Après avoir pas mal parlé du festival Lumière qui a pris fin hier soir, revenons un peu avec l'actualité des salles obscures  et une comédie actuellement à l'affiche le "Voyez comme on danse" de Michel Blanc.

Depuis son premier long métrage en 1984, "Marche à l’ombre", Michel Blanc n’est revenu derrière la caméra qu’à trois autres reprises "Grosse Fatigue",  Prix du scénario au Festival de Cannes)  "Mauvaise Passe" et "Embrassez qui vous voudrez" en 2002.

Il aura donc fallu attendre 16 ans pour qu’il reprenne le fil d’une carrière qui lui a valu de très gros succès, une raison largement suffisante pour aller le rencontrer, quelques semaines avant la sortie de son film le 10 octobre dernier, et ce même si son "Voyez comme on danse" nous a un peu déçu :

INTERVIEW BAZ'art DE MICHEL BLANC

POUR "VOYEZ COMME ON DANSE"

 

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  Baz'art : Bonjour Michel et avant tout, on est obligés de vous poser cette question qui nous brûle les lèvres: pourquoi  aura t-il  fallu attendre 16 ans pour vous voir à nouveau derrière une caméra?

Michel BLANC:

Oh, 16 ans, c'est vrai que c'est long, mais vous savez le temps passe tellement vite et puis j'ai quand même pas mal joué, écrit parfois aussi, donc je ne me voyais pas forcément le fait de ne pas réaliser de films comme un manque.

En fait, c'est plutôt Yves Marmion, mon producteur depuis de longues années, qui essayait de me convaincre depuis pas mal de temps de repasser à la réalisation et à force de lourdement insister, j'ai fini par céder à ses sirènes ( rires)!

Baz'art  : Et c'est ce même Yves Marmion qui vous a  dit pour votre retour à la réalisation de reprendre les personnages  d'« Embrassez qui vous voudrez »  ou cette idée là vient de vous?

Michel BLANC:

Oui : c'est lui, un jour, un peu  à court d'arguments, qui m'a lancé au visage : «  Et si tu imaginais une suite à « Embrassez qui vous voudrez » ? ». 

Je vous avoue qu'au début, l'idée ne me plaisait pas totalement car je ne suis pas trop fan des suites à la base, mais ensuite, l’idée de  retrouver les personnages du flm quinze ans plus tard a fait son chemin  et j'ai dit banco!

En fait, l’exercice de style consistant à partir de ces caractères et à leur inventer de toutes pièces une histoire m’excitait pas mal, c’était  un peu vertigineux comme partir d'un puzzle blanc.

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Baz'art: Du coup, est ce qu'on peut dire que la phase d'écriture de ce film était plus exitante à réaliser par rapport à "embrassez qui vous voudrez" car vous n'êtes pas lié à ce qu'écrit le romancier?

Michel BLANC: Non, cela ne change pas beaucoup.

En fait, j'oublie totalement ce qu'écrit le romancier à la base et je n'étais pas lié à Connoly la première fois et heureusement d'ailleurs, sinon, comment s'approprier son propre film?

Dans "Embrassez qui vous voudrez", j'avais conservé quelques dialogues du roman car je les trouvais souvent vraiment réussis, mais parfois je m'en écartais totalement donc il n'y a pas d'immense différence dans mon travail sur les deux films.

Pour "Voyez comme on danse", je ne partais pas d'un territoire vierge et c'est quand même plus facile : cela m’a aidé de retrouver le quatuor  du premier film car  je le connaissais, je l’avais vu vivre: quinze ans après, ils vivent autre chose, ils sont toujours amis mais ignorent encore à quel point leurs relations sont imbriquées.

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  Baz'art Concernant  ce titre, "voyez comme on danse",: c'était logique  pour vous de reprendre une phrase issue de la même comptine" nous n'irons plus au bois ", comme "embrassez qui vous voudrez"?

Michel BLANC:

Laissez moi vous raconter à ce propos une petite anecdote : avant qu' « Embrassez qui vous voudrez » ne sorte en salles,  il s’appelait initialement :«  Voyez comme on danse ».

On a commencé à tourner le film sous ce titre avant que je ne croise le regretté Jean d'Ormesson, qui m'a fait comprendre qu'il allait aussi appeler le titre de son nouveau roman "voyez comme on danse" (sourires), du coup on l'a modifié et cela a contenté tout le monde ( sourires).

Je ne remercierai jamais assez Jean d’avoir publié son livre  à ce moment car ce titre est bien mieux approprié à cette suite.

Baz'art : Ah, bon, et pourquoi cela?

Michel BLANC:

En fait,  dans  ""Voyez comme on danse ",  tous les personnages dansent sur un volcan alors que le premier volet concernait effectivement plus la question de savoir qui embrassait qui.

Baz'art  : Dans ce second volet, on sent moins le coté un peu cynique présent dans " Embrassez qui vous voudrez" : c'est la patte Michel Blanc qui a ôté le coté "british" du livre original?

Michel BLANC:

Oui c'est un peu cela : le cynisme de Joseph Connolly m’amuse et je l’ai respecté lorsque j’ai travaillé à l’adaptation de son roman, mais ma vraie nature est d’être moqueur pas cynique.

Tout en les mettant dans des postures risibles et en leur donnant des répliques parfois très dures, je ne peux pas m’empêcher d’éprouver de la tendresse pour mes personnages.

Bien sûr, le personnage que joue Jacques (Dutronc) a quelques réparties cinglantes (" On ne me mélange pas avec les voyous,  enfin pas avec les voyous pauvres. »), mais on voit bien qu'il joue à etre cynique, c'est sans carapace il fait semblant, c'est un personnage à double couche comme j'aime bien, un peu comme un after eight ces chocolats à la menthe que j'aime bien aussi.

En fait, je ne me force pas à ne pas faire un film à l'anglaise, mais c'est vrai qu'il y a des cotés chez nos amis anglais dans lesquels je ne me retrouve pas vraiment,  je reste un vrai franchouillard en fait ( rires)!

Je ne suis pas anglais, et pour avoir tourné un film  la bas (Mauvaise Passe en 1999), je dois dire que  je n’aime pas la vision que ces gens ont de la société où on peut éventuellement se fréquenter sans jamais vraiment se mélanger.

Si vous voulez tout savoir,  j'aime bien les écrivains anglais, mais je n’apprécie pas beaucoup la mentalité du pays.

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Baz'art: :  En parlant de romancier anglais, quelle a été la réaction de  Joseph Connolly  en apprenant que vous alliez faire revivre ses créations indépendamment de son roman? Et a t-il aimé votre film?

Michel BLANC: Connoly  avait été content de l’adaptation de « Vacances anglaises » et nous a tout de suite donné son autorisation pour ce second film.

Avant le tournage, il m’a même envoyé un petit mot dans lequel il m’encourageait et me disait se réjouir de revoir ses personnages.

Mais  à ce jour  (fin septembre), il n’a pas encore découvert le film, en tout cas je ne suis pas au courant, peut--être l'a t-il détesté mais il ne l'a dit à personne ( sourires) .

  Baz'art  : On vous sent très à l’aise dans les dialogues  : c'est un exercice que vous aimez particulièrement?

  Michel BLANC: Ah ça,  j'adore les dialogues, c'est ce que je préfère  largement faire dans un film, j'adore la langue française et j'ai tendance à me définir comme un "bavard gourmand".

Je découvre mes personnages en les faisant parler ; jamais en imaginant qu’il pourrait se passer telle ou telle chose dans une scène.

La façon dont les dialogues induisent le caractère et le vécu du personnage : quoi de mieux qu'un dialogue pour décrire un personnage de l'intérieur?  Charlotte Rampling s’exprime comme une très grande bourgeoise, presque comme une aristocrate ; Carole Bouquet, comme une femme d’affaires, les jeunes ont leur propre langage. Aucun n’a le même vocabulaire et c’est cela qui s'avère être très excitant.

J’essaie de faire en sorte que chacun de mes personnages ait une culture différente. Par exemple, madame André , la  voisine à laquelle se confie Alex dans l’escalier, sort de mon enfance et parle comme les gens du peuple qui m’entouraient alors quand je vivais à Puteaux dans un HLM.

Mais en même temps, je m'autorise à être très libre par rapport à ce que j'écris, c'est pas la bible non plus (rires)! Et si un comédien peine avec une réplique, je sais que je pourrais la réécrire sur le plateau.

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  Baz'art  : Pourquoi n'avoir pas voulu reprendre certains  des acteurs du premier film, tels que  Gaspard Uliel, Clotilde Courau, Denis Poladydès ou Vincent Elbaz?

 Michel BLANC:

Ah, c'était un vrai crève coeur cette question là;  mais en même temps c'était le coeur de ce travail : vous savez, reprendre tous les personnages, c’était bloquer l’écriture. J’ai écrit une lettre à chacun des acteurs qui les avaient interprétés pour le leur expliquer.

Certains, comme Maxime (Vincent Elbaz), Emilie, la fille d’Elizabeth et Bertrand (Lou Doillon), Julie, la jeune mère célibataire (Clotilde Courau), ou encore le mari de Véronique (Denis Podalydès), étaient allés au bout de leur aventure.

Je les adore ces comédiens,  c'était parfois un creve coeur mais sincèrement à mes yeux, leurs personnages  avaient fini leurs parcours  et j'ai choisi uniquement ceux dont le parcours n'était pas fini.

L’histoire devait avancer sans se répéter :   par exemple,  il était important que Véronique (Karin Viard) vive des rapports différents avec ses enfants.

 Gaspard, c'est différent puisque son personnage existe toujours mais c'est un autre comédien Guillaume Labbé - qui le joue. Il faut dire que Gaspard   débutait  juste à l’époque d'"embrassez qui vous voudrez", et depuis, c'est devenu une star. En le prenant, je risquais de perdre le côté choral du film. Je lui ai expliqué mon problème-je ne voulais surtout pas qu’il se sente évincé- et ai cherché un autre acteur, très différent.

Dès les essais, j’ai su que vait l’équilibre et la solidité qui convient au fils de Véronique. C’est le seul de cette famille à avoir du bon sens. Il a tout sur le dos et il assume. Il a remplacé le père.

©Arnaud-Borrel-2 Baz'art  : Et le personnage que joue Jacques Dutronc , pourquoi le voir si peu finalement à l'écran, vous trouviez aussi que son personnage n'avait plus grand chose à défendre?

Michel BLANC:Non, pour Jacques,  c'est différent, vous connaissez le bonhomme il ne peut accepter de rester sur paris plus de deux nuits donc on ne pouvait tourner plus de scène avec vous et j'ai déjà eu de la chance qu'il dise oui, le bougre  car c'est pas forcément gagné ( rires)!!

Baz'art : Quant aux nouveaux personnages qui arrivent dans ce nouveau volet, qu'est-qui a animé votre choix d'écriture et de casting?

 Michel BLANC:Jean-Paul (Rouve), je le connais depuis pas mal d'années, j'adore ce type et j’adore aussi  le nouveau personnage de Julien : je lui ai écrit un rôle de salopard assez copieux que j'aurais pu jouer moi même il ya quelques années  ; mais il arrive vraiment à trouver l'équilibre idéal dans son jeu.

Et puis je voulais qu’il y ait des jeunes, je rêvais notamment de mettre en scène William Lebghil avec qui j’ai tourné deux films («Les Souvenirs », de Jean-Paul Rouve, et « Les Nouvelles aventures d’Aladin », d’Arthur Benzaquem, NDLR). et j'avraiment imaginé pour lui le personnage d’Alex.

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  Baz'art  : Quelle sensation prédomine le fait se retrouver derrière la caméra après seize ans d’absence : l'excitation ou la peur de ne plus y arriver?

Michel BLANC: 

C'est un sentiment très mélangé. J’ai eu un trac énorme de décevoir des gens avec lesquels j’avais déjà travaillé. Je pensais : «  Et si ce que tu as écrit n’est pas si bien que ça ? Est-ce que ton découpage est le bon ? »

Je n’avais pas peur d’avoir perdu la main, mais j’avais peur de décevoir et je m’en refusais le droit. Certains matins, il m’est arrivé de me lever en ayant peur d’une scène ; la journée passait, je me rassurais : « Ça va, elle n’est pas mal »… »

 Je dis souvent que j’ai besoin de deux conditions pour accepter un rôle : que je le trouve intéressant – et le scénario avec, bien sûr-, et qu’il me fasse peur. Si j’ai peur, je sais que je vais être stimulé. Ce n’est pas une peur inhibante, au contraire, c’est une peur motrice, un bon trac.

Et passer à la réalisation, en fait, cela revient un peu au même.

Baz'artEt l'accueil du public, est ce quelque chose que vous redoutez aussi (NDLR l'entretien a été réalisé avant la sortie du film et malheureusement le film a connu un démarrage deux moins fort que le premier volet) ?

Michel BLANC:

Le retour du public est très important,  celui de la critique aussi, j'ai toujours très peur des réactions  et notamment que les gens ne rient pas.

J'ai tendance à dire que j'ai beaucoup de respect pour le public ,mais en même temps, plaire à tout le monde c'est  aussi plaire à n'importe qui et ca je ne veux pas forcément ( sourires)..

Mais si ce "n'importe qui"  n'est pas très nombreux, je vous avouerai que ca me plairait pas mal sur ce coup là( rires)!!