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On en parlé en début de cet hiver littéraire: le chanteur lyonnais Kent, connu pour sa riche carrière musicale ( il a récemment fêté ses 40 ans de carrière avec une belle intégrale), revient en ce début d'année 2019 (enfin!) à la littérature, et ce, de façon remarquable et remarquée.

"Peine perdue", son nouveau roman raconte l'histoire d'un musicien qui se retrouve l'oeil et le coeur complètement sec, une fois confronté au deuil de la femme qui a partagé sa vie.

Même si ce n'est pas à proprement parler un roman policier, Kent, qui a écrit des polars dans les années 80, sera présent à la fin du mois de mars à Lyon, pour le prochain "quais du pola"r - qui a dit qu'on parlait quasiment que de cela en ce moment?- avec notamment une rencontre musicale avec le mythique Philippe Manoeuvre ( toutes les infos à la fin de notre interview).

Kent et Lyon c'est une belle histoire qui dure, et on a eu l'immense honneur de profiter de ses passages réguliers dans sa ville natale pour s'attabler  avec lui dans un café bio- l'homme est particulièrement sensible à la cause environnementale-  et pendant près d'une heure on a échangé autour d'un maté...

 Interview KENT/ Baz'art/ pour son roman " peine perdue" 

 Baz'art :  Vous avez dit dans une interview à la radio que ce livre est parti  d’un événement   personnel , lorsque vous avez  appris la mort d’une amie et que vous n'avez pas forcément réagi comme vous aviez prévu de le faire en pareilles circonstances …Pourquoi avez-vous eu envie d’aborder ce sujet là par le biais de la fiction et le roman et non, pas par le truchement d'une chanson, votre mode d'expression favorite ?

 Kent: Vous savez,  mon cher Baz'art, i y a toujours du personnel au départ d'une oeuvre, que ce soit un roman ou un chanson..

On picore forcément à droite et à gauche dans sa propre vie ou celle de ses proches...

En ce qui concerne le départ du roman, c'est exact : il y a de cela une bonne dizaine d'années, voire plus,  j'ai appris  le decès  d'une amie proche à ma femme et moi  et  je me suis surpris à ne pas éprouver le chagrin que j'aurais pu penser ressentir, du moins dans un premier temps.

Comme c'était l'été, qu'on était bien, je me suis surpris à penser un truc comme "mais pourquoi elle vient nous gâcher ce moment avec sa mort, elle ? " . 

Heureusement, si je peux dire, le chagrin est arrivé  assez vite, mais quand même,  cette première  réaction que j'avais ressentie m'a consterné,  et je me suis alors imaginé ce qui pouvait arriver dans la tête d'un type qui réagirait comme cela, mais sur un plus long terme, et avec quelqu'un d'encore plus proche, comme sa conjointe...

Sincèrement, il ne m'est jamais venu à l'esprit d'en tirer une chanson, j'ai vite pensé que j'avais le matériau nécessaire pour un roman, même si la conception dudit roman a été quelque peu laborieuse et m'a pris plusieurs années à le faire.

 Baz'art : Mais justement, alors que votre dernier vrai roman "Vibrato" date de plus de dix ans,  qu'est qui vous a donné envie de vous exprimer à nouveau  par le biais de la littérature, l'envie d'assumer ce côté touche à tout dont vous semblez être assez fier …  ?

  Kent :  Fier, je ne sais pas,  mais oui, j'aime bien alterner les styles et les  modes d'expression,  je trouve qu'on met tellement les artistes dans les cases et cela m'a toujours beaucoup angoissé, donc c'est vrai que j'ai un côté " couteau suisse"  si je peux dire, dont je ne suis pas forcément mécontent. ( sourires) .

Disons que j'ai eu une phase musicale assez longue, entre la sortie fin 2017 de " la grande illusion"  et la longue tournée qui s'en est suivie qu'ensuite j'ai un vrai besoin de m'isoler et de me retrouver ce que je fais actuellement avec un projet d'écriture de BD.. 

Et  "Ppeine perdue", que j'ai commencé à écrire il y a déjà 4/5 ans, résultait également d'une période où j'avais besoin de solitude et d'un mode d'écriture autre que celle de la chanson...  

Mais sincèrement,  je l'avoue: je mets un temps considérable à ciseler chaque phrase, à ce que chaque tournure de phrase sonne le plus juste, donc voilà ce qui explique également ce temps particulièrement long entre chaque roman. publié. Et heureusement que mes romans ne font pas 500 ou 600 pages, car cela serait encore bien plus long entre deux publications, j' en ai bien peur ( sourires) 

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Baz'art : Comme dans Vibrato, qui sondait déjà le milieu de la musique, le personnage principal de "Peine perdue" est un musicien .. C'etait si important pour vous de parler de ce que vous connaissez et d'un milieu qui apparait ici sous un angle assez désabusé ?

Kent : Ah oui tout à fait, dans pas mal d'oeuvres que j'aime particulièrement, j'apporte beaucoup de crédit au réalisme et au fait que l'auteur sache de quoi il parle, cela se voit tout de suite si celui ci connait  mal le milieu qu'il décrit, le côté artificiel te saute vite à la gorge..

Mon personnage principal est un musicien, et c'était assez logique qu'il le soit, pour d'évidentes raisons de réalisme et de crédibilité… Comme vous le dites,  je connais quand même pas mal le secteur depuis le temps et je pense l'avoir suffisamment bien observé pour en parler.

Cela étant dit, ce Vincent n'est pas du tout moi et pas seulement parce qu'il est claviériste et accompagnateur de concert, ce que je n'ai jamais été ( rires). 

Le regard  effectivement plutôt désabusé  que Vincent porte sur l'industrie musicale n'est pas  le mien, je préfère que les choses soient claires, afin que le lecteur ne cherche pas à nous confondre (sourires)..

Baz'art: Et  c'est pour cela que vous avez choisi la narration à la troisième personne , cela  vient justement de cette volonté de vous mettre à distance de ce personnage principal?

Baz'art: Oui, en effet, il fallait  prendre la distance nécessaire  avec ce personnage et cela passait par le "il"..

Mais vous savez,  pour revenir à votre questin précédente, si Vincent a ce regard un peu désenchanté , il le doit en grande partie au fait qu'il y a beaucoup cru à une époque et que malheureusement il y a laissé pas mal de plumes et sa sensibilité en a tari, du coup il porte une armure , joue un personnage, constamment , c'est la meilleure façon pour lui de se blinder...

Personnellement, le fait d'alterner les disciplines, comme je vous le disais,  a été l'occasion de faire un pas de coté de ce milieu et de ne pas avoir justement à porter d'armure et d'être un autre que moi même  (sourires).

 Mais en même temps, je ne trouve pas que la vision du monde de la musique qu'on perçoit dans mon roman est si négative que cela: par exemple, Kevin, la star qu'accompagne Vincent n'est pas une diva totalement cynique et décébrée,  et on voit bien,  à la fin du livre, que le milieu n’est pas que fait de requins qui pensent qu’au profit…

Il était même important pour moi de pas donner une vision trop manichéenne de l’industrie musicale actuelle, honnêtement, je ne suis pas du tout le genre de type qui pense que c'était mieux avant dans le monde de la musique.

Je trouve que l'industrie musicale doit faire face à tout un tas de mutations, et c'est pas si mal que cela de devoir faire preuve d'adaptabilité .

Alors, évidemment,  on est loin de l'époque où tout était axé sur la vente de disques, vu que désormais,  plus personne n'achète de disques mais certaines de ces mutations  sont  positives et à mes yeux,   une vision totalement pessimiste de l'industrie musicale  aurait été totalement en inadéquation avec la réalité..

Baz'art : Certes, tout cela est exact, mais laissez moi quand même insister sur ce point, car,on le voit avec ce personnage de Vincent, le fond de ce Peine perdue est sombre, presque désenchanté, pas seulement dans la peinture de la musique, mais aussi dans celle de la vie de couple avec ce que cela engage en terme de compromissions en tous genres. Bref, peut- on dire que le Kent de la fin des années 2010 est plus sombre que celui des années 2000 ?

  Kent :  Oh, j'espère pas non, en tout cas je n'ai pas cette impression ( sourires)... 

En revanche, ce qui est sûr, c'est que notre époque est plus sombre qu'il y a 20 ans, et surtout, le cynisme y est beaucoup plus prégnant....

Le personnage de mon roman s'est construit une carapace pour ne plus ressentir d'émotions trop fortes, c'est un peu le mal de nos contemporains, j'aurais tendance à dire, on a tous plus ou moins tendance à se blinder un peu trop  et à devenir insensible à tout..

Malheureusement, cela ca fait tout un monde de ricaneurs, le ricanement général est à mon sens très symptomatique de notre époque..

Et ce qui m'intéressait,  à travers l'écriture de ce roman, c'était d'en choisir un parmi eux, et de lui faire un peu "la nique", lui faire traverser un parcours intérieur pour qu' à la fin de ce parcours, sa carapace commence à se fissurer.

Alors bien sûr,  la vision du couple de Vincent est quand même assez noire , avec cette "guerre de tranchée" et ces gouts de l’un  qui s’imposent  à l’autre, mais sans dévoiler la fin de mon livre, cette perception là sera bien différente, et c'est vraiment ce cheminement là qui m'importe , ce qui est primordial, c'est ce qu'est devenu Vincent à la fin du livre et non pas ce qu'il était au début.

Parce que de mon côté, si vous voulez tout savoir, je suis loin d'être aussi insensible que Vincent;  j'ai même tendance à avoir la larme facile, notamment devant des films un peu mélos, cela surprend souvent ma femme d'ailleurs ( sourires).

 Baz'art : Et pourtant cette perte d'illusions sur la vie de couple, je trouve qu'elle rejoint un peu l'impression que j'avais eu en écoutant votre dernier disque "La grande illusion" et vos chansons sur l'amour notamment, qui me semblaient plus noires que celles des années 90 …

Kent : Oh je ne suis pas forcément d'accord avec cela;  bien sûr qu'on peut retrouver des effets de miroir entre  mon dernier disque "la grande illusion" et ce roman, il y a forcément des paroles et des phrases qui se répondent les unes aux autres, et certaineemnt aussi un climat général, une tonalité, en commun.

Mais sincèrement, cela n'est pas du tout conscient, je cloisonne tellement les choses que je ne me dis pas " tiens je vais écrire cela dans mon roman juste pour approfondir ce que j'ai dit dans cette chanson il y a trois ans", cela ne serait pas terrible comme procédé, il me semble ....

Baz'art : Du coup, quand, dans la chanson "l’heure des adieux" vous chantez :"y aura des larmes, y ‘en a toujours dans ces moments "… et qu'ensuite vous écrivez ce "peine perdue" avec un héros qui ne pleure pas après un adieu, rien n'est calculé?

Kent ( rires) : Ah non non,  je vous assure que rien n'est calculé,  je n'y avais même pas songé à ce parralèle en fait....

Baz'art :  Il y a une autre dimension  importante de votre roman, ce sont les effets  assez dévastateurs du  temps qui passe... On a parfois  l'impression que quand il était en couple, Vincent se ne posait aucun regard sur lui, et c'est en tentant de séduire d'autres femmes, après la mort de Karen,  qu'il va se rendre compte de l'image pas forcément glorieuse que le miroir lui renvoie..

Kent :  Oui tout à fait, cette dimension du temps qui passe a toujours fait partie de mes grandes préoccupations pour ne pas dire mes grandes obsessions,.

Par ailleurs, comme vous le faites justement remarquer, et c'est en cela que je ne suis pas d'accord si on dit que ma vision du couple est négative, tant qu'il était aimé de Karent il était protégé en quelque sorte du  regard de l’autre  et  de cette réalité que l’on s’épargne ou  qu’on ne veut pas voir lui saute à la figure de façon assez cruelle...

C'est un fait établi,  quand tu dragues à 50 ans passés, on ne te renvoie pas du tout la même image qu'avant  tes 35 ans et j'avais aussi un peu envie de parler de cela en filigrane...

Vincent va se rendre compte que l'amour de Karen lui renvoyait un miroir plutôt flatteur sur lui-même, c'est cela qui caractérise à mon sens la force du regard de l'amour.

Bref, derrière le pessimiste de facade, vous êtes un vrai optimiste., cher Kent ! 

Kent : Voilà ( rires) , c'est vous qui le dites, mais je suis  évidemment d'accord avec cela, et pour ne rien vous cacher,je me sens même particulièrement euphorique en ce moment ( sourires)...

 Baz'art : Et du coup votre roman "Peine perdue " est beaucoup moins sombre que celui d'Olivier Adam ,sorti il y a quelques années,et qui portait le même titre que le votre ?

Kent : Oui on m'a récemment parlé de cette honomymie,  mais je n'ai pas lu ce livre et je n'étais pas au courant de son existence, lorsque j'ai proposé le titre.

En fait, je l'aime vraiment bien ce titre, il colle bien au contenu du texte, il renvoie  à une sorte d'introspection , d'enquête  même , pour tenter de retrouver cette peine qu'il a égaré, même si ce n'est pas un vrai polar évidemment..

Baz'art:  Ce n'est pas un polar, pourtant j'ai appris récemment que vous ferez partie des invités du prochain quais du polar, savez vous pour quelle raison?

Kent : Non, je ne connais pas vraiment la raison de cette proposition. Vous savez, je suis un garçon très poli, on m'invite alors j'y vais, s'il fallait à chaque fois que je me demande pourquoi on m'invite, on ne s'en sortirait pas ( rires)...

En plus cette manifestation  se passe à Lyon, ma ville natale, et j'aime beaucoup le genre du  polar donc je ne vais pas faire la fine bouche..

J'adore les polars, et notamment ceux de Donald Westlake, des romans dans lequels il n' y a pas forcément de meurtres, de flot d'hméoglobines,  et de crimes à résoudre à toutes les pages, mais qui sont bien plus le portrait d'une société et d'hommes un peu à la dérive, et à mon humble niveau, je pense avoir un peu essayé de faire cela....

Bref, je suis plus que ravi d'aller à Quais du Polar et de rencontrer le public lyonnais (sourires)...

Baz'art Et bien évidemment, on sera ravis de vous y retrouver aussi cher Kent..

 

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 À propos de Kent à Quais du Polar

Kent est né à Lyon en 1957. Il se fait connaître à vingt ans comme chanteur du groupe Starshooter et comme dessinateur de BD dans la revue Métal Hurlant. Tout en poursuivant son chemin d’auteur-compositeur-interprète et d’illustrateur, il touche au cinéma, à la radio et écrit des romans. C’est plus fort que lui. Pendant ce temps, il ne pense pas à mal. Note de l’éditeur Le Dilettante : juste quelqu’un de bien

 Autobiographie pour Quais du Polar

Avant d’être invité comme écrivain à Lyon, j’y suis né. Ça fait un bail. Ado, la BD m’a ouvert les yeux et le rock les oreilles. La vie, les rencontres, le hasard ont joué aux dés et je suis devenu quelqu’un qui m’aurait plu, tout gone, de connaître.

 

Rencontre Rock

Rencontre musicale avec Philippe Manœuvre et Kent autour du rock

Samedi 30 mars, Théâtre Comédie Odéon 14 h30 

Philippe Manœuvre et Kent vous donnent rendez-vous pour une rencontre musicale rock !

 Pour la sortie de son roman autobiographique, Rock, Philippe Manœuvre viendra partager ses nombreuses anecdotes qui mêlent les plus grands noms, en compagnie de Kent, chanteur (notamment du groupe Starshooter) et auteur de Peine perdue.

Le groupe de rock alternatif WHIST de l’ENM viendra jouer leur composition aux multiples influences. Le quintet est emmené par l’intraitable Juliette, jeune chanteuse pétillante et énergique qui vient définitivement clouer le bec aux quelques acrimonieux qui pensent encore que « le Rock, c’est pas pour les filles ».

La rencontre sera présentée par le journaliste Philippe Manche, . et on y sera, car on a déjà réservé nos places !!