Vendredi matin , promis, on fait une sélection quais du polar des dix romans coups de coeur en grand format dans la lignée de celle de l'an dernier qui avait terriblement cartonné l'an dernier  mais en attendant, on vous donne nos conseils en nouveautés poche, pour une petite sélection de 5 auteurs qui seront aussi présents à partir de vendredi à Lyon ...

C'est parti !

 

1/ Féroce; Danielle Thiery ( J'ai lu) 

feroce

« La colère, professait Sénèque, est un acide qui peut faire plus de mal au récipient que ce sur quoi on le verse »

Les ossements d’un cadavre d’enfants sont retrouvés dans les fouilles d’un chantier en plein zoo de Vincennes. Des os intacts près de la fausse aux lions, l’enfant n’a certainement pas été victime d’un fauve mais plutôt d’un prédateur humain des plus dangereux.

Tous les dossiers d’enfants disparus sont rouverts. Alix, criminologue à la PJ et spécialiste des crimes et atteintes graves aux enfants se souvient de Swann, une petite fille disparue six ans plus tôt dans le parc animalier de Thoiry.

 Perché sur la branche d’un sequoia, Magnus observe Graziella dans sa chambre d’enfant.  Magnus aime habiller les petites filles en femmes et les photographier. Il sait que Graziella sera la plus jolie petite fille de sa collection, de quoi satisfaire les clients pervers du site « PetitesMiss.com » Magnus doit enlever Graziella.

Première femme cadre supérieure dans l’histoire de la Police française, Danielle Thiéry à de la bouteille. Ecrivaine confirmée bardée de récompenses : Prix Polar à Cognac, Prix Exbrayat, Prix du Quai des Orfèvres. Danielle Thiéry sait de quoi elle parle, la violence faite aux enfants est son combat et de livres en livres elle ne cesse de la dénoncer.

Impossible de lâcher ce thriller rapide et fluide à l’architecture complexe. Cette nouvelle enquête de la commissaire Edwige Marion est aussi un polar choral très humain et élégamment gay friendly.

 

2/ Emmanuel Grand, Kisanga  (Le Livre de Poche)

kinsansha

« Kisanga…je vous l’ai dit, c’est le jardin d’Eden. Ce pays suinte le cuivre. La terre est rouge comme le sang. C’est le paradis pour des gens comme nous. »

La France et la Chine doivent signer un partenariat pour exploiter une  mine de cuivre en République Démocratique du Congo. La preuve accablante d’un marché illégal  pendant un embargo, quinze ans plus tôt, risque de compromettre ce marché juteux pour la France.

Notre beau pays dépêche donc Lauzière, un mercenaire rompu à toutes les manigances obscures de la raison d’état, pour essayer de récupérer les photos compromettantes.

Une affaire qui aurait dû se régler rapidement pour un militaire de cette trempe, mais rien n’est simple sur le continent Afrique.

Il faudra aussi compter sur Martel, un ingénieur des Mines un peu trop scrupuleux et idéaliste et Da Costa, un journaliste parisien qui lui a un vieux compte à régler avec Carmin la société d’exploitation minière qui n’est pas vraiment regardante sur les conditions de travail catastrophiques des employés Congolais.

 Il faudra aussi compter sur des politiciens dépassés ou corrompus, des investisseurs chinois très près de leurs intérêts, des financeurs aussi arrogants qu’immatures, bref Indiana Jones et Rouletabille auront fort à faire, face à tout ce petit monde néocolonial sans scrupule.

Ce n’est plus la Françafrique, mais le Mondafrique avec la présence incontournable de la Chine sur cet immense continent. Corruption, chantage, lobbying éhonté, Emmanuel Grand nous embarque dans un polar social et géopolitique très actuel. Les ressources « maudites » telles que le cuivre, l’uranium, le coltan, qui nous permettent d’avoir des énergies propres, sont exploitées dans de très  sales conditions.

Suspens, action, habile mélange de fiction et de réalité « Kinsanga »  est un vrai page-turner moite et poussiéreux.

 Il y a de Jean-Patrick  Manchette et de John Le Carré  chez cet écrivain, on a fait pire comme référence, pas vrai? 

Bref, après  l'excellent « Terminus Belz » et  le non moins excellent « Les salaud devront payer »  tous deux d’heureuse mémoire, il faut lire de toute urgence « Kisanga » le nouveau roman noir d’Emmanuel Grand.

 3/Le Filet, Lilja Sigurdardottir ( Points) 

Lilja-SIGURDARDOTTIR-Reykjavik-noir-2-Le-filet

« Agla senti ses joues s’empourprer alors qu’un sentiment familier s’emparait d’elle. La culpabilité. Sonja avait ravivé en elle cette émotion dont sa mère l’avait débarrassée lorsqu’elle avait dix ans. « La culpabilité est le plus gros obstacle dans la vie d’une femme. Si tu parviens à la laisser tomber tu seras libre.» »

Bon sang que la vie de Sonja est compliquée, Agla, sa maitresse, impliquée dans un énorme scandale financier qui impacte l’économie islandaise, fait la une de tous les journaux et Adam, son ex-mari pas très net lui non plus, lui interdit la garde de son fils. De plus son travail qui consistait à faire rentrer de la cocaïne en Islande pour ensuite alimenter le marché danois devient dangereusement compliqué depuis le mort de M.José le terrible narco trafiquant mexicain.

Evidemment  Sonja sait qu’elle peut toujours  compter sur Bragi son vieux complice douanier à l’aéroport de Reykjavik, mais l’amitié amoureuse exigée par Nati la veuve de M.José lui semble tout à fait toxique. C’est vrai Sonja ta vie était très compliquée mais maintenant elle devient dramatiquement compliquée.

Ami de l’éthique boursière, de l’argent honnêtement gagnée, de la bienveillance et de la confiance en autrui passez votre chemin car les romans de Lilja Sigurdardottir repoussent vaillamment les limites de la bienséance. Aucun de ses personnages ne vivent dans la légalité, tous ont de bonnes raisons de le faire et pourtant on s’attache à eux … enfin à certains d’entre eux. Sonja récupérera-t-elle la garde de son fils ? Le vieux Bragi pourra-t-il retarder la déchéance de Valdis son épouse chérie atteinte de la maladie d’Alzheimer ? Le sentiment amoureux qui dévore l’intraitable Agla est-il sincère ?

Très courts chapitres sans temps morts. Action fractionnée. Suspens. Efficacité. Description minutieuse d’une société corrompue jusqu’au plus haut niveau. « Le Filet » deuxième tome de la trilogie « Reykjavik noir »  (voir notre critique du premier volet Piégée) est un roman très sombre, très désespéré et pourtant très humain.

4/ Les chiens de chasse, Jorn Lier Horst ( Folio)

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"Certes, c'était aux tribunaux et non à la police de juger de la culpabilité des suspects, mais il était impossible pour des enquêteurs de rester objectifs dès lors qu'ils avaient un soupçon. La suite de l'enquête ne visait finalement qu'à étayer ce qui devenait une conviction, et la question de la culpabilité était tranchée bien avant le jugement du tribunal."

 A quoi reconnait-on un polar nordique qui sort du tout-venant ? Il y a surproduction dans ce genre littéraire et peu peuvent se vanter d'être du niveau des grands auteurs de polar scandinave tels que Mankell , Indridason, Stieg Larsson, Camilla Läckberg et Jo Nesbo.

Le norvégien Jørn Lier Horst  n'est pas loin de se hisser du haut niveau de  ces illustres ainés.  

 Les chiens de chasse est son deuxième roman de la série « William Wisting » publié à la Série Noire, Gallimard (après l'excellent Fermé pour l’hiver, l'an passé le prouve parfaitement.

L’inspiration de Jørn Lier Horst  vient  de sa propre expérience en tant qu" inspecteur de police  spécialisé en homicides.

Pour cette nouvelle histoire le tandem père/ fille  de "fermé pour l'hiver se créé avec naturel et complémentarité à l'occasion  de la réouverture d’une enquête vieille de 17  ans : Wisting, officier de police  suspendu pour être  suspecté d'avoir introduit de fausses preuves dans cette affaire vieille de 17 ans, et sa fille Line, journaliste qui n'a pas froid aux yeux.

Les chiens de chasse, qui exploite bien le décor des paysages désolés de Norvège, ne révolutionne pas les codes du genre, mais l’humanisme qui se dégage dans la description des cambrioleurs venus de Lituanie, pays exsangue à l’avenir incertain, fait chaud au cœur. 

Un roman policier bienveillant, du polar de proximité, citoyen et fraternel, doté depersonnages, bien dessinés et cohérents, y compris ceux qui sembleraient esquissés et  bref un polar sérieusement addictif qu'on vous recommande sans problème!

 5/ Sandrine Collette, Juste après la vague ( Le livre de poche)

sandrine collette

 "Ils avaient fini par glisser, le bord du radeau manquant leur entailler la tête ou le flanc. Louie avait lâché la corde. Crachant l’eau qu’ils avaient avalée, ils s’étaient extirpés, patinant sur la terre glaiseuse de la rive, s’accrochant aux touffes d’herbe. Quand ils avaient réussi à remonter tous les trois sur le monticule, le radeau à moitié noyé s’était éloigné, bancal. En plongeant, Louie aurait pu le rattraper avant que les courants ne l’emportent- il avait fait mille fois pire toutes ces années. Mais il ne sauta pas. Comme son frère et sa sœur, il regarda partir l’embarcation sans un geste et sans un mot."

On savait déjà que Sandrine Colette  aime beaucoup utiliser les images du conte enfantin pour les contourner et les rendre terrifiante, elle le faisait notamment  déjà dans "Il Reste la poussière," un de ces romans les plus célébrés,  récompensé  entre autres par le  prix Landerneau du polar et  qui pervertissait la matière du conte pour poursuivre les thématiques habituelles de l'auteur  celles de  l'inhumanité des hommes, juste la survie, l’instinct de protection, et la force des liens familiaux.

Sandrine Collette assume pleinement ces  influences de contes et légendes, qu’elle mélange souvent à une exploration de l’apocalypse.

Toutes ces obsessions se retrouvent bien évidemment  mêlées dans son avant dernier roman , "Juste après la vague." Partant d’une intrigue qui entremêle à la fois le petit Poucet, Hansel et Gretel, Sa majesté des mouches,   Robinson Crusoé et l’arche de Noé,  l’auteure nous emmène en plein milieu d’une catastrophe naturelle de grande ampleur, un raz de marée océanique  qui va totalement détruire une famille de 11 membres ( 2 adultes et 9 enfants qu’il faut diviser faute de grives, d’où la référence évidente au Petit Poucet ).

Une fois la première grande vague passée,  alors que le tsunami continuer à frapper inexorablement les parents vont être amené à faire un choix pour le moins sujet à caution : ils vont en abandonner trois  et ce choix sera  avant tout  basé sur des critères physiques de prétendus handicaps  des enfants !

Conte moral aussi terrifiant que percutant, Juste après la vague sonde  les choix que l’on fait quand on n’a pas le choix, cette décision que l’on doit prendre à l’instinct quand on est dos au mur, qu’on ne pourra savoir si elle est la solution idéale qu’après en avoir subi les conséquences.

Loin de la  famille comme  valeur refuge, la famille décrite par Collette apparait comme disloquée éparpillée, et certains trois enfants doivent prendre leur survie en main  tous seuls loin des parents qui sont alors rongés par la culpabilité.

De ce roman d’apocalypse où la nature est aussi belle que terriblement hostile, Sandrine Collette tisse un récit de survie haletant et épuré, où l’eau détruit tout sur son passage et décrit sa sidération devant la force et la démesure de la nature – peut-être le plus grand tueur du monde.

Une intrigue où le lieu et la temporalité sont assez flous, pour toucher à l’universalité et à la réflexion sur la force des relations familiales et notre instinct de survie qui pousse à réaliser des choses à priori insensées. Dans juste après la vague, dans un monde où la fraternité et la solidarité n’existent plus pour faire face à sa survie personnelle,  perdure cependant un ilot d’ 'amour, celui qui fait prendre tous les risques et qui donne tous les courages pour sauver les siens.

Comme d’habitude  Sandrine Colette prouve son immense talent à  tenir parfaitement son intrigue du début à la fin (le dénouement parait sans doute un peu abrupt et laisserait augurer d’une éventuelle suite), et de nous rendre absolument captivant et passionnant cette roman survival  qui nous parait à la fois totalement réaliste et totalement incroyable en même temps.