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« L’attitude de mon père envers la religion était complexe et rarement formulée en ma présence. De nombreux membres de sa famille étaient ce que l’on nommait des baptistes primitifs, et il ne serait pas injuste, selon les critères les plus raisonnables, de les déclarer d’une spiritualité excessive.

Pris collectivement, ils se situaient entre le fondamentaliste et le fanatisme sur l’échelle de la religiosité, certains d’entre eux approchant d’une dévotion frénétique d’ordinaire réservée aux malades mentaux ou aux malades simulateurs qui exploitent la religion pour quelque profit personnel. »

Le livre de mon père, dans la région pauvre du sud des Appalaches. Une grande maison gothique, lugubre demeure en haut de la colline. Harry junior, le narrateur raconte son enfance auprès d’un père fantasque, un avocat dilettante et perpétuel futur écrivain du grand roman américain.

Un père qui rêvait d’écrire une grande saga, Sudiste évidemment, dans la lignée de William Faulkner ou Mark Twain et que toute la famille attendait avec impatience.

Un père  trop tôt disparu qui laisse un vide abyssale et fracture cette famille déjà fragile. Harry devra partir, quitter lui aussi le nid pour s’aguerrir, se renforcer et pouvoir revenir pour affronter sa vie.

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Qu’est-ce qu’un roman Sudiste ? Simplifions les choses : une saga familiale très littéraire, poétique même, gothique et surtout très mélancolique.

Si en plus, le fils joue  Mozart ou Chopin sur le grand piano à queue de la grande et sombre salle de musique, tandis que le père transpire sang et eaux sur sa vieille Remington et que la petite sœur assise sur l’escabeau de l’immense bibliothèque découvre Edgard Allan Poe sous l’œil attendri mais inquiet de la mère, nous avons là le grand roman américain qu’Harry sénior n’écrira jamais.

Sacrée mise en abyme littéraire qui fait se demander au chroniqueur : « bon sang ! comment donner envie de lire ce roman  élégiaque formidablement triste et mélancolique ? ».

C’est simple, il est prouvé que la littérature mélancolique est un excellent remède à la mélancolie. Et croyez-moi je suis un expert en mélancolie.

 
Les Jours de Silence, de Phillip Lewis, Traduction de Anne-Laure Tissut, Editions Belfond, 427 pages, 22 euros.