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 Allez, on essaie de mettre un petit coup de collier sur nos chroniques du OFF comme on vous l'a annoncé dimanche dernier, sinon, comme c'était le cas les années précédentes, on finira de parler de tous les spectacles vus a Avignon (il parait qu'il ne faut jamais dire " en Avignon), alors que le festival sera clôturé depuis belle lurette..

Certes, la plupart de ces spectacles tournent toute l'année en France, enfin pour les plus chanceux d'entre eux mais a priori le plus interessant est quand même d'aider les festivaliers à faire un choix jusuq'au 29 juillet, date du tout dernier jour du festival, pas vrai?

Voici donc quatre spetacles qui jouent actuellement au OFF d'Avignon et qu'on vous recommande sans l'ombre d'une hésitation

1/ Théâtre/Humour : Yannick Bourdelle e(s)t Robert Lamoureux: Théâtre des Corps Saints

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 Coup de coeur absolu pour le spectacle Yannick Bourdelle e(s)t Robert Lamoureux à voir à partir de mercredi, le  18 juillet au Théâtre des Corps saints, un très bel hommage à celui à qui nous devons le Stand-Up et le one-man show,

 

A travers ce premier spectacle, Yannick Bourdelle livre un drôle et émouvant hommage à celui qui lui a permis d'être ici, devant nous, sur la scène de la Comédie de Paris. Sa passion pour le monde du spectacle, son envie de faire rire les gens, il les doit à Robert Lamoureux. Et si comme (pauvre de) moi, ce nom ne vous disait rien, ce spectacle vous enchantera d'autant plus...

Robert Lamoureux était ce qu'on peut appeler - et quel euphémisme ! - un touche-à-tout. Homme de music-hall, de radio, de télévision, de cinéma, de théâtre, il a connu une carrière extraordinaire et a travaillé aux côtés des plus grands (Sacha Guitry, Edith Piaf, Yves Montand, Louis de Funès... pour ne citer qu'eux). Alors pourquoi le nom du "père des humoristes français" selon Coluche, est-il méconnu  des gens de ma génération ? Qu'est-ce-qui a fait que ce précurseur du Stand-Up d'aujourd'hui ne nous évoque rien, à nous, ignorants natifs des années 90 ? C'est ce que se demande Yannick Bourdelle, au début de son spectacle, avant de nous dire quelques mots sur sa vaste biographie et de passer en revue les moments marquants de la carrière de son idole... Et ils sont nombreux.

Crédit : Nicolas Auproux

Nous sommes en 1948, à Paris. Le Central de la Chanson accueille les premiers "sketchs" de Robert Lamoureux, et c'est presque sans le vouloir qu'il s'est retrouvé sur la scène du cabaret : alors qu'il devait interpréter une des chansons de son repértoire - la composition, encore une corde à son arc déjà bien bandé - pendant une audition, il va tout faire, sauf chanter. Il va simplement raconter sa vie à son jury, se lancer dans un monologue hilarant sur les vacances qu'il vient de passer, en famille.

A partir de là, tout s'enchaîne pour Robert Lamoureux : on le réclame sur toutes les planches, à tous les micros. Il court d'émissions en émissions, de plateaux TV en plateaux TV, présente, intervient, joue, fait mourir de rire à chaque fois. Sa vie devient une véritable course contre la montre : un rythme très bien rendu par Yannick Bourdelle qui se met à lire l'agenda de Robert Lamoureux à toute allure. Le flot de ses paroles s'emballe pendant que derrière lui, une animation reproduit, sur un kiosque, le rythme effrené du quotidien de l'artiste.

Yannick Bourdelle possède un véritable talent de conteur. Avec un récit de vie entrecoupé de sketchs, de chansons et de poèmes de Robert Lamoureux, le spectacle est d'une richesse inouie. On a droit à Papa, Maman, la bonne et moi, à des extraits de sketchs comme celui de la chasse aux canards - un des classiques de Robert Lamoureux -, à des passages de la Septième Compagnie - car oui, c'est à lui que l'on doit ce bien de notre patrimoine français ! -, à une petite vidéo dans laquelle il fait ses adieux au public, à des photographies, à des affiches de pièces, de films sur lesquels il a travaillés...

On ne peut qu'être impressionné par le fait que, parfois, on ne savait pas trop qui de Robert Lamoureux ou de Yannick Bourdelle s'exprimait, tant l'un était merveilleusement imité par l'autre, tant il reproduisait naturellement ses blagues, interpellant par exemple une dame dans le public, à l'instar de son idole : "tiens, on s'est déjà vus quelque part, non ? Ah, mais vous êtes venue hier soir ! Pas avec le même monsieur , par contre... Coquine !"

On sent à quel point Yannick Bourdelle est "habité" par son "sujet" : il le connaît par coeur, de sa date de naissance à son sketch le moins connu. Les deux artistes semblent se confondre, ne faire qu'un : une idée que l'on retrouve d'ailleurs dans le titre du spectacle avec le beau jeu sur le verbe être et sur la conjonction. 

Un conseil : allez appaudir Yannick Bourdelle sur Avignon, vous tomberez vous aussi follement (L)amoureux...

Théâtre des Corps Saints à 12h55- du 18 au 29 juillet

 2. Musique/Humour : Biscotte, One man musical (Théâtre Carnot)

 

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 On suit cet artiste lyonnais depuis quelques années déjà et on  était ravi de le retrouver pour son tout premier Avignon qu'il découvre avec un regard presque enfantin qui fait plaisir ( et on peut retrouver sur sa chaine You Tube ses petites vidéos très amusantes sur le festival).

 

 

L'an dernier au festival d'Humour de Gerson on avait pu le rencontrer et l'applaudir alors qu'il venait de triompher totalement.  

Récompensé du  Prix du Rhône (Prix des Programmateurs)et  le Prix du Beaujolais (Prix du public) Biscotte , et l'année devant il avait été auréolé du « Grand Concours National - Talents 2016 » de KANDIDATOR), ce  chanteur- issu du groupe  de chanson paillarde les Tripots secs ( dont le titre est déjà un poème)  défend avec ce qu'il faut de talent et d'ironie la chanson française à sa façon, en parfumant ses textes d'humour qui lui ressemble en tout point : brut et fin à la fois.

 

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Ses textes mis en musique sont drôles et surprenants, souvent hilarants, et collent au personnage tout en autodérision, sa gestuelle ne peuvent qu'entrainer les rires de toutes sortes, mais toujours bienvaillants.

Les filles qui s'appelle Ruth, les cougars ou encore sa peur d'admettre qu'il aime les chats trop mignons, les cours de conduite accompagnée, les cadeaux pourris, : tout  ce qui fait notre quotidien passe à la moulinette de ce cher Biscotte.

D cet air légèrement désinvolte qui fait fondre mais avant tout  rempli de bonne humeur, Biscotte est un artiste à croquer comme l'aliment du même nom, et le public avignonnais semble sortir totalement ravis  de ces concerts aussi bons enfants que plein d'énérgie et de fraicheur.

Une heure passée bien trop vite, on en redemande !!!

 

 

 


 

Biscotte, one-man show musical du 6 au 29 juillet au théâtre Carnot à 18h 

3 /Théâtre/  Le maitre et marguerite ; GILGAMESH BELLEVILLE

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Quand il arrive en ville, mieux vaut changer de trottoir. N’essayez pas de le contredire, l’avenir il le connait, c’est lui qui le fait. Et gare à ceux qui oseraient nier son existence, ce sera l’exil ou l’asile. Qui ? un renégat ? un despote ? non, le diable, tout simplement. Dans le roman Le Maitre et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, qu’adapte ici Igor Mendjisky à la scène, le diable débarque à Moscou pour régler quelques affaires courantes qui en disent long de la vanité et de l’orgueil humains.

Fidèle au foisonnement fou de l’œuvre, la mise en scène fait se croiser, se superposer les intrigues et les temporalités avant de les faire se rejoindre et se résoudre au point final.

Ainsi, Ponce Pilate, repenti d’avoir fait condamner à la croix un certain Yoshua prédicateur, le Maitre, écrivain conspué par la Russie des années 30 pour présomption de bigoterie, et Ivan, autre écrivain athée lui, témoin halluciné (et bientôt interné) des pouvoirs du diable, se partagent le plateau dans un changement de scènes d’une dextérité stupéfiante.

Au fond l’écran de projection qui vient prolonger l’imaginaire du plateau est le seul artifice que s’accorde une scénographie sobre et déjà éminemment suggestive. Sur un plateau carré tracé à la manière d’un ring ou d’une scène de crime, encadré par les spectateurs en tri frontal, le metteur en scène pourrait se contenter de faire confiance au texte et aux acteurs (dont il fait partie, jouant chacun deux ou trois personnages) pour nous emmener aux frontières ténues de la réalité, aux abords de la folie et aux limites poreuses du bien et du mal, du vrai et du faux.

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En enfer il y aura de la place pour tous : est toujours le méchant de quelqu'un et il y a toujours plus méchant que soi. L’hôte des lieux ne négligeant personne, il accueille tous les déchus sans distinction : « il n’y a pas que les légendes, il y a aussi les faits divers ».

Réécrivant la mythologie manichéiste à l’aune du malin, l’enfer est punitif pour les uns, libérateur pour les autres, Boulgakov vient nous rappeler que les mythes et les légendes ont encore des choses à nous dire, à nous, adultes, à nous, hommes modernes.

Puisant dans le fatalisme de la tragédie antique, dans la didactique des récits bibliques et dans la magie des contes de fées, le spectacle nous fait insensiblement glisser vers un réalisme magique qu’on accepte aisément.

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Si Boulgakov puise dans la généalogie théâtrale (c’est Ivan en Faust bravant l’immortel ; c’est Marguerite en Eurydice allant chercher son amant sur les bords des enfers),  Igor Mendjisky fait résonner l’œuvre de toute son actualité et ravive sa portée politique (c’est le bal des dictateurs du XXème siècle ; c’est le procès d’intention de l’artiste censuré).

Et pour rendre hommage àce double héritage théâtral et religieux, on ne boude pas son plaisir d'entendre sur scène se mélanger les langues russe et hébraïque. Dans une mise en abîme de l’art, de la littérature et du théâtre ce sont eux les illusionnistes, les prestidigitateurs, les magiciens… les diables en somme : l’auteur et le metteur en scène.

  LE MAITRE ET MARGUERITE DE MIKHAIL BOULGAKOV – Adaptation et mise en scène Igor MENDJISKY

DU 6 AU 27 JUILLET 2018 à 19 H 40 au GILGAMESH BELLEVILLE –

4. Concert/ Danse : Liz  Cherhal Théâtre de la Manufacture

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Chanteuse, accordéoniste et guitariste, Liz Cherhal est une artiste complète et accomplie.

L'Alliance, son dernier album à ce jour ( voir chronique ici meme)   était une nouvelle preuve du grand talent d'auteur de Liz Cherhal.

Un opus délicat qui nous plonge une nouvelle fois au cœur du sensible aux travers d’histoires qui lui appartiennent, celles d’une femme ancrée dans son époque et sa société avec ce don si particulier de rendre l’intime universel.

Mais comme un certain nombre de ses collègues, Liz est avant tout une artiste de scène  et c’est en tournée que l’on peut vérifier tout  le talent de cet artiste.

Dans le cadre du Festival OFF, la nantaise propose  ainsi un spectacle musical qui ouvre le champ des possibles au travers de compositions entièrement traduites sur scène par un interprète en langue des signes.

C’est aussi l’occasion pour elle d’explorer de nouveaux territoires, du côté de la danse en faisant appel au chorégraphe Hervé Maigret (Cie NGC25).Mis en scène par Néry Catineau le spectacle laisse également une place toute particulière à la danse.

Son osmose avec ses musiciens est  très forte, et  les arrangements pop-rock alliés aux cordes et au piano  épousent à merveille les thématiques et donnent aux mots et à la voix cristalline de Liz une nouvelle ampleur.

Au niveau des thématiques abordées, on a pu constater à quel point l'artiste possède  ce don si particulier de rendre l’intime universel  aborde la question des liens que l’on fait et que l’on défait, la famille, le couple ou encore la parentalité.

Bref un concert aussi intense que singulier pour vérifier que Liz n'a rien à envier à sa soeur cadette Jeanne, pourtant plus médiatisée!

 Liz Cherhal du 15 au 26 juilet 2018 au Théâtre de la Manufacture