Qu'est ce qui rapproche a priori  le film de Sidney Lumet ( diffusé lundi dernier sur France5) de celui de Michele Placido ( sorti  dans les salles françaises en juin dernier)? Le New York des années 50 de l'Italie actuelle ? Au-delà de l'écho des chiffres dans les titres, les deux histoires sont a priori bien éloignées : le jugement d'un jeune homme parricide pour la première,le plan de restructuration sociale d'une usine en pleine crise pour la seconde.

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Mais il suffit d'entrer dans le premier de tableau de chacune pour voir apparaître un à un les points, de plus en plus troublant, qui les rapprochent. Dans ces deux huis clos qui enferment 12 jurés d'un côté, 11 ouvrières de l'autre, rien ne se passe, et beaucoup se dit. Les deux groupes, respectivement exclusivement masculin et féminin, sont réunis pour un vote, de nature bien différente certes, mais qui va révéler des rouages humains et sociaux très similaires.

Qu'il s'agisse de voter la vie ou la mort réelle d'un seul homme, ou celle, sociale, d'une centaine d'employées, tout ces votants sont convoqués au difficile exercice de la démocratie. Derrière le modèle politique, c'est la nudité de l'humain face au choix qui est dévoilée ici, la difficulté à mesurer l'amplitude des conséquences qui en découlent et l'étendue des responsabilités d'un tel pouvoir.

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Condamner un meurtre avec témoin, ou accepter une légère réduction du temps de pause (de sept minutes) pour éviter licenciements et fermeture d'usine, les votent semblent unanimes, le « coupable » et le « oui » ne font pas l'ombre d'un doute : votons pour la forme, et que chacun rentre chez soi ! Pourtant, dans un cas comme dans l'autre, une main reste baissée, une personne s'oppose à l'opinion générale. Il en fallait bien un, empêcheur de consensus, pour retenir les autres.

Bien loin d'incarner des caractères révoltés, des contradicteurs nés ou des harangueurs enflammés, le juré n°8 (M.Davis, incarné par Henry Fonda) et Bianca (Ottavia Piccolo) incarnent, chacun à sa manière, le courage du doute, la force du « non » et le pouvoir de la conviction.

Face à l'empressement des protagonistes, le temps aussi joue son rôle et pèse de tout son poids dans le jugement : interminable d'attente chez Placido ; physique et palpable dans la chaleur et l'orage chez Lumet.

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Dans ces micro-sociétés que recréent le vestiaire de l'usine ou la salle de délibération du tribunal, l'individu et le groupe s'observent, se jaugent, dialoguent, s'agrippent. 

Si l'action est pauvre, c'est le verbe qui l'emporte, les corps sont astreints, mais les esprits chauffent et les certitudes transhument. Sans joute verbale ni tentative de persuasion, c'est un, deux, trois... qui changent d'avis, puis l'équilibre qui bascule et enfin s'inverse tout à fait.

 

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Dans 7 minuti, avant d'être soumis au vote des représentantes ouvrières, la décision a été prise au sein d'un invisible conciliabule des patrons... ainsi réunis, la vie de ces femmes entre leurs mains, ils ont dû eux aussi débattre, défendre, convaincre, voter... des hommes en colère en quelques sorte, jurés de femmes non moins exaspérées.

 

7 minutes (7 Minuti) - Trailer VOSTFR

12 hommes en colère ( bande annonce VF )

Douze hommes en colère, Sidney Lumet (1957); avec Henry Fonda, Martin Balsam, Jack Klugman, Ed Begley...

7 minuti, Michele Placido, (2016) ; avec Ottavia Piccolo, Anne Consigny, Clémence Poésy...