Pour ce vendredi lecture de la mi octobre, on voulait mettre en avant des grands noms de la littérature , deux américains et un français qui viennent de sortir en poche des romans assez incontournables qu'on ne peut que vous conseiller de découvrir si ce n'est déjà fait :

 1. Un jour tu raconteras cette histoire: Joyce Maynard  ( Editions 10/18)

 9782264070074ORI"Pour moi, qui n'avais pas de problème de santé-un cœur brisé ne comptait pas- vivre à l'hôpital était étrange. Dans notre merveilleuse maison de Hinsaker Canyon, nous notre musique et notre jardin, les oiseaux, les étoiles, mais je préférais rester à l'hôpital avec Jim plutôt que faire la navette entre ces deux mondes."

Joyce Maynard, une des très grandes romancières américaines d'aujourd'hui, connue notamment pour avoir relaté son histoire d'amour avec J.D Salinger lorsqu'elle avait 19 ans, récidive dans cette  veine  avec le poignant Un jour tu raconteras cette histoire dans laquelle elle narre par le menu détail le récit de ses années de vie commune avec Jim, de leur rencontre à ses derniers jours après un long combat contre un cancer du pancréas.

Sujet ô combien casse gueule quand on sait à quel point est fragile le lien entre autobiographie et exhibition de sa vie intime . Mais ici, alors que l’auteur se met totalement à nu, aucune sensation de voyeurisme ne nous étreint, tant la plume de Maynard évite tous les pièges inhérents à l’exercice.

Par la force de son écriture, Joyce Maynard sublime le récit de  cet amour entre deux sexagénaires revenus de pas mal de désillusions  qui doivent d’abord apprendre  à  composer avec le passé de l'autre, qui vont vivre un bonheur fugace que la maladie va vite rompre.

 Ce récit d'un amour vécu sur le tard  est traité avec énormément de justesse et de force, et  évite les clichés et la banalité : on comprend largement comment Joyce Maynard avait pu émouvoir autant par sa personnalité que ses qualités de plume, émouvoir JD Salinger alors qu'elle avait à peine 18 ans.

  La personnalité de Maynard, telle qu’elle transparait dans son livre, est assez formidable d’ambivalence et d’ambiguïté : jamais Maynard cherche à s’épargner, elle n'est pas tendre avec elle-même  et même à travers la maladie de son compagnon, elle ne s’attribuera pas forcément le beau rôle.

Si la seconde partie  une fois que la maladie fait son apparition est plus factuelle plus âpre que la première et les personnes hypersensibles pourraient être retournés, cette chronique des beaux jours et des jours terribles de ces américains sexagénaire,  entre comédie romantique et chronique hospitalière insoutenable,  est une vraie merveille

 

 2. L'insouciance, Karine Tuil ( Folio)

 G01349" Le poison. Le poison de la suspicion raciste. Ca pénètre dans le coeur de l'opinion publique corrompt l'entendement et le bon sens, pervertit jusqu'à vos proches, le doute est là désormais. François Vely n' jamais éprouvé le moindre sentiment raciste, mais il devrait le reconnaitre, il n'y avait pas de noirs dans son entourage parisien."

Avec un talent incontestable doublé d'une maîtrise spectaculaire, Karine TUIL, juste après le triomphe de l'invention de nos vies,  nous plonge ici au cœur de la société contemporaine qui brasse pas mal de thèmes aussi divers que variés : les traumatismes de guerre,  la chute d'un géant des télécommunications, l'ascension politique d'un jeune homme - d'origine africaine subissant régulièrement des attaques racistes – le terrorisme et la communication.

L'insouciance" relate une belle histoire d'amour sur fond de guerre, d'islam, d'antisémitisme, de racisme et de terrorisme, des sujets qui nous ramènent à chaque page au contexte politique actuel avec des personnages loin de l'insouciance clamée par le titre.

,Mêlant habilement ces thèmes brulants d'actualité,  le lecteur est incapable, pour son plus grand plaisir, de lâcher son bouquin. le roman de  Karine Tuil  pourrait frôler l'indigestion mais il n'en est rien.

L 'auteur nous livre là un livre particulièrement dense, et parvient à ne  jamais perdre son lecteur au détour d'un chapitre, ces derniers étant rigoureusement bien construits jusqu'à un dénouement assez étonnant!

 

 3. Les jours enfuis, Jay Mc Icerney ( Points)

  "Quand un couple bat de l'aile, c'est rarement de la faute d'un seul.

Je ne suis pas sûr d'être d'accord avec toi, protesta Russell. Je n'irai pas jusqu'à accuser Charles Bovary de la conduite de sa femme.

 

Et pourquoi pas ? C'était tout de même un pitoyable crétin ».

 

joursAprès Trente ans et des poussières, paru en 1993, et La Belle Vie, publié en 2007,l’écrivain américain Jay McInerney clôt avec ce nouveau roman la trilogie qu’il a consacrée à un couple d’intellectuels new yorkais, Russel et Corrine Calloway. qui ont la cinquantaine, toujours en haut de la  société new-yorkaise.

Dans Les Jours enfuis, le lecteur retrouve avec énormément de plaisir les héros de Trente ans et des poussières et La Belle Vie (disponibles en Points). comme on retrouve des personnages de série avec autant de profondeur voie plus.

 

Ces héros  gravitent dans le même milieu celui de l'art et la culture et  ont des métiers qu'ils adorent, une vie de famille parfaite, habitent à TriBeCa et passent leurs vacances dans les Hamptons. Et pourtant… Tandis que Russell s’épuise à faire vivre sa maison d'édition, Corrine retrouve Luke, son ancien amant.

La vie new yorkaise est  disséquée  comme dans les romans précédents avec ce qu'il faut de cynisme et  de piquant mais par rapport aux deux autres, ce troisième tome  est celui du désenchantement.

 

Nous sommes maintenant en 2007. Les Calloway ont résisté au cataclysme. Ils vivent toujours à Manhattan . Un roman fort et passionnant qui nous plonge au coeur de l'intime du couple en nous permettant de comprendre toutes' les ambiguïtés de leur leurs choix.

Roman très contemporain, le lecteur est plongé dans la société et la vie du New York des années 2000 pour un joli concentré de nostalgie , et on notera aussi la belle traduction de  Marc Amfreville qui reprend très fidèlement la pertinence de  la plume de Jay McInerney!

 

 

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