Jeudi dernier, dans notre critique du film "Le jeu",  on vous disait que la semaine de la comédie d'UGC nous avait donné d'excellentes nouvelles de la comédie française, telles que ce Jeu  mais aussi le Poulain  sorti le 17 décembre dernier, ou l'excellent "Le Grand Bain"  qui sort le 24 octobre, malheureusement on a aussi eu l'occasion de voir à cette occasion d'autres comédies dont on attendait beaucoup qui nous a pas mal déçu..

Petite revue en trois films : 

1 I feel good : la rencontre Dujardin et Kerven/ Delepine ne fait pas des étincelles 

i-feel-good-film_still-_h_2018On connait le cinéma du tandem Kerven/ Delepine , depuis "Groland", "Alatra" et "Mammuth"   on sait qu'ils possèdent un ton propre,à la fois militant et un humour bien décalé qui séduit les fans .

Malheureusement, cela ne marche pas toujours : après un plutôt bon cru ( Saint Amour) Delépine/Kervern sont en effet  revenu en mode mineur avec ce "I feel good",

Ici on retrouve le plus  gros défaut du cinéma de Kerven Delepine, celui  de privilégier l'excentricité, la gaudriole   et l’ambiance  à la profondeur du récit et des personnages, souvent réduits à du cocasse et du décalé.

Avec ce crétin fini (Jean Dujardin)  qui croit dur comme fer au miracle libéral, et qui a la riche(?) idée de proposer aux plus pauvres des opérations de chirurgie esthétique very low cost en Bulgarie.les cinéastes tirent  à boulet rouge sur la Macronie ambiante  et on ne peut que s'en réjouir.

Hélas, il manque ici un regard bienveillant, qu'on avait parfois dans le cinéma de Kervern et Delépine, avec un ton  général de film trop cynique.

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Les deux styles  d'humour ( le grolandais et celui de Dujardin d'OSS 117) s'accordent ici assez  mal,  et le film souffre  de gros problèmes de rythme : le film s’appuyant un peu trop souvent sur une série de gags, répétitifs, trop étirés en longueur. avec une esthétique du glauque vite lassante  (scène de crachat, scène du hamburger) et les personnages secondaires sont laissés de coté ( le personnage de Yolande Moreau  manque cruellement  d’epaisseur).

 Dommage car cette  plongée chez les déclassés  d'Emmaüs (défilé de trognes comme les Kerven Delepine adorent en mettre en scène) .commence et finit pas mal  avec des trouvailles bienvenues; mais le milieu du film patine vraiment trop pour convaincre sur l'ensemble de cette profonde déception .

 

2. L'amour est une fête ... mais pas le film !!

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 Quatre ans après La prochaine fois je viserai le coeur, le réalisateur Cédric Anger change complètement de registre avec l'amour est une fête . Avec cette   comédie rétro-pop qui tentait de bousculer le cinéma français traditionnel, le cinéaste  nous immerge dans  l'âge d'or porno dans les années 70/80 à travers une enquête policière rythmée et légère.

 L’amour est une fête se veut un film vivant, une comédie rock qui nous plonge dans un monde subversif observé avec un regard doux qui ne se prend jamais au sérieux.

 

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 Malheureusement, le résultat est raté à l'écran: l'amour est une fête mais le film ne l'est pas, tout ce talent d'acteurs gâché par une cruelle absence de scénario et de point de vue..

Ce n'est pas assez drôle pour être une comédie, et pas assez écrit pour être un polar ou un pamphlet..

Dommage car les décors, la photographie, les costumes vintages fonctionnent pas mal..Mais bon dieu, qu'est-que Cédric Anger a bien voulu nous dire avec ce film avec un ratage forcément triste?

 

 

3. Voyez comme on danse : une valse à deux de tension..

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Depuis son premier long métrage en 1984, Marche à l’ombre, Michel Blanc n’est revenu derrière la caméra qu’à trois autres reprises (Grosse Fatigue  Prix du scénario au Festival de Cannes pour Grosse Fatigue).1994), Mauvaise Passe (1999) Embrassez qui vous voudrez (2002)).

Il aura fallu attendre 16 ans pour qu’il reprenne le fil d’une carrière qui lui a pourtant valu de très gros succès  et malheureusement son retour ne fonctionne pas plus que les films dont on vient de parler avant .

 Comme pour le premier volet, on sent que Michel Blanc aime particulièrement les dialogues bien sentis, le bon mot, la punchline acerbe qui claque.

©Arnaud-Borrel-2Tromperies, mensonges,  trahisons grossesse inattendues, crise de paranoia : Michel Blanc n'aime rien de moins que les situations de pétages de plomb, quitte à frôler la surinfection voire l'indigestion..

 Assez vite les situations semblent un peu artificielles, un peu trop mécaniques.

Résultat des courses : cette suite d'angoisses existentielles  se regarde sans déplaisir mais sans beaucoup d'empathie non plus pour les personnages,  malgré la qualité d'ensemble des comédiens, qui sont malheureusement un peu trop employés dans leurs rôles habituels ( Karin Viard encore en névrosée au bord de la crise de nerf, Charlotte Rampling en british classe mais  cynique, Rouve en lâche et couard)...

On adorait Michel Blanc ( qu'on a rencontré pour l'occasion et qui est très sympathique )du temps de Grosse Fatigue qui portait mal son nom, ici en revanche,  l'ensemble donne une impression de fatigue généralisée un peu génante....

Tout le monde s'agite beaucoup mais pour pas grand chose finalement!!