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  L'été aidant, on va pas mal vous proposer de sélections littéraires ces prochains jours, en surfant sur le très beau succès de notre dernière sélection littéraire en date, celles concernant les polars et quais du polar qui n'en finit pas d'être lu et relue..

Entre crème solaire et maillot de bain, voici pour commencer ces différentes sélections, les cinq romans sortis ces dernières semaines en poches qui nous ont semblé indispensables pour un été réussi :

 1 Jean Hegland;  Dans la forêt (Gallmeister Poche)

 

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"Je ne suis pas bonne pour faire du feu. Eva dit que mes feux s’étouffent et couvent et s’effondrent parce que je réfléchis tout le temps – mais jamais à ce que font mes mains. Elle dit que je suis trop impatiente. Pourtant, elle peut lancer une flambée deux fois plus vite que moi. Elle se comporte avec le feu comme s’il s’agissait d’un objet animé, choyant la flamme du charbon poussiéreux, l’attirant depuis les brindilles humides, et elle sait instinctivement quand couvrir les braises pour qu’elles durent jusqu’au matin. Maintenant que notre père est mort, c’est Eva qui s’occupe du feu."

Ce roman de Jean Hegland écrit en 1996,  fut un grand succès aux USA à l'époque et seulement  paru en janvier 2017 chez Gallmeister.

Les parents  ont totalement  disparu d'un monde post apocalyptique où il n'y a plus d'électricité, plus de téléphone, plus d'essence..

 Un monde post-apocalyptique où vivent deux jeunes filles Nell et Eva  deux soeurs âgées respectivement de 18 et 17 ans qui vont progressivement apprendre à survivre en économisant le plus possible pour tenir. Apprenant à se servir du moindre objet, cultivant chaque parcelle de leur potager, minimisant les repas, économisant sur ce qu'il leur reste d'essentiel tel que la farine ou le sucre, inventant une nouvelle vie, elles survivent tant bien que mal dans cette maison,

Ecrit  sous la forme d'un journal intime tenu par la cadette  on verra ainsi comme nos deux héroïnes apprennent à domestiquer la nature,  et font face aux difficiles épreuves.

" Les trajets du retour étaient touijours silencieux. Eva et moi nous endormions sur la banquette arrière et nous réveillons quant notre père sortait de la voiture. La Buick s'arrête ici, disait il avec un enthousiasme plus marqué qu'à l'ordinaire, tous ceux qui descendent, à terre."

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Un livre de nature writing et de survival, à mi chemin entre la Route de Mac Carthy ( pour le coté post apocalytpique) et le "Sukkan Island" de David Vann ( pour le coté ode à la nature sauvage et hostile), mais racontée avec une douceur et un coté feutré et intimiste plutot étonnant.

Un huis clos tendu et sensuel, avec une évocation de la nature d’une beauté incontestable.

Un grand merci aux éditions Gallmeister- et maintenant aux éditions Gallmeister Poche-  d'avoir exhumé ce grand livre d'une auteur qui désormais, (est ce vraiment étonnant?), vit au milieu des arbres et des insectes..

 Gallmeister - Totem - N° 106:07 Juin 2018

2. La Chair, Rosa Montero ( Editions Points)

 

 chair"Soledad n’avait jamais vécu avec personne. Quand elle l’avait voulu, elle n’avait pas pu, et ensuite elle n’avait pas voulu. Elle avait eu, par contre beaucoup d’amants. Mieux valait la distance. Mieux valait le contrôle. Que la passion brule cernée par un coupe-feu. Elle avait le béguin facile. Plutôt instantané. Voire foudroyant. Elle avait besoin d’être amoureuse. Elle aimait l’amour comme disait saint Augustin."

Soledad est une belle femme, vive, active, une profession enviable dans le milieu littéraire madrilène. Mais Soledad vient de fêter ses soixante ans et son  amant la quitte pour faire un enfant à sa jeune épouse. Soledad devient une femme seule et effrayée par ce vide qui l’attend.

 Alors pour une soirée à l’Opéra, pour être vu de tout Madrid, Soledad loue les services d’un Escort-boy, vous savez ces jeunes hommes que l’on appelait gigolo au siècle dernier. Cupidon et son aiguillon peut-il transpercer le cœur d’une sexagénaire et d’un trentenaire, ou les dés sont-ils déjà pipés et le jeu forcément dangereux ?

 Comme disait Mallarmé : «  La chair et triste hélas et j’ai lu tous les livres ».L’histoire de Soledad sera donc une triste histoire, en bonne romancière Rosa Montero s’attache à ses personnages, cette femme seule qui a passé sa vie à compenser un manque d’amour et une absence va rencontrer son alter égo masculin, mais est-il encore temps ?

 Roman sur le temps qui passe, sur le bilan d’une vie, mais aussi drame romantique et littéraire  à suspens, nous rencontrerons brièvement Philippe K Dick, Williams Burroughs, Guy de Maupassant, Anne Perry, Thomas Mann, une mystérieuse Josefina Aznarez et une journaliste branchée devenue romancière nommée Rosa Montero qui énerve  beaucoup cette pauvre Soledad.

Jubilatoire mise en abime « La chair » est aussi un roman lucide, cruel et ironique.

   3/  Abattez les grands arbres, Christophe Guillaumot (Points)

 

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  "Il ne fait rien pour la retenir, si ce n'est un signe de la tête en guise d'adieu.Elle parait s'en offusquer.Peut-être cherche t-elle simplement de la compagnie? en fait, elle lui ressemble sur de nombreux points, pense t il en la regardant quitter la librairie. Une femme passe partout pour un homme transparent."

 Personnage atypique dans les héros de la littérature policière, on avait déjà parlé du policier kanak l’agent Donatello un géant calédonien au cœur d’artichaut, créé  par  Christophe Guillaumot, policier et écrivain avec l'excellente "chance du perdant".

 Publié peu avant, "Abattez les grand arbres"  ,qui vient de sortir en pochez chez Points, remet à l'honneur ce héros canaque,  héros au  caractère et un physique particulier.

 Se trouvant confronté au meurtre violent d'un couple africain, il va être conduit à remuer les souvenirs de la guerre au Rwanda, dans les années 90 et faire resurgir des heures peu glorieuses, bien des années plus tard.

 Une enquête  qui se déroule toujours Toulouse, la ville rose chère à Nougaro et qui a l'immense mérite de remémorer les massacres de 1994 lors de la guerre du Rwanda, les atrocités vécues par les populations tutsis et hutus.

 Un récit complexe qui sort des sentiers battus sur les traces d’un ou de plusieurs meurtriers sanguinaires qui souhaitent obtenir vengeance à la suite du génocide rwandais

Á la manière de Michael Connelly et Los Angeles Christophe Guillaumot utilise Toulouse comme un personnage à part entière.

Une bande de flics attachants, des personnages secondaires bien dessinés, une intrigue originale nous permet de ne pas oublier et de faire connaitre cette guerre à des lecteurs qui n'étaient pas nés ou qui ont tout simplement oublié.,,un polar saignant et tendre ce n'est pas si courant.

4/ Douglas Coupland; toutes les familles sont psychotiques ( Folio)

 

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 " Ciao? Qu'est que cela pouvait bien vouloir dire? Janet avait l'impression d'être un oiseau migrateur, restée sur place après le départ du vol.Elle ne parvenait pas à se débarasser de cette sensation, et quand Ted lui avait fait sa demande le vendredi soir, elle avait accepté ."

 "Les gens sont très indulgents pour la famille des autres. La seule qui vous horrifie vraiment, c'est la vôtre."

On retrouve avec beaucoup de jubilation,  la verve de Coupland ; ce sens de la formule qui fait mouche et ce regard sur ses personnages qui cache toujours plus ou moins bien une profonde amertume et une douce mélancolie

Réflexion sur la famille et démonstration -par l'absurde-  de la nécessité dans une vie de s'appuyer sur  liens familiaux. ce roman cherche et réussi à nous dire que,  même si notre famille semble totalement à la ramasse, l'herbe n'est pas  forcément bien plus verte ailleurs. 

 5. Orlando , Virginia Woolf ( Folio classique)

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"La vie est un rêve, c'est le réveil qui nous tue."

On finit cette sélection des nouveautés poches là vous conseiller pour cet été par, une fois n'est pas coutume un classique et évidemment pas n'importe quelle classique puisque c'est sans doute le livre le plus céléèbre de l'imense Virginia Woolf..

Virginia Woolf, auteur anglais  qui a révolutionné le roman au début du siècle (éclatement de la narration, utilisation systématique  du monologue intérieur notamment dans Mrs Dalloway et Les vagues) a la réputation d'être un auteur difficile à aborder. pour des histoires qui nous emmènent toujours aussi loin dans les tréfonds de l'âme humaine.

Un de ses romans sans doute les plus accessible est Orlando qui avait fait l’objet en 1993 - je l'avais vu au cinéma à sa sortie- d’une belle transposition cinématographique de Sally Potter, avec Tilda Swinton dans le rôle-titre.

"J'ai cherché le bonheur pendant bien des siècles et je ne l'ai pas trouvé."

A travers son héros androgyne, on sait que Wollf tisse en fait  le portrait idéalisé de la poétesse Vita Sackville-West avec laquelle elle entretint une liaison passionnée

Virginia Woolf entremêle son style sophistiqué et introspectif à une vraie odyssée picaresque, ironique et également follement romanesque.

On y retrouve l'humour mordant de Virginia Woolf, d’un grotesque assumé, dans ce qui est sans doute un chef d'oeuvre à la fois de singularité et de classicisme .