Cette semaine sur Baz'art, on va mettre en avant deux sélections de romans courts ou nouvelles, pour tous ceux qui  aiment lire mais manquent un peu de temps.

Commençons par la première d'entre elles, avec un roman américain, un danois et un français qui sont aussi brefs qu'intenses, chacun dans leurs genres : 

 1 Pêche, Emma Glass ( Flammarion)

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  «  Poisse épaisse poisseuse empoissant la laine lourde engluée dans les plaies, mes pas pressés ravaudant ma peau fendue, ma mitaine humide raclant le mur. Briques rouges rêches déchirant la laine. Déchirant la peau. »

Cette histoire de viol et de survie après viol est un vrai  OVNI littéraire :  à la manière d'un conte cruel, terrifiant, glauque, angoissant.,  Emma Glass nous parle de  traumatisme mais en même temps de résilience. 

Un roman atypique, une manière détournée de parler de la violence faite aux femmes.

Dès les premières pages on prend comme un uppercut cette écriture très particulière, poétique, rythmique  : cette langue musicale pour parler de l'innommable, de l'indicible de cette adolescence brisée et meurtrie.

"Je t'aime Lincoln. Lincoln. Il a un nom et il aime. Je plie la feuille en deux, en quatre, la glisse dans ma poche et de mande comment il a pu se servir de ciseaux avec ses grosses saucisses de sadique. Je frisonne et chasse son ombre de mon épaule. Je vais me concentrer, oublier et penser à Vert."

Emma Glass donne le ton avec un univers particulier  loufoque et surréaliste (« Mon ventre ne cesse de grossir et d’enfler, de ballonner. »), dans un état mental qui correspond à celui de Pêche et  pensées lancinantes qui créent  un rythme et une musicalité  particulièrement travaillée, les mots sont choisis, assemblés créant un. Un premier roman à découvrir pour les amateurs d’expériences littéraires ( tout le monde n'y adhérera pas forcément).

2 La fille hérisson; Jonas T Hérisson (Denöel)

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«  Suz déteste des tas de gens. Et des tas de choses. Non, en fait, détester, ce n’est pas le bon mot. Suz méprise. Elle méprise tant de chose que ça l’épuise presque. Et Suz habite dans un quartier où ce n’est pas difficile de mépriser. »

Suz une jeune fille qui semble une ado de 12 ans ne veut s’embarrasser de rien, ne veut ou ne peut s’embarrasser de rien ? Elle n’a que 19 ans mais déjà une histoire de vie très compliquée, un frère jeune militaire entre la vie et la mort et surtout un père qui a commis l’irréparable et qui pourrait bientôt sortir de prison. Alors Suz pour affronter cette nouvelle épreuve est prête à tout, mais vraiment prête à tout.

« Suz a essayé de rendre son père humain. Une personne qu’on peut piquer, découper, qui saignera et mourra comme n’importe qui. Mais le père de Suz n’est pas humain. »

Réalisme social, cru et sans fioriture. Ecriture cash, comme le cash et le shit qui passe de main en main, loin très loin de l’image policée et idéale du royaume du Danemark. Sec,  presque documentaire, le récit se fait conte lorsque Suz, jeune femme mal grandie, se retrouve dans la maison isolée d’un prétendu ogre.

Un conte tendre et cruel où les potions magiques sont à base de puissant somnifères, et les princes charmants en dreadlocks de gros fumeur de hash. Suz est juste une petite princesse oubliée au septième étage de sa tour de banlieue. Suz une petite fille du siècle.

3.Deux femmes, Denis Soula ( Joëlle Losfeld)

2018-10-08-20

 

" Parce que nous sommes toutes deux les deux, j'endosse le tablier du présent, des sourires et de la vie forcée : je m'occupe d'elle, la nourris, la réchauffe: ça me fait tenir debout, me cloue dans la réalité. Je ne vais pas chercher plus loin . Nous avançons lentement hors du malheur".

Entre la longue nouvelle et le roman court  “Deux femmes” nous présente les portraits de deux  femmes très différentes,   une tireuse d'élite au sein des Services Secrets. et une mère monoparentale qui a perdu tragiquement sa fille ainée deux femmes qui ont toutes deux le point commun d'avoir connu des épreuves terribles et d'être determinées et de lutter envers et contre tout.

Denis Soula raconte avec précision et sensibilité, ces deux  parcours très différents  qu vont finir par se croiser.

L'intime et le spectaculaire combine habilement, dans la façon dont ces deux femmes vont être réunies malgré elles le temps d'une nuit tragique, sous les balles d'un commando armé.

"J’avais toujours pensé que je vivrais paisiblement dans un domaine comme celui de Montesquiou, à la campagne, au milieu des bêtes, mais j’habite dans de grandes villes et les seules bêtes que je fréquente, ce sont les bourreaux que les Services me demandent d’éliminer. "

Certes, on aurait aimé parfois plus d'exploration psychologique et le côté trop court du roman laisse un peu trop de zones d'ombres  mais on appréciera la grande finesse et justesse de ces beaux portraits de femmes.