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 "Pendant dix ans après mes études j'ai cherché de toutes mes forces le Graal l'amour avec un grand A, le travail avec un grand T. Je lisais, j'écrivais puis je m'effondrais. dans mon lit. J'ai été mariée 10 minutes, j'ai fumé de la marijuana pendant cinq ans. Pleine d'entrain et de vie, j'ai arpenté les rues de NY et d'Europe. Mais rien n'allait jamais."

 Alors qu'elle est pourtant une véritable icone des lettres américaines et du journalisme, la renommée de  Vivian Gornick a mis pourtant pas mal d'année à venir jusqu'à nos oreilles puisqu' l'on a connu il y a quelques années seulement en France avec "Attachement féroce", récit autobiographique assez formidable paru chez Rivages, qui avait bien marché dans le monde littéraire.

  Vivian Gornick, présente en septembre dernier,  au dernier salon America, nous livre en cette rentrée littéraire son second volet autobiographique mélangeant, comme pour "Attachement féroce",  des réflexions sur  des  thématiques aussi importantes que le féminisme, la littérature, le racisme, les relations de couple, l'amitié, souvenirs plus au moins lointains, avec,  en toile de fond, un portrait aussi singulier qu'étonnant de sa ville de toujours  New York.

 Une fois de plus,  Viviane Gornick nous montre à quel point elle est une voix singulière de la littérature en portant à nouveau ce  regard aigu sur le monde qui l'entoure.

On l'aime toujours autant, cette vision décapante et profondément humaine qu'elle porte  sur ses contemporains et notamment sur les anonymes qu'elle croise au fil de ses déambulations à Manhattan, la romancière comblant ses nombreuses angoisses existentielles par des marches sans fin.

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"A la fin du dix-septième siècle, plusieurs génies littéraires ont écrit de grands livres sur les femmes des temps modernes. En l’espace de vingt ans ont paru Jude l’obscur par Thomas Hardy, Portrait de femme d’Henry James, Diana of the Crossways de George Meredith. Aussi perspicaces que fussent ces romans, c’est Femmes à part de George Gissing qui me parle le plus. J’ai l’impression que ses personnages sont les hommes et les femmes de mon entourage. Tous les cinquante ans depuis la Révolution française, les féministes sont qualifiées de femmes « nouvelles », « libres », « libérées », mais Gissing a trouvé le mot juste : nous sommes les femmes « à part »"

Gornick nous explique comment elle a fait son cheminement personnel au fil des années, passant d'un modèle finalement assez convenu de recherche de grand amour et d'une vie professionnelle fiable à quelque chose de plus libre,  plus indépendant, mais pas forcément quelque chose de plus stable et plus rassurant.

Ces instantanés de vie, jamais chronologiques ou académiques, permettent avant tout à l'auteure de tisser une peinture fine et sensible de New York et ses habitants,  comme on l'a rarement vu ni au cinéma ni en littérature, en dépit des oeuvres qui sont faites autour de cette ville.

Dans "La femme à part", les habitants de la "big Apple" sont croqués avec justesse et intelligence, et l'auteur arrive à apporter une coloration inédite  à une ville qui nous apparait vraiment différente de ce que l'on connaissait.

On regrettera simplement que les portraits de ses new-yorkais ne soient sans doute pas à notre gout suffisamment développés, mais peut-être est ce prévu dans un prochain volet de ces récits, tant on a le sentiment à la fin de ce bref mais ô combien intense "la femme à part", que Gornick a visiblement encore plein de choses à nous dire !

  Vivian Gornick,  La femme à part , traduit de l’américain par Laëtitia Devaux, Rivages, 224 p., 20 €