mangeur

"Chaque codex a son odeur, en fonction des animaux sur lesquels le scribe a fait son travail, et c’est parfois tout un troupeau qui continue de vivre dans un livre, comme dans les bibles du neuvième siècle, que l’on fabriquait en cousant la peau de deux cent dix moutons ; chaque livre a son parfum, d’après la solution de chaux employée pour nettoyer sa peau, de son pliage spécifique et de la nature des pigments qu’on utilise pour les lettrines et les enluminures."

Dans la lignée du San Perdido de David Zuckerman dont on a récemment parlé Le mangeur de livres, le premier roman de Stéphane Malandrin montre également une facette de la littérature française loin des auto fictions et des appartements bourgeois du 16ème.

Stéphane Malandrin, connu dans le milieu du cinéma pour avoir co réalisé avec son frère Guillaume les long-métrages  belges Où est la main de l’homme sans-tête (2009),et Je suis mort mais j’ai des amis(2015), nommé au César du meilleur film étranger nous plonge dans la destinée d'un type incroyable,Adar Cardoso qui vit  à ­Lisbonne à la fin du XVe siècle.

Le narrateur, Adar Cardoso, est né en 1476, d’une Juive persécutée fuyant l’Espagne vers le Portugal. À Lisbonne  elle devient l’amie d’une Portugaise qui accouche le même jour qu’elle, mais décède en couches. Adar est recueilli par Rosa qui l’élèvera avec son fils Faustino.

Comme son surnom "le ­mangeur de livres",  l'indiquait "cet orphelin consommait  des livres- des codex comme on les appelait à l'époque- comme de la nourriture, il mangeait les livres,, de la ­première à la dernière page, avec un appétit insatiable avec une addiction assez incroyable; les  bibliothèques étant  devenues un étonnant garde-manger

Un personnage ­énigmatique et ­fascinant,  dont Stéphane Malandrin nous raconte les ­rocambolesques  et philosophiques  aventures d’un jeune juif converti au catholicisme dans le Lisbonne du XVe siècle. Orphelin, le jeune Adar est recueilli par une certaine Rosa da Silva et se lie d’une intense amitié avec son fils, Faustino.

Champs lexical fleuri,  rythme endiablé  Malandrin  va du coté du roman rabelaisien, un peu à la manière d'un Jean Teulé, avec la démesure que cela implique .

Une chose est sure avec ce roman  particulièrement roboratif  et assez hors normes  et forcément pantagruélique, Stéphane Malandrin a de quoi réchauffer nos longues soirées d'hiver.

Stéphane Malandrin – Le mangeur de livres — Seuil — 9 782 021 414 547 – 17 €