Pour ce jeudi polar estival, et dans la lignée de notre sélection de 5 poches entamée mardi matin, on a eu envie de mettre en avant cinq auteurs écrivains de polars bons à mettre dans les valise, pour tous les goûts.

Voici notre sélection, forcément limitée et subjective , pour vous adonner à la polar-mania sur les plages et ailleurs : 

 1.Juste avant la nuit ; Isabel Ashdown (Cherche Midi )

 

juste

 "Et, regardons les choses en face, nous nous mentons constamment à nous même, que ce soit à propos de nos sentiments ou de nos opinions. Peut-on vraiment parler de mensonges, en l’occurrence ? Non, s’ils ne font de mal à personne. Reconnaissons-le, s’ils sont uniquement motivés par de bonnes intentions, comme rassurer quelqu’un, le réconforter, lui épargner une déception, il ne s’agit pas de mensonges à proprement parler. Plutôt une manière d’enrober la vérité, de la rendre plus belle. »

Après des années de séparation, deux sœurs se retrouvent aux funérailles de leur mère.

Très fusionnelle durant leur enfance, Jess et Emily se sont perdues de vue durant seize années. Lorsque Emily, l’ainée, propose à Jess, la routarde, de devenir nounou de son bébé et d’emménager dans sa belle demeure de l’île de Wight, les deux femmes espèrent pouvoir recréer les liens qui les unissaient enfant. Mais comme chacun le sait, la famille n’est qu’un misérable petit tas de secrets.

Et lorsque le bébé est enlevé la nuit de la Saint-Sylvestre, beaucoup de vilaines choses remontent à la surface dans la belle demeure d’Emily et James. Rien ne sera simple car au fur et à mesure que l’enquête progresse, chacun s’aperçoit que l’autre, que les autres mentent. En attendant, Daisy le tout petit bébé reste introuvable.

 Secrets de famille, rivalité toxique, manipulation et mensonge sous le regard goguenard de ce bon vieil Œdipe, « Juste avant la nuit » préférons le titre original « Little Sister » est un précipité de tous ce qui pourrait faire dysfonctionner une famille.

Véritable Cluedo mental, Isabel Ashdown ausculte la cellule familiale et semble faire sienne la phrase d’André Gide : « Rien n’est plus dangereux pour toi que ta famille, que ta chambre, que ton passé ».

Avec une maitrise  consommée du suspens et des coups de théâtre, la romancière nous livre un roman gris comme un crachin de novembre sur une plage anglaise et rien n’est plus agréable qu’un crachin de novembre sur une plage anglaise.

2.Soeurs; Bernard Minier ( XO éditions)

 

Minier-Bernard-Soeurs-661x1024"Puis il décroche le téléphone avec la sensation définitive  que plus jamais  il ne goutera au bonheur"

Bernard Minier a connu un vif succès depuis son premier roman "Glacé"  et plusieurs de ses romans, notamment ceux avec son héros récurent, le commandant Servaz,  ont été adapté avec grand succès en série pour la TV.


Les ingrédients sont connus et appréciés des fans :des intrigues assez prenantes même si parfois elles flirtaient un peu avec le gore.

Ce nouvel opus des aventures de Martin Servaz est plutôt un bon voire un excellent cru :  en effet, pour son cinquième épisode des aventures de Martin Servaz,  On retrouve le commandant  Servaz sur sa première affaire en 1993.

Deux sœurs sont retrouvées mortes. La mise en scène rappelle l'un des romans d'un auteur Erik Lang et les liens entre les meurtres et l'écrivain ne s'arrêtent pas là. L'affaire est résolue mais laisse un sentiment d'inachevé à Servaz. Nous le retrouvons en 2018, la femme de l'ecrivain lié à la première affaire est retrouvée assassinée. Les routes d'Erik Lang et de Servaz vont se recroiser. les liens avec le passé semblent tellement évidents, trop évidents?

Grâce à une écriture fluide, et ce, malgré quelques facilités évitables, il s'avère très agréable et addictif de suivre le chemin que nous tend Bernard Minier. L'auteur sait nous embrouiller à loisir dans les méandres des vies tortueuses de ses personnages et nous emmène sur des pistes secondaires pour encore mieux nous perdre.

Un bon roman avec un bon suspense, rythmé, avec un personnage central fort attachant, un scénario implacable et ses personnages denses emporte le lecteur, avec une fin autant percutante que réussie, on dit forcément banco!.

 3. La soie et le fusil ;Gioacchino Criaco ( Editions Metailié)

editions-metailie

«  J’ai toujours su que j’étais entre les bras du fils d’un assassin, mais je ne pouvais pas imaginer que son père soit le bourreau du mien. Je l’ai haï, le père de Julien, parce que je sentais que la mort était venue de sa famille, et je le hais encore plus maintenant. Mais, Julien, je l’aime infiniment…Au fond moi aussi je suis sûre d’être la fille d’un assassin. Et Julien aussi dégouline de sang. »

Tragédie familiale, combat mythologique, un frère, une sœur et son amant. Julien après vingt années de prison retrouve la liberté.  Milan a bien changé, les triades chinoises ont remplacé les calabrais dans les trafics en tous genres. Un monde sans pitié où règne la loi du loup et cette loi Julien l’a apprise de son père et de son grand-père et il la connait à la perfection. Ici la vie n’a de prix que pour rapporter un bénéfice à la confraternité. Les triades et les mafias ne résistent que parce qu’elles inspirent la crainte et qu’elles ne donnent aucune importance à la vie humaine.

Roméo et Juliette dans la ‘Ndranghetta. Le sang qui éclabousse chaque branche de l’arbre généalogique de deux familles, la vengeance, la haine et cet élan impossible à contenir, l’amour.

Dans cet univers violent, cru et sans pardon comment le sentiment amoureux peut-il éclore ? Julien et Agnese seuls face à un destin implacable, le Fatum qui dispose des humains comme les pions d’un jeu antique.

 Plus qu’un polar italien, un polar calabrais qui prend sa source dans la mythologie du fleuve Allaro. Dans ce roman poétique et sanglant à la fois, Gioacchino Criaco parle de la région de son cœur et de son corps. Bien écrit, bien construit, « La soie et le fusil »  se lit d’une traite.

4.  “Le Salon de beauté” de Melba Escobar (Denoël/coll Sueurs Froides)

B26816

" Je m'habituais peu à peu aux souvenirs qui me revenaient en cascade, limpides, voraces, indifférent à mon histoire  récente,d'une implacable nostalgie."

Karen, jolie métisse de Bogota, peu épargnée par les épreuves,  trouve un emploi  dans un « salon de beauté »  en croyant que le pire est derrière elle.

Sauf que dans ce monde où l'esthétisme et le superficiel sont légions , les langues se délient, les amitiés et les amours se font et défond et c'est le pire qui va advenir, lorsque une des clientes du salon est retrouvée sauvagement assassinée.

Dans ce roman, qui flirte autant avec le récit d’apprentissage que la chronique  sociale noire, l'histoire est racontée principalement à travers les voix des femmes qui sont toutes reliées d'une manière ou d'une autre par le salon de beauté: on suit différents points de vue, sautant dans le temps, d’un personnage à l’autre, d'une patiente de ce salon à une autre.

Ce roman nous fait plonger tête baissée dans cette Colombie qu'on connait mal  et où les femmes valent peu de choses.

Radiographie  au scalpel d’un pays rongé par des maux profonds et ou la corruption est présente , ce roman de Melba Escobar (un nom prédestiné quand on parle de Colombie)  capture le style de vie des gens qui réussissent à vivre malgré tout.

L'auteure porte un regard sans concession pour ses personnages et pour son pays,, l’auteure n’épargne rien dans un récit  au tempo crescendo  qui possède un côté assez terrifiant .

5. Je sens grandir ma peur, Ian Reid (Presses de la cité)

prur

"Comme Jake est un brillant causeur, l’un des meilleurs que j’aie jamais rencontrés, je m’attendais à retrouver cette qualité chez ses parents. Je croyais qu’on parlerait travail, et peut-être même politique, philosophie, arts plastiques, etc. Je croyais que la maison serait plus vaste et en meilleur état. Je croyais qu’il y aurait plus d’animaux vivants."

Ensemble depuis seulement quelques semaines, un couple est dans une voiture  qui roule à travers la campagne enneigée. La fille veut quitter le garçon mais l’accompagne quand même pour un dîner chez ses parents. Après, c’est sûr, elle le quittera.

Il fait froid, c’est l’hiver, les voitures sont rares, la campagne s’étend dans toute sa majesté hivernale et la nuit tombe.

Tout premier roman du canadien Iain Reid couronné par plusieurs prix, qui s’était jusqu’à alors fait remarquer pour deux ouvrages de non fiction salués par une bonne partie de la critique internationale, “Je sens grandir ma peur” est un suspense psychologique rondement mené,  aussi court (200 pages) qu'intense et plein de tension jubilatoire pour le lecteur.

On aime la façon dont Reid  construit ,minutieusement, avec une précision d'horloger, ce récit d'angoisse psychologique particulièrement bien mystérieux,  qui ne délivrera son secret dans un twist final particulièrement retors et bienvenu.