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 On s'en souvient car cela ne fait pas si longtemps : les français Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis  avait  emballé tous les festivaliers du Festival de Cannes   lors de la présentation de leur long métrage "Party Girl" en ouverture d'Un certain regard à Cannes 2014, et sa consécration finale avec la caméra d'Or  était une vraie garantie   de grand film .

Hélas, trois fois hélas, nous avions été déçu par ce film jugé à l'époque un peu trop naturaliste et voyeuriste  et trop peu écrit pour nous  émouvoir vraiment . 

Une veine naturaliste  et réaliste, caméra  rivée au poing  que la réalisatrice française Claire Burger, garde pour son  premier long-métrage réalisé  seule, C'est ça l'amour ( depuis hier en salles),   sauf que ce coup ci l'émotion est clairement au rendez vous et le film laissera un souvenir mille fois meilleur que son premier essai . 

C’est ça l’amour ne laisse plus la place à l’improvisation  et a l'hyper naturalisme est le résultat en est vraiment bouleversant !!

Ce long métrage, est, comme nous l'a expliqué en entretien la cinéaste lorsque nous l'avons rencontré au Comoedia il y a trois semaines,  est en grande partie autobiographique; le personnage central étant très inspiré du propre père de Claire Burger.

Mais alors qu'on aurait pu craindre que ce  récit personnel soit trop intime pour toucher à l'universel, la grande réussite de la réalisateur est d'évoquer  avec une immense justesse et finesse des liens familiaux qui touchera tout un chacun qu'on soit père, fille ou mère...

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 Le film nous peint par petites touches d'une authenticité superbe ce qui se passe au sein  d'une famille quand un des deux parents s'en va, sauf qu'ici, et comme c'était déjà le cas dans deux films francophones récents, le  fort "Marche ou Crève" ,  ou le bouleversant "Nos Batailles", le père est des deux membres de la famille, celui qui reste et celui qui ne se remet pas du départ de sa femme .

"C'est ça l'amour " est avant tout une sublime ode à la paternité  et ce Mario qui va apprendre tant que bien mal à vivre seul avec ses deux grandes filles et à se résigner à laisser partir sa femme nous émeut très vite aux larmes tant il semble criant de vérité et qu'on a qu'une envie , le prendre dans nos bras pour le consoler..

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Dire que Bouli Lanners n’avait été  jamais aussi bouleversant que  dans ce rôle  est un doux euphémisme,  dans ce superbe rôle de grand gaillard  au regard doux,  et à la voix apaisante, clairement sonné par ce qui lui arrive : une sorte de boxeur qui semble avoir reçu un  uppercut, un homme qui dit accepter la décision de sa femme, mais ne peut s’empêcher de multiplier les ruses de sioux pour tenter  croiser sa route comme s'inscrire à cet atelier de théâtre juste car elle est en l'ingénieur du son.

A l’écoute de ses filles qu'il  a parfois du mal à comprendre,  mais qu'il aime plus tout ( comme il le dit dans une formidable scène qui nous fait monter les larmes "Toute ma vie, c'est vous aimer", ) cet homme, aussi perdu que bienveillant ,  si vulnérable  sous ses dehors bourrus est un des plus beaux personnages masculins qu'ont ait vu depuis longtemps au cinéma .

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Au-delà des performances exceptionnelles de Bouli Lanners et de  tous les membres de la troupe ( dont les jeunes comédiennes amatrices les jeunes Justine Lacroix et Sarah Henochsberg ) , la grande force de ce "c'est ça l'amour" réside dans l'immense justesse  avec laquelle il raconte le quotidien d'une famille de classe moyenne ( peu montrée au cinéma où l'on préfère les extrêmes)  qui tente de se  remettre  de ses défaites, une famille tendrement dysfonctionnelle  qu'on est si heureux d'avoir rencontré pendant plus d'une heure trente!

 

Pour poser le cadre de sa très belle histoire,  Claire Burger est retournée filmer à Forbach, en Lorraine, la ville où elle a grandi, (Claire Burger a même poussé le réalisme jusqu’à tourner dans la maison de son enfance,) , une ville que le documentariste Régis Sauber dans Retour à Forbach  présentait comme un désert sanitaire, culturel, dans lequel les institutions semblent particulièrement impuissantes, voire démissionnaires. 

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 Dans "c'est ça l'amour" , Forbach est montré frontalement, on y voit notamment dans la seule scène où Mario est filmé au travail que les difficultés sociales sont réelles, mais avec  bien plus d'optimiste que chez Sauber. 

C'est notamment une ville où  la culture semble présente :  on voit que Mario va souvent au théâtre - pour retrouver certes sa femme, mais y prend peu à peu goût-   ou dans les salles d’exposition, de son plein gré. Toutes  les séquences tournées sur la scène du Centre culturel de Forbach  sont vraiment jubilatoires et font du bien à l'âme et montrent un rapport de la classe moyenne à la culture comme on avait peu vu au cinéma ou ailleurs. .

"C'est ça l'amour" ( sans point d' interrogation comme il aurait pu en avoir un car le film n'affirme rien) parle de tous les amours,  amour filial, amour pour son conjoint, amour pour personne du même sexe, amour inconditionnel,  mais aussi d’amour bancal ou d’amour perdu et aussi et peut être aussi surtout grâce au très beau travail de Claire Burger, d'amour du cinéma .

C'EST ÇA L'AMOUR Bande Annonce (2019) Drame