La rentrée littéraire  de septembre 2018 est truffée de sujets lourds et d'auteurs qui n'hésitent pas à les prendre à bras le corps dans des romans aussi audacieux qu'ambitieux..

Voici trois exemples,  dans nos dernières lectures, qui abordent des thématiques aussi denses et complexes que les religions, psychiatrie, guerres, colonisations :


 1 L'évangile selon youri; Tobie Nathan ( Stock Editions)

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"Les dieux vivent et meurent. Ç' est une évidence! Il n' est besoin de consulter nul devin, nul charlatan, nul enfumeur. Personne ne me convaincra de leur immortalité. Qui honore encore Isis, la belle  incestueuse, mère des peuples des pyramides? Plus personne! Autrefois son culte était répandu tout autour de la Méditerranée, de Philae à Thèbes, de Coptos  à Denderah et à Rome et jusqu'aux confins de la Lydie.Ses temples, devenus amas de pierres blanchies au soleil, servent aujourd'hui d' urinoirs aux dromadaires."
Élie,un vieux psy désabusé et à la retraite se prend d' affection pour un petit mendiant. Le petit Youri a des pouvoirs étranges, voir inquiétants. Serait-Il un nouveau Dieu ou un démon apparu sur terre.
L' ethnopsychiatre décide de prendre en charge et de protéger le jeune garçon. Mais le vieux monsieur désarçonné va vite s' apercevoir que c' est le petit Youri qui va s' occuper de lui.
Roman politique, roman mystique, roman agnostique...roman rêve surtout. Tobie Nathan, tout simplement, dans ce récit tendre et poétique nous parle de notre époque. Il interroge la nécessaire soif de connaissance du simple mortel, ce besoin de tout contrôler, de tout rationaliser, de tout expliquer.
Et si,  en ouvrant notre coeur on acceptait de ne rien comprendre?. Je vous salue Youri.

 2 Jacques à la Guerre, Philippe Torreton ( Plon)

torreton"Rouen ressemblait à une carcasse de bœuf suspendue par les pattes arrière, on distinguait ses entrailles, et comme une brutalité peut soulever la robe d’une femme respectueuse et digne, des béances de guerre laissaient voir de loin la cathédrale. J’avais honte de la découvrir ainsi exposée, meurtrie, éclaboussée de crachats métalliques, insultée de flammes, soufflée, sidérée…"

PhilippeTorreton avait connu un beau succès (critiques et ventes) avec son roman Mémé.Par petites touches impressionnistes, par cette faconde et cette pudeur, Torreton fasait  vivre avec énormément de tendresse et d'émotions le souvenir de cette mamie qui nous fait penser à la notre.

Personnellement, j'aime bien Torreton,   le type et l'acteur, son absence de tiédeur, son investissement total dans ses rôles (notamment dans les films de Bertrand Tavernier) et je me suis donc jeté sur son nouveau roman, car cette humanité et  cette émotion, on les retrouve dans son nouveau livre, Jacques à la guerre, paru il ya quelques jours  aux  éditions Plon.

Après sa grand mère,   Philippe Torreton rend cette année un bel hommage à son père .

Avec ce roman, il nous raconteen effet  les années de guerre de son père, Jacques, né à Rouen et qui aura vévu deux guerres différentes :  : celle de 39 quand il était enfant et plus tard, celle d'Indochine avec les atrocités.

Cet hommage à son Père, Torreton le fait sous le biais de la fiction en imaginant que ce que son père et son grand père ( qu'il n'a pas connu) a bien pu penser dans ses situations extrêmes.

Torreton a essayé de mettre une parole là où il n’y en avait pas., où la mémoire est cadenassée par le manque de vocabulaire. et le fait avec une ambition pas toujours totalement maitrisée mais avec une sincérité qui fait du bien .

Un récit  de fiction dans lequel il raconte l’enfance puis l’adolescence de son père à Rouen pendant la guerre. L’auteur décrit avec précision le ressenti de Jacques lors de la destruction de Rouen puis de sa reconstruction.

Cconstruit de manière fragmentaire. Jacques à la guerre aborde différentes thématiques : la guerre, la relation au père, à la mère., le apport à la mort, au deuil et à la solitude.

Avec des chapitres  plutôt courts, et décrit avec réalisme tant dans les scènes où le fils décrit son père avec tendresse ou dans le départ pour l’´Indochine. et même une pointe d'humour,.

 

 

 3. Camarade Papa, Gauz (Le Nouvel Atilla)

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"Je suis né là. Je connais toutes les vitrines à bisous et elles me connaissent toutes. Lors des sorties de la classe populaire, je bonjoure toute la rue. Marko-le-jaloux me chuchote « Klootzak ! » Réaction : tirage automatique de cheveux et lutte de classe. On finit en lacets par terre. Les autres enfants de la classe populaire crient et rient, les maîtresses se follent, Yolanda sort trapper Marko au-dessus de moi. La lutte de classe se fait toujours devant la vitrine de Yolanda. Marko se trompe : Maman ne vend pas des bisous. Maman est seulement une putain de socialiste, dit Camarade Papa."

 Après  Debout-payé, premier roman au beau succès, chroniques  hilarante et profonde qui  racontait les aventures douces-amères d’un immigré ivoirien devenu vigile à Paris, Gauz aborde ici un sujet aux ramifications sans doute encore plus  complexes. 

Le roman raconte en effet  la colonisation de la Côte-d’Ivoire par la France au XIXe siècle, tout en l’inscrivant dans une histoire plus moderne dont l’intrigue entraîne le lecteur d’Amsterdam en Afrique. Il problématise le discours colonial et son projet civilisateur.un éloge du métissage pétri de tendresse et d’humour.

Pour écrire ce second roman, l'écrivain s'est glissé dans la peau d'un colon blanc.

On suit Treissy, un jeune français qui quitte sa campagne profonde pour aller –presque par hasard et par gout de l’aventure – en Afrique. Au terme d’un voyage éprouvant il arrivera à Grand-Bassam comptoir colonial français. Là-bas il découvre les us et coutume de la vie à la colonie, mais aussi ceux des habitants de la région dont il apprend la langue. Treissy vivra maintes péripéties qui le mèneront à explorer le territoire de l’actuelle côte-d’ivoire.

Un regard aussi malicieux que singulier qui attire l'attention par l'inventivité de la langue et le regard de son auteur. L'auteur porte un regard particulièrement inédit sur la colonisation, avec comme dans son premier roman une plume aussi colorée qu'explosive ( En classe populaire, lorsque les maîtresses demandent la capitale de la France, je réponds en criant : Commune-de-Paris! » )

Constamment, "Camarade papa" est relayé par une documentation assez dense, nourrie  de détails sur la vie à Grand-Bassam lors de la conquête coloniale.

Le regard humain de Gauz fait vivre des personnages tout en couleurs et en  contrastes   et nous montre une vision de la colonisation comme il nous semble ne l'avoir jamais lue.