracher des secrets qu'il voulait garder enfouis à tout prix. Le cours se transforme en une véritable catharsis, en un tourbillon de souvenirs heureux et malheureux, en évocations de moments violents, terriblement émouvants, à en avoir le coeur brisé. Entre ces va-et-vient dans le temps, il y aura, entre autres, des mojitos descendus à la chaîne, une histoire d'amour passionnée, des secrets de famille dévoilés, des lettres qui resteront sans réponse, la trouvaille d'une photographie dans un exemplaire du Rouge et le Noir qui fera basculer la vie d'une jeune fille...

Les comédiens sont tous époustouflants de justesse. Et la mise en scène, d'une efficacité implacable. Les décors sont sobres, les accessoires presque inexistants - même si les acteurs arrivent à nous les faire voir. Nul besoin d'effet technique grandiloquent, ni de décor imposant pour nous plonger dans un univers. Tout est dans le jeu et dans l'économie de moyens.

                                                                               INTRA MUROS photos 4 (libre de droits (c)Alejandro Guerrero)

Chez Michalik, nous sommes toujours sûrs d'une chose : c'est que l'on ne peut être sûr de rien. Que ce que l'on pense être vrai sera démenti quelques minutes plus tard. Que ce que l'on se tient pour dit va rapidement être contredit. Qu'un personnage que l'on pensait secondaire va subitement se retrouver sur le devant de la scène. Une mise en scène de Michalik, c'est toujours une merveilleuse machine, la mise en marche de mécanismes qui fonctionnent à chaque fois, une histoire qui s'imbrique dans une autre, qui elle-même, est imbriquée dans une troisième. C'est toujours la même magie qui opère dans ses créations, même s'il arrive à en modifier les formules. 

Après avoir assisté à une pièce de Michalik, on ressort toujours heureux et épuisés par cette absence de répit et de temps mort, par ce rythme fou, ces enchaînements incessants, ces rebondissements - Mister Baz'art qui vous parlait ici d'une représentation lyonnaise du Porteur d'Histoire, vous confirmera. Celle-ci ne fait pas exception.

Que dire à part... Bravo ? Merci, peut-être.

 

INTRA MUROS photos 1 (libre de droits (c)Alejandro Guerrero)

Vous l'aurez compris, c'est un coup de coeur ! Et vous l'aurez compris aussi, il FAUT aller voir cette pièce !

Intra-Muros, du mardi au samedi à 21 h au Théâtre de la Pépinière, 7 rue Louis Legrand, 75 002 PARIS