Parmi les invités étrangers de  ce Quais du polar  dont on parle tous les jours ou presuqe ,  les lecteurs pourront rencontrer  Ron Rash et  Chris Offut , deux piliers du rural noir américain et du nature writing de l'Amérique sudiste,  qui a vu briller Larry Brown, Benjamin Whitmer ou  encore Daniel Woodrell .

On parlera très vite du second, mais commençons déjà par présenter le premier d'entre eux, qui avec son tout nouveau roman paru en France " un silence brutal", en librairie à partir de jeudi prochain, va faire du bruit :

 

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 "Je laisse mon vélo sur le parking. Alors que je pénètre dans les bois, c'est le parfum ample et pur des sapins baumiers. Plus loin, la senteur du moisi gorgée d'ombres.   Par des trouées dans la voute des arbres, le ciel use de pailles de soleil pour aspirer et assécher le terreau de feuilles baignées d'humidité."

 Ron Rash, j'ai  eu le plaisir de rencontrer en 2015 pour un long master class qui avait lieu dans le très beau cadre du théâtre des Célestins ( dont on  a parlé pas plus tard qu'hier, tout a un lien chez baz'art, non?) .

Mars 2019,  Ron Rash publie son nouveau  roman, « Un silence brutal »,dans la nouvelle collection de Noir chez Gallimard,  après avoir été longtemps publié en France aux éditions du Seuil.

 Dans son nouveau roman, on suit Les, shérif  qui, tout juste avant de prendre une  retraite bien méritée doit encore règler quelques dernières affaires de trafic de methadone  et en profiter pour mettre un peu d ordre dans ses souvenirs …

Il va croiser la route de  Becky, veuve d'un écolo-terroriste,  qui comme Les, porte son fardeau de souvenirs douloureux, notamment une fusillade dans une école, et qui ne supporte pas le sort réservé à son voisin,  Gérald, soixante-seize ans, amoureux des truites et des rivières, dont le fils est mort et dont le neveu prénommé Darby, drogué lui aussi, est devenu sa plus grande plaie …

On retrouve dans ce résumé  des thèmes qui sont aussi prégnants dans  tous les romans de Rash : la disparition progressive, lente mais inéluctable, d’un monde qui n’en fini pas de finir, le recouvrement symbolique par les eaux qui, avant de tout engloutir définitivement, fait ressurgir ce que l’on aurait voulu faire disparaître à jamais.

On aime toujours autant cette façon qu' Ron Rash  de raconter les histoires de gens dont on ne parle jamais, qui ne sont jamais les héros de rien, et de les rendre passionnantes et émouvantes, porté qu'ils sont par cette très belle écriture, qui n’en dit jamais trop, qui s’exprime tout en douceur - quand bien même la violence est terriblement, et toujours,  latente comme d'habitude chez l'auteur …

Et comme d'habitude également chez Rash on est subjugué par  la grande pudeur dans la description de ce monde en pleine bascule entre un passé qu’il convient de ne pas trop embellir et un futur  certes plein d'espoir du au progrès mais terriblement anxiogène pour tout le reste, et cette jeunesse  désemparée  qui est tellement accroc à la  la meth qu'ils en oublieraient presque un bébé planqué dans le micro-onde …

Et surtout, il y a cette nature environnante, si joliment décrite par l’auteur qui semble tant aimer ses chères Appalaches qu'il s'en sert toujours en décor de ces intrigues  …

 

rashRON RASH/ QUAIS DU POLAR

A propos

Né en 1953 en Caroline du Sud, Ron Rash est un poète inspiré par la région des Appalaches où il vit et un nouvelliste récompensé par de nombreux prix aux Etats-Unis. Admirateur de William Faulkner et de Jean Giono, il est l’auteur de six romans dont Une terre d’ombre, lauréat du Grand Prix de Littérature policière. Il enseigne la littérature à la Western Carolina University.

 Autobiographie pour Quais du Polar

Ron Rash aurait voulu être un musicien rock and roll mais, incapable de chanter ou de jouer d’un instrument, il a abandonné et est devenu écrivain.

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