Hasard de notre calendrier éditorial: deux chroniques sur la danse en ce dernier jour du mois d'octobre, même si les deux danses présentées n'ont rien à voir..après l'electro danse de Fred Riester,  un petit tour dans les bals traditionnels mis à l'honneur au cinéma ce mercredi par Laetitia Carton : lgb120x160ld

Il y a plus de deux ans j'ai eu la chance d'interviewer la cinéaste Laetitia Carton pour la sortie de son film  sur la surdité "J’avancerai vers toi avec les yeux d’un Sourd".

A cette occasion, je lui avais fait remarquer que ce film là et son précédent consacré au Bdéiste Edmond Baudouin, avaient comme démominateur commun, le soin presque chorégraphique qu'elle semblait apporter aux gestes et aux corps.

  A cette remarque,  la cinéaste m'avait repondu qu'elle considérait en effet la danse comme la plus belle trace de notre humanité, et que pour corroborer son propos, elle était justement en  train de préparer un film sur la danse et le bal.

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Plus de deux ans après, le dit film sort en salles, précédé d'une rumeur flatteuse ( d'une belle projection sur la plage lors du dernier festival de Cannes), et bénéficiant d'une belle exposition pour un documentaire .

Ce film, titré simplement le Grand Bal est un épatant documentaire qui nous plonge dans la frénésie des "Grands Bals de l’Europe", qui ont lieu chaque année pendant 8 jours et 7 nuits à Gennetines dans l'Allier.

Plus de deux mille danseurs amateurs sont réunis pour un vrai marathon de la danse, jours et nuits :autour de cette  parenthèse enchantée, on y danse pendant 7 jours, non-stop; Les musiciens ne s’arrêtant jamais de jouer.

Pour tenter de capter ce tourbillon dansant , la caméra  de Laetitia Carton ( et des trois autres techniciens qui l'ont accompagné) colle irrémédiatement au tempo des danseurs,  glissant ou tournoyant avec eux  au plus proche de leurs corps .

Les films ( fictions ou documentaires) sur la danse sont légions, mais peu d'entre eux parviennent, comme le fait  "le Grand bal" à capter avec autant de fidélité et d'intensité le coté tournoyant et virevoltant de la discipline.

 La caméra de Laetitia Carton est souvent placée au centre du parquet, avec les danseurs pour que le sentiment d'immersion soit total.

En fait, "le  Grand Bal ", c'est un peu l'anti danse avec les stars:il ne s'agit pas de donner des notes ni de glorifier l'exploit sportif   ou artiste mais bien de louer la capacité de rassemblement dont la danse est capable,  une communion des corps et des esprits singulière.

"Le Grand Bal"  réussit à montrer  une autre manière d‘être ensemble,d'être vivant, de danser, de partager la danse et la musique,  à rebours de ce que notre société nous propose aujourd'hui.

Mais ce Grand Bal est aussi un film sur la transmission. On voit que Laetitia Carton éprouve un plaisir énorme à communiquer au spectateur ce plaisir de la danse , comme un inconnu lui a transmise à elle même quand elle avait 7 ans et là c’est une transmission à grande échelle.


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 Le film- et la manifestation aussi exhument un pan d'une culture française oubliée : les danses régionales traditionnelles apparaissent ici loin de l'image poussièreuse qu'on lui colle trop souvent le patrimoine culturel régional français est bien vivace.

Le film s'adresse à tout le monde, même (surtout?) les piètres danseurs: à cet effet, elle met de coté toute vertu   pédagogique pour mieux se laisser emporter par ce formidable tourbillon de rythmes folkloriques, qu'on vous en voudrait de ne pas plonger dedans dès ce mercredi en salles.