Avant même sa parution aux Éditions de Minuit, Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard avait déjà un bel avenir devant lui. En lice pour de nombreux prix (comme le Prix Goncourt, tout de même), ce premier roman a été couronné des Prix du Style 2018, du Roman Envoyé par la Poste 2018, du Roman des Étudiants France Culture-Télérama, des Libraires de Nancy. Ne manquerait plus à ce joli palmarès qu'un Prix Audiolib...

 

                                      Ca raconte Sarah

L'histoire... 

Ça raconte l'histoire d'une passion entre la narratrice, dont nous ne connaîtrons jamais le nom, professeur dans un lycée et mère d'une petite fille, et la flamboyante, la tumultueuse, la tempétueuse Sarah au crâne chauve et aux yeux de serpent. Celle dont l'amour dévaste tout sur son passage. 

Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine.

Ça raconte cette vie qu'elles n'imaginent plus pouvoir passer l'une sans l'autre à partir de ce 31 décembre chez des amis communs. De ces moments de fougue, de retrouvailles intenses dans un petit appartement des Lilas, à Prague, à Venise.

Ça raconte ces premiers bémols, ces premières baisses presque inévitables de ton. Puis, ces moments de crises, ces disputes violentes, ces drames soudains qui s'invitent dans toutes les histoires passionnelles, qui arrivent sans crier gare. 

Une histoire qui commence piano piano, puis peu à peu, monte en crescendo, atteint l'allegro, avant de redescendre diminuendo. C'est un véritable ballet où les coeurs et les corps sont au diapason, se rejoignent, se contrarient, se rapprochent, s'éloignent. 

Dans ce court roman-partition, la musique est omniprésente : dans la vie des deux protagonistes - Sarah exerce le métier de violoniste et parcourt le monde pour donner des concerts où les deux femmes se retrouvent, parfois -, dans les superbes intermèdes entre les chapitres interprétés au violon, dans les références à des opéras, à des quatuors comme celui de La Jeune Fille et la mort de Schubert, mais aussi dans le rythme fou des phrases. Pauline Delabroy-Allard semble avoir composé ce texte comme elle aurait écrit une chanson, pleine de mouvements violents, rapides, exaltés. Chaque mot est un son, chaque phrase une mélodie. Les phrases sont courtes, saccadées, elle nous enserrent avec une telle force, une telle intensité qu'on reste longtemps en apnée, tentant vainement de sortir la tête de l'eau pour pouvoir reprendre notre souffle. C'est la deuxième partie, à Trieste, qui nous permettra de regonfler nos poumons.

Alors, voilà, des histoires de passions flamboyantes, vous en avez sûrement lues des dizaines, des centaines. Vous connaissez. Mais dans ce roman, ce qui nous secoue totalement, c'est le style de l'auteure : il a cela de prodigieux qu'il reproduit les mouvements de l'histoire d'amour de ces deux femmes, de leur passion incandescente, de leur amour exclusif, tout à tour sauvage, serein, incandescent, dramatique.

Sa construction, aussi, est admirable. On a l'impression que l'auteure n'a rien laissé au hasard, pour preuve les scènes d'exposition et finale qui se répondent, ces phrases martelées comme des refrains, ces deux parties qui se distinguent clairement et dont les rythmes s'opposent radicalement.

Ce genre de texte serait un régal pour un étudiant s'exerçant au commentaire de texte ou pour un amoureux de rhétorique s'amusant à décortiquer, à identifier çà et là des figures de style, de rhétorique. On note par exemple dès le titre un palindrome, renforcé par une assonance en a. Des anaphores fréquentes de la phrase Ça raconte Sarah. Le fait que toutes les phrases se structurent autour du même sujet qu'est Sarah, commencent par ce même pronom "Elle". Elle figure au centre du texte, comme au centre de la vie de la narratrice. 

La version audio nous offre un petit le loisir d'écouter une brève interview de l'auteure. J'apprécie énormément ces moments intimes - chère équipe d'Audiolib, si vous avez la possibilité de nous offrir ce genre de moments après chaque lecture audio, je serais aux anges ! - qui apportent une nouvelle lumière sur l'histoire qui vient d'être portée à nos oreilles. Vous y apprendrez notamment que Pauline Delabroy-Allard écrit de la poésie depuis une dizaine d'années - j'imagine que cela ne vous étonne guère -, que le sujet du roman s'est imposé à elle, qu'elle est aussi admirative de Marguerite Duras qu'elle est agacée par elle...

La narration...

Le texte est d'une telle oralité qu'il ne pouvait pas ne pas être lu à voix haute, ne pas être mis en audio. 

Je ne connaissais pas du tout Clara Bratjman, c'était la première fois que je l'entendais et n'ai pas été surprise, en faisant quelques recherches, de découvrir qu'elle était également chanteuse.

La narration de la jeune comédienne est fabuleuse, elle épouse parfaitement les mouvements du texte, sa vigueur, sa densité. J'ai été complètement soufflée par sa façon de nous conter cette passion vibrante, cet ouragan de sensualité, ce tourbillon intense d'émotions. La suavité de sa voix a ajouté au charme de ce joli Chœur. 

Pour dire une telle histoire, il nous fallait une virtuose. Et Audiolib l'a trouvé. Bravo !

 

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