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J’ai essayé dans le film de comprendre les rudes conséquences du harcèlement sexuel sur la victime et tout son entourage, sa relation avec son mari et ses enfants, et sa capacité à retrouver du travail. En même temps je voulais comprendre pourquoi le harceleur et l'environnement social ferment les yeux.

Voilà  les belles intentions , exprimées dans le dossier de presse  de  la cinéaste israélienne Michal Aviad dans son deuxième long métrage de fiction , Working Woman ( 6 ans apres Invisible, avec feu Ronit Elkabetz), un film qui comme le film allemand "Comme si de rien n'était" dont on parlé récemment (voir notre interview avec sa talentueuse réalisatrice) ,fait partie de ces longs métrages qui s'inscrivent pleinement dans la mouvance après ~#metoo ( ou ligue du lol chez nous)  questionnant les relations de pouvoir et de désir sexuel entre les hommes et les femmes.

 Les mésaventures d'Orna l'héroîne de Working Woman s'inscrivent pleinement dans les débats actuels, même si le scénario n'est pas né de cette prise de conscience mais a pris forme dès 2012. 

 

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C'est un sujet  délicat et en même temps  profondément universel que Michal Aviad a choisi de traiter : celui du  harcèlement que subissent de nombreuses femmes dans le cadre de leur travail, et ici plus particulièrement le harcèlement commis par un supérieur hiérarchique.

Le scénario, coécrit  par la réalisatrice avec deux autres (Sharon Azulay Eyal et Michal Vinik) est formidable ; .tout en nuances et en justesse ,il  nous plonge dans les traces d’une héroïne d'aujourd'hui, une jeunne femme Orna, épouse et mère qui fait comme elle peut pour s'en sortir, tout en acceptant un nouveau travail qui devrait lui permettre de s'épanouir professionnellement.

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Sans jamais que son approche soit didactique ou manichéenne, Working Woman démontre parfaitement les mécanismes de cette  spirale qui conduit tout supérieur à user de son autorité prédatrice sur une subalterne pour obtenir des faveurs, de petits compliments a priori anodins mais totalement déplacés, en approche plus frontale, osant une familiarité complice afin de déculpabiliser son geste et désarconner sa victime qui ne sait sous quel pied danser et qui surtout, aimerait conserver son travail.

Sans virer au thriller, la mise en scène de Michal Aviad sait instiller une tension, à fur et à mesure que la situation devient plus implacable et anxiogène pour Orna qui ne sait comment réagir et n'en parle pas vraiment à ses proches.

 

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Nous ne dévoilerons évidemment pas le dénouement de cette sordide histoire, mais la sorte de victoire à la Pirhus que remporte Orna parait loin des conclusions des films holywoodiens , mais ressemble bien plus à ce qui se passe ( au mieux) dans la vraie vie, même dans cette ère me too où les prédateurs sont plus ciblés, mais pas encore réellement totalement impuni.

La cinéaste ne filme pas un banal fait divers, mais amène le film dans une dimension sociale et humaine  qui rend le film d'autant plus poignant.

Une écriture d'une précision incroyable et des comédiens particulièrement investis et concernés rendent la vision de ce Working Woman aussi indispensable que poignant.