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 "A peine quelques minutes plus tard, Conde comprenait que ses réflexions sociologiques de  philosophe existentiel tropical n'avaient guère d'avenir dans le pays excessif et léger où il était né, où il vivait, et dans lequel la logique ne répondait à aucune loi."

 Après le  spleen du commissaire Soneri sur lequel on a longuement disserté hier,  prenons des nouvelles d'un autre héros de romans policiers latins, Mario Conde, l'ancien policier devenu un commerçant de livres anciens,  et héros des romans policiers de Léonardo Padura,et qui ne semble pas aller beaucoup mieux.

En effet, notre Cher Mario  ressent comme  un sérieux vague à l'âme à l'approche de son soixantième anniversaire ( musant cet anniversaire alors que sa fidèle maison d'édition française, les éditions Metaillié fêtent avec fanfare et trompette leurs 40 ans cette année) et semble également  redouter terriblement  l'arrivée de la vieillesse , et ses 60 ans, qui a l'’évidence d’un nombre couperet, dont même la sonorité était effrayante. »

Il nous apparait ainsi un peu désabusé, Mario, au début de l'intrigue de "la Transparence du temps" ( sorti en janvier dernier) , malgré ses cigares, son chien Basura II et l'alcool qu'il supporte de moins en moins bien au demeurant.


"Conde sentit le parfum du Santiago, un rhum vieux servi dans un verre bas et ventru, le plus adapté à ce contenu doré et chaud, et il eut l'impression d'être un personnage de roman qu'on aurait changé de livre. Par erreur."

Heureusement un  ancien camarade de lycée Bobby  vient le tirer de sa torpeur, en le contactant pour une enquête particulière : ce marchand d’art  a  en effet été délesté par son amant de presque tous ses biens dont une statue d’une Vierge de Regla, certes plutôt commune à la Havane, mais qui selon ses dires possède des pouvoirs surnaturels .

Voilà donc notre cher Mario sur les traces d’une relique religieuse, pour plonger dans une enquête complexe dans La Havane coupée en deux, dans laquelle la richesse côtoie sans vergogne la misère la plus crasse . 

L'immense talent de Padura est intact pour nous livrer une description de Cuba et de ses habitants   assez phénoménale, et   raconter cette Havane contemporaine qu'il connait si bien, cette Havane en pleine décrépitude, totalement divisé  entre les quartiers riches et les zones plus précaires , un pays marqué par le retour de la misère et des bidonvilles.

Si comme pour moi Cuba est un pays qui vous intrigue ou si, encore mieux, que vous avez déjà eu la chance de visiter, alors ce  nouveau roman  racé et mélancolique de l'auteur  de  L'homme qui aimait les chiens et des brumes du passé devrait largement vous apporter votre dose d'évasion!

Éditeur: Anne-Marie Métailié - Date de parution: Janvier 2019 - Traduit de l'espagnol (Cuba) par Elena Zayas - 448 pages