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On en avait chanté les louanges à l'occasion de sa sortie en salles: "Pupille" est un film bouleversant sur le parcours de l'adoption en France. 

Ce film, qui connait un beau succès en salles ( 400 000 spectateurs moins de quinze jours après sa sortie en salles, porté notamment par un très beau bouche à oreille, ) attire le regard sur l'adoption,  mais va bien au-delà du sujet qu'il aborde.

On avait  eu la chance d'échanger quelques semaines avant la sortie du film, avec sa cinéaste Jeanne Herry,   une personne aussi enthousiaste, et sensible  que son film  : 

INTERVIEW DE JEANNE HERRY, REALISATRICE DU FILM "PUPILLE"

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 Baz'art :  Bonjour Jeanne, et merci pour votre superbe "Pupille"..question bateau pour commencer :quel est le point de départ du film?

Jeanne Herry : Le point de départ de "Pupille", c'est l'appel d'une de mes proches, qui m'a annoncé un jour qu'elle venait d'obtenir un agrément pour adopter un enfant.

Je sentais dans ce message  une telle euphorie en elle mais en même temps une telle inquiétude  de savoir notamment d'où venait le bébé, s'il allait l'accepter en tant que mère, que j 'avais un peu de mal à en comprendre tous les enjeux qui en résultaient..

Et pour essayer de les comprendre, je me suis dit qu'il serait intéressant de montrer dans un film ce cheminement assez particulier qu'on avait peu traité au cinéma, en tout cas pas sous l'angle sous lequel j'avais envie de le traiter.

J'ai  demandé  à cette personne l'autorisation de fouiller le sujet, de rencontrer les intervenants sociaux, étant entendu qu'il n'était pas question que je raconte sa propre  histoire.

Je suis partie dans le Finistère où j’avais récupéré  un ou deux contacts  et j'y suis allé plusieurs fois pour avoir une base de départ pour écrire la première version du scénario.

IMG_20181108_181626Baz'art :Et de ces rencontres avec les services de l'ASE de Bretagne, qu'en avez vous retenu de fondamental pour la mise en place de votre intrigue ?

Jeanne Herry :  Pour résumer, disons que j'ai assez vite compris que la tâche de ces travailleurs sociaux était de trouver des parents pour un bébé, pas de trouver un enfant pour des parents en manque (NDLR: un des dialogues essentiels du film) et ce fut une véritable révélation.

J’ai trouvé des dispositifs de fiction intéressants dans la matière documentaire.

Tous ces protocoles autour de l’adoption, je les ai trouvés fantastiques, avec un degré de civilisation et de pensée  assez formidable.

 Moyenne

 Baz'art: D'ailleurs, ce qui marque les esprits avant tout dans Pupille, c'est avant tout la célébration du collectif, non?

Jeanne Herry : Oui, tout à fait, je l'ai voulu avant tout construire une oeuvre chorale qui parle de la beauté et la puissance du travail collectif.

Au départ du film, et de toute demande d'adoption, il y a une équation qui est, mine de rien, d'une simplicité évidente  : on a au bout d'une chaine une femme qui ne veut pas de son enfant, et à l'autre bout, une autre  femme  qui  veut un  enfant..

L'important à mes yeux était de montrer et raconter comment  tout un collectif  se mobilise et se met en branle pour rendre possible cette équation.

Les endroits où les gens pensent et font confiance au collectif me rassurent, et je trouve qu'il n' y en a plus tant que cela dans notre société actuelle, donc oui, un des objectifs assumés de "Pupille" était bien de mettre ce collectif à l'honneur.

 

pupille_film Baz'art: Outre cette valorisation du collectif, Pupille met également en avant le fait de "parler vrai "au bébé..c'était également une autre des messages que vous vouliez faire passer à travers ce long métrage?

Jeanne Herry : Oui, par la force des choses, j'ai beaucoup aimé aussi, lors des multiples observations que j'ai pu faire pour préparer le film,  toutes les  séquences de face-à-face, ce fait de parler sans arrêt au bébé.

Evidemment, Françoise Dolto est passée par là,  et tout ce que je découvrais  à ce sujet représentait déjà dans mon imaginaire de potentielles séquences de film à mettre en scène.

 Baz'art: Question très pragmatique, ce sont de vrais bébés qui jouent dans le film?

Jeanne Herry : La plupart du temps oui, ce sont de vrais bébés, disons qu'il a juste fallu pallier les interdictions  légales françaises de filmer des bébés de moins de trois mois, donc on est allés tourner en Belgique, où les normes sont moins contraignantes.

Après, comme c’est, comme je viens de le dire, un film  qui met  en scène la réceptivité des bébés au langage verbal, il n’était  donc pas question de prendre le moindre risque, de les traumatiser avec  des scènes où ils auraient entendu  :«ta mère n’a pas voulu de toi » ( sourires). Donc, sur ces séquences potentiellement fortes, les  acteurs parlaient tous avec des poupons en plastique...

Pour la petite anecdote, dans la scène de la fin, quand Élodie ( Bouchez) rencontre le bébé (Théo)  et se fissure en lui expliquant combien elle est chavirée de rencontrer son fils, elle le dit à un poupon en plastique ..

C'est d'ailleurs amusant, car en revoyant cette scène à la première projection publique, Elodie avait complètement oublié qu'elle avait tourné avec un " faux" bébé.

  Baz'art : en parlant d'Elodie Bouchez, on peut dire que c'est une des vraies révélations de votre formidable casting, cela fait longtemps qu'on ne l'avait pas vu dans un tel rôle , quasiment depuis "la vie révée des anges", non?

┬® 2018 TRE╠üSOR FILMS - CHI-FOU-MI PRODUCTIONS - STUDIOCANAL - FRANCE 3 CINEMA - ARTE╠üMIS PRODUCTIONS 3Jeanne Herry :  Ah je ne dirais pas exactement cela,  elle a fait quand même quelques beaux rôles ces dernières années, même si c'est vrai qu'on ne la voit pas assez sur grand écrna..

En tout cas, pour ma part, j’ai  choisi  Élodie car je trouvait qu'elle était l'actrice idéale pour incarner cette femme très solaire, éclatante, discret petit soldat, forte sans être pour autant une caricature de bulldozer.

Baz'art:  Et c'était important pour vous de masculiniser un peu les aidants familiaux avec le personnage de Jean, joué par Gilles Lelouche?

Jeanne Herry : Oui, c'était essentiel à mes yeux de mettre des touches de "testostérone" dans cet univers  effectivement  très féminin ( sourires).

C'est pour cela que j'ai choisi un bébé garçon, et également un assistant familial homme.

J’avais rencontré un homme au cours de mes recherches en Bretagne , car le métier commence à se masculiniser,  et je me suis dit que  faire revisiter les gestes du soin apporté à un bébé en les faisant jouer par un homme ’était quelque chose de  stimulant et de différent à filmer.

Un homme, et si possible un homme un peu viril, qui a incarné une masculinité sans amibiguité au cinéma, comme c'est le cas pour Gilles, du moins avant cette année 2018 (sourires) , c’était avant tout  l’assurance d’un certain étonnement et également, pour moi et pour le spectateur d’une image d'une force manifeste.

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 Baz'art :Votre film aurait du s'appeler Les champs de fleurs. Pourquoi avoir finalement opté pour ce titre "Pupille", qui me semble plus pertinent, ne serait-ce que par son double sens  évident (pupille du regard/pupille de l'état)?

Jeanne Herry : Merci  tout d'abord de me  dire que mon premier titre n'était pas pertinent (sourires)..

Pendant près de deux ans je me suis pourtant solidement accrochée à ce titre, c'était celui qui était toute la durée du tournage, et d'autres que vous n'aimaient pas et ont lourdement insisté pour que j'en prenne un autre..

Pourtant , "les champs de fleurs", cela  fait référence à un dialogue du film, et je l'aime vraiment bien; mais bon,  j'avais un peu peur  aussi que comme je l'ai connu pour "elle l'adore", les gens se trompent et disent  régulièrement un autre titre. Au moins "Pupille",  il n'y a pas de risques de se tromper.. et je vous l'accorde, le double sens de ce titre est intéressant.

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Je portais beaucoup d’attention, lors du tournage, à la place de mon  regard et d’ailleurs,  je  me  suis  demandé tout  au long de la réalisation quel était mon point de vue sur chaque séquence, et d’où regarder chaque situation et chaque personnage..

"Pupille" est un film sur la nécessité du  langage, comme vous l'avez fait justement remarquer, mais aussi sur l'importance du regard,  et j'espère que les spectateurs y seront sensibles..

 Baz'art: Il n'en fait aucun doute, chère Jeanne..Votre film devrait  assurément connaitre un bien beau succès en salles..

PUPILLE : bande-annonce