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«  Ikea et son paternalisme bienveillant dessine avec nous un avenir commun. Pourquoi aller voir ailleurs lorsque ce monde si beau, si accessible nous tend les bras aux portes de nos villes ?

Ce lien si particulier que nous entretenons avec la gentille baleine jaune et bleue est une affection profonde  construite au fil des années. Ingvar Kamprad et son empire fait pour nous, à notre intention, nous pourvoie non seulement en meubles, mais nous intègre également dans une communauté. L’entreprise est là pour durer, et fera toujours partie de la famille. »

Oh  la la la vie en rose, le rose qu’on nous propose…d’avoir des quantités de choses qui donnent envie d’autres choses. Souchon aurait pu nous chanter la vie en bleu et jaune tellement cette chanson semble avoir été écrite pour nous, nous « foule sentimentale » qui nous pressons chaque weekend vers le monde merveilleux d’IKEA.

Bienvenue dans ce monde parfait, venu de ce pays parfait, la Suède. Vous ne risquez rien, vous ne vous perdrez pas, il suffit de faire comme tout le monde, de suivre la ligne jaune dès l’entrée du magasin.

Vous ne vous en écarterez que pour palper un canapé, caresser une table, retourner les étiquettes de tout ce qui fera votre intérieur.

Ne vous inquiétez pas dans cette  matrice bienveillante personne ne se perd, personne ne gaspille son argent si durement gagné.

Vous êtes en pays de connaissance puisque vous êtes à l’intérieur du catalogue Ikea, ce même catalogue qui se trouve dans le porte-revues de votre salon.

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 Bienvenue dans le meilleur des mondes selon Ingvar Kamprad le fondateur d’IKEA. Protestant rigide, patron génial qui a tout compris à l’entreprenariat et à la communication qui va avec. Mais un meilleur des mondes à quel prix ?

Uniformisation de notre vie quotidienne, idéologie nazie sous-jacente, éthique de production défaillante, déforestation, travail des enfants, flicage des employés, montages financiers dans des paradis fiscaux, Ingvar Kamprat un négociant en  meubles dont le testament, lisible sur internet, a tout du recueil de pensées d’un gourou…Oh la la la vie en brun…

Notice de démontage de la célèbre firme bleue et jaune. Dans ce petit traité des Nouvelles Mythologies, Samuel Doux n’a pas besoin de la fameuse petite clé six pans pour déconstruire tranquillement l’histoire d’IKEA.

Rapidité, efficacité, la démonstration est nette et sans bavure et la thèse se termine par une dystopie qui fait froid dans le dos. C’est sure une crise de paranoïa aigue nous guette à la prochaine visite au grand magasin.

 Désir d'Ikea : 150 pages, 10€ — Robert Laffont, collection "Nouvelles Mythologies".