Voir un classique adapté pour la première fois sur scène, ça vous dit ? Allez faire un petit tour du côté du Théâtre du Ranelagh, le jeu d'Aurélien Houver en vaut la chandelle...

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Vous la connaissez tous certainement, l'histoire de cette impitoyable guerre ouverte entre Brasse-Bouillon, ses deux frères Freddy et Cropette, et leur terrible mère, l'abominable Folcoche. Les trois frères ressentent pour elle une haine tellement forte, que la simple idée de l'appeler "Maman" suffit à leur donner des nausées, qu'ils ne rêvent que d'une chose, c'est qu'une maladie la terrasse, qu'un cours d'eau violent l'emporte afin qu'elle disparaisse, qu'ils puissent enfin lui rendre les coups de bâtons et de fouets qu'elle leur assène pour un oui ou pour un non. 

Ce que vous ne connaissez peut-être pas encore - et j'espère que cette chronique achèvera de vous convaincre de vous rendre au Théâtre du Ranelagh -, c'est le travail d'adaptation et de mise en scène exceptionnel réalisé par Victoria Ribeiro et Aurélien Houver autour de ce classique qui, comme tous les classiques, ne vieillira jamais.

Au beau milieu de la scène s'élève un arbre, immense, le seul qui ait été épargné par la gravure "VF", marque de haine mêlée de désespoir signifiant : "Vengeance Folcoche." Cet arbre, c'est un taxaudier, qui sert de refuge pour Jean, alias Brasse-Bouillon qui tantôt s'y cache, tantôt s'y agrippe. C'est aussi un clin d'oeil à la compagnie du même nom qui a eu la merveilleuse idée de mettre pour la première fois en scène ce chef d'oeuvre d'Hervé Bazin - selon certains dires, autobiographique - au théâtre. Après avoir vu Folcoche sous les traits de Catherine Frot ou Alice Sapritch au cinéma, apprêtez-vous à la voir sous ceux de... Aurélien Houver, lui-même. En effet, c'est lui, qui va tour à tour incarner chacun des personnages de cette tragédie familiale : aussi bien sa mère, que son poltron de père, tout petit devant cette femme impressionnante de méchanceté, ses deux frères, les Pères qui se succèdent les uns après les autres pour faire leur éducation, puis partent comme ils sont venus, laissant au prochain le soin d'être aussi impitoyable que la mère de famille.

Aurélien Houver arrive à camper chaque personnage avec une absolue justesse, une telle netteté que l'on arrive immédiatement à identifier de qui il s'agit, avant même qu'il ait ouvert la bouche. Ses mimiques, cette façon de se mettre de profil lorsqu'il incarne ses parents, cet air pincé qu'il prend pour sa mère, ces timbres de voix qu'il emprunte... Toutes ces caractéristiques nous donnent l'impression d'assister non pas un seul-en-scène, mais à un spectacle avec une foule de personnages.

La mise en scène efficace de Victoria Ribeiro nous permet de nous concentrer sur l'interprétation de ce comédien qui déploie toute une galerie de personnages, mais aussi sur ce texte. Malgré son caractère tragique, on ne peut s'empêcher de le trouver beau, tellement l'auteur manie les mots et les sentiments avec précision, tellement il excelle à traduire la violence, sans omettre une once d'humour noir et de cynisme.

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Un énorme bravo pour le travail de cette compagnie ! Et si vous vous posez encore la question, oui, c'est une pièce que l'on peut voir en famille !

Vipère au Poing, mise en scène de Victoria Ribeiro, au Théâtre du Ranelagh5, rue des Vignes,  75016 Paris, du mercredi au samedi à 19h et dimanche à 15h, supplémentaire lundi 31 décembre à 19h