ma-vie-de-saint-delmas

« Pour raconter la vie de Frantzisko Xabierkoa, après des recherches qui ne m’ont pas éreinté, je dispose de trois textes. Un document signé d’un certain J.M.S Daurignac ; une biographie de plus de quatre cents pages de François-Xavier Bouhours, jésuite de son état, tout entière écrite à la gloire du saint homme ; un texte désopilant de Voltaire qui brosse un tableau féroce de la biographie précitée, moquant le zèle de son auteur à donner foi à d’invraisemblables miracles et à prendre dans le même temps le lecteur pour plus niais qu’il n’est. »

Il y a des années, au cours d’un repas, le père de François-Xavier Delmas sort de son mutisme habituel et s’adresse à son fils :

«  Monsieur, pourquoi n’écrivez-vous pas un livre sur Saint François-Xavier, vous portez son nom, vous êtes basque et vous voyagez en Chine, au Japon, en Inde comme lui ».

 Ce n’est que beaucoup plus tard alors que ses parents ont vieillis, que François-Xavier Delmas part à la recherche de son Saint patron, ou du moins de ce qu’il en reste. Un humérus à Macao, un bras et deux orteils à Rome et le gros du squelette à Goa.

C’est que ce sacré François-Xavier a parcouru la moitié du globe pour christianiser l’Asie en faisant des miracles : guérisons et résurrections en veux-tu en voilà, connaissance des langues sans les avoir apprises, transformer l’eau de mer en eau douce et le plus chouette de tous, la lévitation, mais la liste n’est pas exhaustive car au XVI siècle voyager loin de chez soi sans problème est déjà un miracle.

En partant à la recherche  des reliques du Saint homme, François –Xavier Delmas va surtout rassembler des fragments de souvenirs d’une enfance bourgeoise étriquée et froide à Neuilly. Six frères et sœurs, père grand commis de l’Etat aigre, taiseux et méprisant, mère bigote mal-aimée et mal-aimante. Un monde clos et délétère ou personne ne se parle.

Avec une aisance  impressionnante, le romancier embarque le lecteur du port de Lisbonne à la cuisine d’un appartement bourgeois ou d’une église basque aux contreforts de l’Himalaya et de la vie mystique et doloriste d’un homme du XVIe siècle aux souvenirs d’un jeune homme du XXe siècle se découvrant différent.

Un récit lucide, pudique et cru  pour cicatriser les blessures de l’enfance dans la lignée de « Féroces »   de Robert Goolrick ou «  l’étreinte fugitive » de Daniel Mendelsohn.

Un des bons romans de cette belle rentrée littéraire 2018, publié depuis début septembre aux éditions Anne Carrière.

http://www.anne-carriere.fr/ouvrage_ma-vie-de-saint-francois-xavier-delmas-345.html