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 Ovationné au Festival de Cannes lors de sa présentation  la Semaine de la Critique,triplement primé à Angoulème , lauréat du Prix Jean Vigo, Shéhérazade, le premier long métrage du réalisateur marseillais  Jean-Bernard Marlin a été reçu  lors de sa sortie en salles il y a tout juste une semaine, par un accueil critique particulièrement enthousiaste; un engouement qui nous a semblé toutefois  légèrement disproportionné au regard du résultat final.

Avec une démarche proche de Pasolini ou Kechiche, deux cinéastes qui semblent inspirer le jeune réalisateur que l'on a rencontré après la projection du film au Comoedia- sans oublier bien sur le  cinéma de De Palma ,( avec un générique du début largement inspiré de "Scarface"), Jean-Bernard Marlin, qui réalise son premier long à près de 40 ans,  est quand même loin de parvenir à la hauteur de ses cinéastes de chevet.

Certes, sa mise en scène est parfois percutante, et le cinéaste réussit à insufffler un peu de grâce dans un univers très sordide, et évite souvent de traiter son sujet avec 'angélisme ou misérabilisme,  grâce à une sincérité évidente,  mais Marlin ne parvient pas à rendre cette histoire de jeunesse à la dérive suffisamment originale et passionnante pour emporter totalement l'adhésion.

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Outre le fait que le film est difficile à suivre parfois étant donné la tchatche  et le vocabulaire utilisé par les  protagonistes , Shéhérazade comporte un peu trop de  passages obligés entre règlements de compte et surenchère de la violence.

Malheureusement,  Jean-Bernard Marlin ne réussit  pas vraiment à éviter  les  clichés  et  les situations archi-connues du meilleur film de gangsters, malgré sa jolie romance  qui permet un basculement du romanesque au réel qui aurait pu amener le film totalement ailleurs et qui ne le fait que par intermittence .

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Mais le vrai  problème du film de Marlin  vient aussi des personnages, ( pas des acteurs les jeunes Dylan Robert et Kenza Fortas sont confondants de naturel et de sincérité), pas assez attachants pour qu'on soit totalement emporté avec eux.

On pense  notamment au personnage principal, ce Zachary dont on a un peu de mal à comprendre les motivations et qui nous agace souvent par ses actions et ses décisions.; sa rédemption finale  après la jolie scène du procès ( la meilleure du film, la seule où  survient des regards de témoins extérieurs auxquels on peut s'identifier ) le sauvant quand même un peu.

Malgré ces réserves, cette peinture sans consession de  jeunes à peine sortis de l'enfance et plongés trop vite dans la violence de l'âge adulte. est filmé avec suffisamment d'intensité et de justesse pour toucher le coeur du spectateur et sortir du tout venant des premiers longs métrages français.